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Des ONG attaquent l'État pour inaction climatique : "On ne peut pas rester comme ça à regarder la catastrophe arriver", prévient Cécile Duflot

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Cécile Duflot, directrice générale d'Oxfam France, appelle mardi le grand public à soutenir massivement sur internet le recours déposé par son organisation contre la France pour action insuffisante contre le dérèglement climatique.

L'ancienne ministre écologiste du logement Cécile Duflot, directrice générale d'Oxfam France, a justifié mardi 18 décembre sur franceinfo la participation de son ONG au recours juridique intenté contre la France pour action insuffisante contre le dérèglement climatique par le fait que le changement climatique aggravait les inégalités.

franceinfo : Un recours juridique, c'est une action symbolique ?

Cécile Duflot : On espère non seulement un procès, mais on espère gagner. On n'est pas dans le symbole. Il y a des précédents : une ONG l'a fait aux Pays-Bas et a gagné, elle a obligé l'Etat à réduire de 25% ses émissions de gaz à effet de serre. Aujourd'hui, les politiques publiques menées et notamment en France ne sont pas à la hauteur. On le voit bien, dans la période récente, tout le monde commence à ressentir les effets du dérèglement climatique. J'en parlais déjà il y a 15 ans, mais il y a 15 ans, on parlait des générations futures. Ce n'est pas les générations futures, c'est aujourd'hui. Et si on n'agit pas très rapidement, les conséquences, ce sera dans les 15 ans qui viennent. On ne peut pas rester comme ça à regarder la catastrophe arriver.

Oxfam est une ONG qui lutte contre les inégalités et la pauvreté. Pourquoi participer à ce recours sur la thématique de l'environnement ?

Il nous reste un siècle, parce qu'on sait très bien que si on n'agit pas aujourd'hui, les enfants qui naissent ces jours-ci auront à le vivre, la fin de ce siècle sera catastrophique, d'un point de vue climatique mais aussi d'un point de vue de vie de l'humanité, parce que le dérèglement climatique aggrave les inégalités. Les deux sujets sont liés. Depuis des années, on lutte aussi contre le dérèglement climatique, parce que les principales victimes du dérèglement climatiques, les 50% de la population la plus pauvre, ceux qui vivent dans les zones d'Asie du sud-est, elles émettent 10% des gaz à effet de serre. Les populations qui subissent les conséquences sont les plus fragiles. Les 10% les plus riches, sur la planète, émettent 50% des gaz à effet de serre, voilà la réalité. Mais c'est la même chose en France: ces inégalités se répercutent aussi dans notre pays.

La COP 24 qui vient de s'achever n'a pas donné de grands résultats. Est-on en train de baisser les bras ?

Je ne sais pas si on baisse les bras, ou s'il y a du cynisme. Mais en tout cas, nous sommes nombreux à être en colère. Ce n'est pas possible. On connaît les conséquences, les scientifiques ont documenté la réalité, et aujourd'hui, on a le sentiment que les politiques ne sont pas à la hauteur. Depuis l'accord de Paris, ce qui s'est cassé, c'est la volonté politique. Je pense que chacun avait envie qu'il n'était pas le dernier à prendre des engagements, mais ces engagements ne sont pas tenue. La France s'est engagée à augmenter sa production d'énergies renouvelables, mais ne met pas les actes qui vont en face. Donc ces responsables politiques sont en train de devenir coupables, coupables d'inaction. On doit mener des politiques globales qui bénéficieront à l'ensemble de la population. Et c'est le sens de ce recours, qui va être porté, j'en suis sûr, par des centaines de milliers de personnes pour dire : "Maintenant, vous, responsables de notre avenir, vous devez agir !'"

Est-ce qu'on est devenu des bonnets d'âne, en France, sur la question de la transition écologique ?

On avait suscité, nous la France, beaucoup d'espoir. Je parle du président de la République au moment de l'accord de Paris [François Hollande], puis ensuite quand le président de la République [Emmanuel Macron] avait dit "make our planet great again" juste après son départ des Etats-Unis. À Oxfam, organisation internationale, nos collègues nous faisaient passer des messages du type "Vous avez de la chance de l'avoir comme président", sauf que la réalité, c'est ce que c'est tout le contraire. Il y a une fantastique hypocrisie. Le vrai problème, c'est que sur certains sujets, la parole politique peut être prescriptive. Mais face à un océan, aux glaciers qui fondent, face aux émissions de gaz à effet de serre, la parole politique, même avec des coups de menton, ne sert à rien. Ce sont les actes qui valent.

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