Des morceaux de glace du Mont-Blanc bientôt conservés en Antarctique

L'objectif est de stocker ces échantillons de glaciers pour conserver les informations qu'ils contiennent.

La mer de Glace, dans le massif du Mont-Blanc, est visitée chaque année par des milliers de personnes.
La mer de Glace, dans le massif du Mont-Blanc, est visitée chaque année par des milliers de personnes. (JEAN-DIDIER RISLER / ONLY FRANCE / AFP)

Stocker des échantillons de glaciers en Antarctique : l'idée peut paraître étrange. C'est pourtant l'objectif d'une équipe de chercheurs qui va se rendre en août sur le Mont-Blanc pour y prélever de la glace menacée par le réchauffement climatique. "Ce n'est pas pour le plaisir de garder quelques glaçons. La glace est un puits d'information", explique Jérôme Chappellaz, directeur de recherche au Laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement (LLGE) à Grenoble.

Au total, une douzaine de glaciologues français, italiens et russes vont passer plusieurs jours à 4 300 mètres d'altitude, au col du Dôme, pour forer trois carottes de glace de 140 mètres de long. Ces "échantillons" de plusieurs tonnes seront conditionnés dans des caisses isolantes puis une des carottes sera analysée au laboratoire de Grenoble pour constituer une base de données ouverte à tous les scientifiques. Les deux autres devraient rejoindre la base franco-italienne Concordia, en Antarctique, à l'horizon 2019 ou 2020.

Une mine d'information sur l'atmosphère

La glace est une "matière première" extrêmement précieuse pour les scientifiques. En se formant sous l'effet des chutes de neige, les glaciers emprisonnent en effet de petites bulles d'air et des impuretés, témoins - en profondeur - de l'atmosphère d'il y a plusieurs dizaines ou milliers d'années. C'est ainsi que les glaciologues ont pu établir le lien entre températures et gaz à effet de serre.

Sur les glaciers du Mont-Blanc, les chercheurs peuvent étudier l'évolution de la pollution ou de l'activité industrielle au niveau européen sur une centaine d'années. "On a ainsi un joli pic de césium 137 en avril 1986" après la catastrophe de Tchernobyl, sourit Jérôme Chappellaz. Et au regard de l'évolution très rapide des technologies, "on est incapables de dire ce qu'on sera capables de faire scientifiquement dans 50 ans ou 100 ans", souligne-t-il : "Qu'est-ce qu'on pourra mesurer ? Pour en tirer quoi comme information liée à l'environnement, au climat ou à la biologie ?"

Une cave à l'abri des pannes et des attentats

Le chercheur cite notamment les recherches sur les mutations de virus ou de bactéries, piégés dans la glace, comme piste de travail possible. Mais les glaciers évoluent - fondent - tout aussi rapidement, à tel point que ceux qui culminent à moins de 3 500 mètres devraient disparaître avant la fin du siècle dans les Alpes. Dans les Andes, le glacier de Chacaltaya (Bolivie), qui culminait à 5 300 mètres, a disparu dès 2009. Dans 50 ans, "on aura sans doute les outils pour analyser mais on n'aura peut-être plus les carottes de glace", pointe Jérôme Chappellaz.

Dans les dix ans qui viennent, les glaciologues espèrent donc effectuer une vingtaine de carottages sur des sites répartis sur tous les continents. L'ensemble des carottes seront conservées dans une cave de neige à Concordia, "un congélateur naturel à -50°C", à l'abri des pannes électriques ou des attentats.