COP21 : comprendre l'accord sur le climat en quatre étapes

Le texte de l'accord de Paris a été adopté par les 196 parties au Bourget. 

Une femme lit le projet d\'accord présenté par la présidence française à l\'issue de la COP21, samedi 12 décembre 2015. 
Une femme lit le projet d'accord présenté par la présidence française à l'issue de la COP21, samedi 12 décembre 2015.  (MIGUEL MEDINA / AFP)
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Marie-Adélaïde ScigaczFrance Télévisions

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Après quinze jours (et quelques nuits) de négociations, la délivrance. L'accord de Paris sur le climat a été adopté à l'unanimité, samedi 12 décembre, par les 195 pays (auxquels s'ajoute l'Union européenne) réunis au sein de la COP21. Il est destiné à encadrer la lutte contre le réchauffement climatique au niveau mondial, avec pour objectif de le limiter "bien en deçà de 2°C".

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Reste à comprendre ce texte particulièrement technique, qui devrait entrer en vigueur en 2020. "Le projet d'accord proposé est (...) juste, durable, dynamique (...) et juridiquement contraignant", s'est félicité Laurent Fabius peu avant son adoption. Mais encore ?

Bon, alors, il y a quoi dans cet accord ?

La revendication des pays les plus vulnérables aux impacts du réchauffement climatique a été entendue : dans son article 2, le projet instaure la volonté de contenir l'augmentation de la température moyenne "bien en deçà de 2°C" et de "s'efforcer de limiter cette augmentation à 1,5°C" d'ici 2100, par rapport au niveau pré-industriel. Pour les îles menacées par la montée du niveau des océans, il fallait absolument revoir à la hausse l'ambition de ce texte, d'abord fixée sur une hausse de 2°C. 

Sur la question épineuse des financements, le texte prévoit que les 100 milliards de dollars promis chaque année par les pays du Nord pour aider ceux du Sud à financer leurs politiques climatiques soient "un plancher pour l'après 2020". Un nouvel objectif chiffré devra être défini au plus tard en 2025.

"Cela donne une visibilité aux pays en développement", a réagi pour francetv info Marion Richard, chargée de mission Climat et Territoires au Réseau Action Climat. Elle déplore toutefois un texte "beaucoup trop vague sur la question de l'adaptatation" (c'est-à-dire les mesures – coûteuses – à mettre en place pour limiter la vulnérabilité des pays aux conséquences du réchauffement climatique). "Il n'y a rien sur le financement de l'adaptation alors que c'est un manque criant", a renchéri Armelle Le Comte, d'Oxfam France.

Donc on est sauvés ? Le réchauffement va être contenu en dessous des 2°C ?

C'est l'ambition de ce texte, mais rien n'indique comment les Etats doivent y parvenir. Pour ce faire, les pays s'appuieront sur les engagements (dit "INDC") qu'ils ont communiqués avant le début de la conférence sur le climat. Problème : ceux-ci ne sont pas assez ambitieux. Même si les pays tenaient tous leurs engagements, les experts estiment que la température augmenterait de 2,7°C d'ici 2100, un résultat bien loin des 1,5°C entérinés dans l'accord. C'est pourquoi le texte prévoit, dans son article 14, une révision tous les cinq ans des plans nationaux de réduction des gaz à effet de serre, à partir de 2025.

Pour Marion Richard, c'est là l'un des points faibles de ce texte. D'ici la mise en place de l'accord en 2020, "les pays ne sont pas obligés de revoir à la hausse leurs INDC. Or, s'ils ne le font pas par eux-mêmes, nous allons droit dans le mur", explique-t-elle. "Les contributions qu'il y a sur la table sont clairement insuffisantes. Il faut absolument qu'elles soient relevées avant la mise en œuvre de l'accord, en 2020", insiste-t-elle. "En entérinant des contributions nationales qui conduisent vers un réchauffement supérieur à 3°C, la COP21 se montre incapable de désamorcer la bombe climatique", abonde Attac dans un communiqué.

Concrètement, comment est-on sûr que les pays vont tous respecter leurs engagements ?

Laurent Fabius l'a martelé : l'accord est contraignant. Ainsi, le texte précise que "chaque partie doit préparer, communiquer et maintenir les contributions successives et déterminées au niveau national qu'elle entend se fixer". Une contrainte légère donc, marquée notamment par l'emploi du verbe "doit" mais qui n'évoque pas d'éventuelles sanctions contre les pays qui n'atteindraient pas leurs objectifs. Le texte acte cependant le principe de la transparence. 

Alors, la COP est réussie ?

A la tête de la délégation française, Laurent Fabius s'est satisfait d'avoir produit un texte de compromis qui a su rester ambitieux. Anxieux à l'issue des deux derniers jours et nuits de négociations, les observateurs ont également globalement fait part de leur bonne surprise, en dépit de quelques réserves. Citée par un journaliste du quotidien belge Le Soir, une ONG évoque "un accord décisif, qui va bien plus loin que le plus petit dénominateur commun". Emma Ruby-Sachs, directrice générale adjointe de l'organisation citoyenne Avaaz, se réjouit également d'"un tournant historique" : "Il sera le fondement du virage vers 100% d’énergies propres que le monde souhaite et dont la planète a besoin." 
L'ONG écologiste 350.org voit également ce texte comme le début de la fin pour les énergies fossiles car "il est impossible d'atteindre les objectifs [de l'accord] sans laisser le charbon et le pétrole sous terre". Pour le Réseau Action Climat, Marion Richard assure à son tour que les ambitions présentées dans cet accord "impliquent la fin des énergies fossiles". "L’histoire retiendra ce jour comme un virage crucial : le moment où le monde a décidé de tourner le dos aux énergies fossiles pour embrasser les énergies propres et sûres, a estimé le Britannique Michael Jacobs, expert du New Climate Economy project. Mais le travail ne fait que commencer. Ces engagements doivent maintenant se traduire dans des politiques publiques qui pourront déclencher les investissements nécessaires. Les gouvernements ont 24 heures pour se féliciter – ensuite il leur faudra agir."
Une action dont les contours restent flous, déplorent les ONG. Et pour cause : il n'y a "pas de garde-fous suffisants dans ce texte contre les technologies comme la séquestration carbone ou la géo-ingénierie", a notamment réagi Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace France.