28°C dans la Méditerranée début juillet : "La canicule ne s'est pas accompagnée d'un coup de vent qui aurait 'brassé' les eaux de surface"

Le directeur de la politique des Océans de l'Institut Océanographique de Monaco était l'invité de franceinfo, pour réagir aux températures particulièrement élevées de ce début d'été.

Le record de chaleur du 28 juin 2019 a été enregistré à Vérargues, avec 46°C.
Le record de chaleur du 28 juin 2019 a été enregistré à Vérargues, avec 46°C. (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)
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"Cette canicule ne s'est pas accompagnée, ensuite, d'un coup de vent qui aurait permis de 'brasser' les eaux de surface et de profondeur", a expliqué lundi 8 juillet sur franceinfo Olivier Dufourneaud, directeur de la politique des Océans de l'Institut Océanographique de Monaco, alors qu'une température de 28°C a été mesurée dans la Méditerranée en ce début juillet. Si cette barre a déjà été franchie, c'est la première fois qu'elle arrive si tôt dans l'été.

franceinfo : Six degrés de plus que d'habitude, est-ce que c'est fréquent ?

Olivier Dufourneaud : La situation n'est pas fréquente, le réchauffement est très précoce. On peut y voir deux facteurs. Le premier, sur le long terme, c'est le réchauffement général de l'océan : de l'effet de serre que l'homme a accentué, l'océan a capté 93% de la chaleur excédentaire. Cela nous a fait gagner du temps sur le réchauffement de la planète. Toutes les mers du monde se réchauffent. La Méditerranée a pris environ 1°C depuis le milieu du siècle dernier, et on attend 3°C d'ici la fin de ce siècle. Aujourd'hui, ce sont même les océans polaires qui se réchauffent le plus. Après, ça dépend un peu des grands courants qui laissent plus ou moins la chaleur stagner à différents endroits. Mais globalement, il n'y a pas de zone qui échappe au réchauffement.

Et quel est l'impact de la canicule que l'on vient de vivre ?

À court terme, on mesure aujourd'hui l'influence de la canicule, elle aussi très précoce. Cette canicule ne s'est pas accompagnée ensuite d'un coup de vent qui aurait permis de "brasser" les eaux de surface et de profondeur. Donc on a gardé une couche de surface très chaude qui, heureusement, n'est pour l'instant pas très épaisse. J'ai plongé hier matin et à une vingtaine de mètres, on passe en-dessous des vingt degrés. Mais sur le littoral, les baigneurs peuvent le remarquer. Cette situation peut encore évoluer. Il suffit d'un coup de mistral qui ferait remonter des eaux un peu plus profondes pour qu'on perde quelques degrés très rapidement.

La faune et la flore sont donc préservées pour le moment ?

Oui, pour l'instant, car cette hausse des températures dure depuis peu de temps, et sur une épaisseur relativement limitée. Il faudra attendre la fin de l'été pour voir si le phénomène perdure. À titre indicatif, il faut remonter à 1999 et 2003 pour voir une couche chaude très épaisse, qui avait fortement nui notamment aux populations de gorgones ["éventails de mer", de la famille des coraux] en profondeur. Les effets se feront peut-être sentir plus tard dans la saison.

Est-ce que cela annonce l'arrivée de méduses ?

Annonciateur, pas forcément, car les méduses arrivent dès le printemps. On avait connu quelques pics il y a plus d'un mois. Mais c'est vrai que, d'une manière générale, la température de l'eau favorise l'étalement de leur reproduction tout au long de l'année. Entre autres facteurs aussi : la raréfaction de leurs prédateurs ou l'arrivée de quelques pollutions. On a donc des années à méduses de plus en plus fréquentes. C'est en fait très variable, en fonction du vent et des courants, qui peuvent les rabattre sur les côtes.