Contenus haineux sur Internet sanctionnés en Allemagne : "Peut-être que les amendes sont la solution"

La sociologue du numérique, Catherine Lejealle, était l'invitée de franceinfo. Elle est revenue sur la décision de l'Allemagne de punir  les propos haineux sur les réseaux sociaux. 

Icônes d\'applications de réseaux sociaux. Image d\'illustration. 
Icônes d'applications de réseaux sociaux. Image d'illustration.  (HELMUT FOHRINGER / APA-PICTUREDESK)

L’Allemagne a décidé mercredi 5 avril de valider un projet de loi contre les contenus haineux sur Internet. Les géants du net qui ne lutteraient pas efficacement contre ces contenus se verraient infliger des amendes pouvant atteindre 50 millions d'euros.

Cette mesure est prise "dans un contexte d'élections fédérales et de Fake news [une publication qui se fait passer pour un article de presse mais qui est un faux article'" a expliqué sur franceinfo, Catherine Lejealle. La sociologue du numérique et professeur à l’Institut Supérieur du Commerce de Paris rappelle que sur Internet, "l'effacement n'existe pas".

franceinfo : Aurait-il fallu une initiative européenne pour que cette mesure puisse avoir un impact plus large ?

Catherine Lejealle : L'Europe y travaille mais le passé historique de l'Allemagne fait que les Allemands ont été précurseurs. Cela s'inscrit dans un contexte d'élections fédérales et le contexte de Fake news qu'on a vu sur les élections américaines. Les Allemands peuvent effectivement s'inquiéter.

Est-ce difficile à prouver ?

Il faut trouver le juste équilibre entre la liberté d'expression et la diffamation ou la pédophilie ou le terrorisme...Mais ce qui est intéressant dans ce qui a été décidé par le Conseil des ministres et qui doit encore être approuvé par le Parlement (ce qui sera probablement une formalité), c'est que Facebook est reconnu comme un media, alors que Facebook se bat pour dire que son statut est une entreprise technologique, donc qu'il n'a pas vocation à vérifier ce qui transite sur sa plateforme. Dimanche, Facebook a annoncé la mise en place de mesures pour lutter contre les Fake news. Ça ne suffit pas. Peut-être que les amendes sont la solution.

Cela peut-il être dissuasif ?

En mai 2014, l'Europe a déjà fait une grande avancée avec le droit à l'oubli. Cela touchait les moteurs de recherche et il manque le pendant pour Facebook, Twitter et YouTube, où circulent des milliards de contenus en permanence. L'audience, le public réclame de l'immédiateté. L'idée de passer par un sas qui vérifie tout est quelque chose d'impossible. Ce qui fait l'intérêt de ses médias est la couverture internationale et l'immédiateté, sans oublier la vidéo. On est face à quelque chose qui nécessite une réglementation.

Peut-il y avoir une régulation participative ?

Wikipedia fonctionne par du bénévolat en se disant cela va se réguler. Aujourd'hui, vu les quantités d'informations fournies par chacun, Facebook n'a pas les moyens de vérifier. Une solution collaborative pourrait être une solution mais avec une exigence de réaction dans les deux heures. Il y aussi une notion qui revient souvent, celle d'effacer les contenus, mais en digital on n'efface rien. L'effacement n'existe pas.