Métavers : il faudra "fixer des règles" pour éviter que cela soit le "Far West", d'après un économiste

Julien Pillot, économiste et enseignant-chercheur à l’Inseec, estime qu'il faudra "des années d'évolution" et "des dizaines de milliards d'investissements" avant que le métavers, ou "internet du futur", soit opérationnel.

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Le métavers permettra d'étendre l'usage de la réalité virtuelle (photo d'illustration). (SOPHIE BORDIER / MAXPPP)

Il faudra "fixer des règles de façon à ce que ces métavers ne soient pas une espèce de Far West", a expliqué ce lundi 18 octobre sur franceinfo Julien Pillot, économiste et enseignant-chercheur à l’Inseec. Facebook a annoncé ce lundi la création de 10 000 emplois en Europe pour développer l'internet du futur. Mais Facebook n'est pas le seul géant du numérique à rêver de ce monde virtuel parallèle. "On a tout un tas d'entreprises du numérique qui travaillent plus ou moins secrètement sur cette création de métavers", dit-il. Il faudra "des années d'évolution" et "des dizaines de milliards d'investissements" avant que le métavers soit opérationnel.

franceinfo : Le métavers, c'est l'internet du futur ?

Julien Pillot : C'est clairement l'internet du futur. En tout cas, c'est une ambition qui est partagée par beaucoup de grandes entreprises du numérique aujourd'hui, parce que cela correspond quelque part à une espèce de Graal derrière lequel courent beaucoup de développeurs informatiques et de développeurs de jeu vidéo depuis des années. C'est de nous connecter tous dans des univers persistants, virtuels, nous chausser de casques de réalité virtuelle et tous interconnectés dans cet univers parallèle dans lequel on pourrait faire tout un tas de choses. 

Pourquoi pas, avec le métavers, avoir une seconde vie, une seconde activité professionnelle, communiquer, gagner de l'argent ?

Julien Pillot

à franceinfo

Voire même avoir dans un univers persistant des informations qu'il s'agit de commenter. On peut imaginer des agences de presse dans cet univers virtuel.

Facebook n'est pas le seul à rêver de ce monde virtuel ?

Effectivement, c'est loin d'être le seul groupe qui mise là-dessus. C'est celui qui, peut être, communique le plus actuellement dessus parce que l'ADN même de Facebook, c'est de connecter des gens à travers son réseau social. Et le métavers, ce serait un peu une extension naturelle d'un réseau social, mais non plus figé et statique tel que l’on connaît aujourd'hui lorsqu'il défile sur un écran d'ordinateur, mais de façon complètement immersive, en réalité virtuelle. Donc, ce n'est pas étonnant que Facebook fasse partie des plus gros promoteurs du métavers, parce que c'est vraiment une extension de son business model. Mais effectivement, aujourd'hui, on a tout un tas d'entreprises du numérique qui travaillent plus ou moins secrètement sur cette création de métavers. Les acteurs les plus légitimes aujourd'hui, en tout cas parmi ceux qui en parlent le plus, sont les acteurs du jeu vidéo. Mais on peut très largement imaginer que les GAFAM occidentaux ou les BTX asiatiques sont aussi déjà en train de travailler sur les questions de création de métavers.

Qui va réguler le métavers ?

C'est la grande question qui va vraiment intéresser le législateur et des autorités de régulation pendant les prochaines années. On a déjà du mal aujourd'hui à réguler l'internet. Les exemples sont multiples. À partir du moment où l'on va créer un univers persistant, parallèle, dans lequel il y aura des interactions, il y aura peut-être même du commerce, il y aura évidemment une vie, on peut imaginer que le régulateur puisse éventuellement poser certains jalons, certaines règles pour que les données privées, par exemple, soient mieux protégées. Ou pour peut-être réguler l'économie, peut-être pour la taxer, en tout cas pour fixer des règles de façon à ce que ces métavers ne soient pas une espèce de Far West dans lequel tout serait possible.

"La question de la propriété du métavers, et donc des responsabilités qui vont avec, va se poser au niveau du régulateur."

Julien Pillot

à franceinfo

Il y a aussi la question de la technique à mettre en place pour pouvoir réguler ce métavers, aujourd'hui. Elle reste complètement ouverte, puisque de toute façon, elles ne sont pas encore vraiment concrétisées. Il va falloir des années et des années d'évolution, des dizaines de milliards d'investissements. On sait très bien que ce genre d'investissement, si tant est qu'il se matérialise, ait un retour sur investissement. Il va falloir vraiment prendre son mal en patience, parce qu'on ne pourra pas se brancher tout de suite avec un casque de réalité virtuelle de très haute technologie pour entrer dans l'univers de Ready Player One [film de science-fiction de Steven Spielberg sorti en 2018].

Facebook est critiqué de toutes parts. Ces annonces arrivent au bon moment ?

Il a une stratégie de communication plutôt bien ficelée, à mon sens. Ces annonces interviennent dans un contexte où les autorités européennes, par exemple, travaillent sur plusieurs textes qui visent à mieux encadrer les activités des gens du numérique, et notamment de Facebook. Il y a le Digital Services Act et le Digital Markets Act, pour faire en sorte que ces acteurs du numérique, qui captent aujourd'hui beaucoup d'attention et beaucoup de données d’utilisateurs, puissent s'assujettir à de nouvelles obligations de transparence. On essaie de montrer patte blanche parce que, dans le même temps, personne n'a oublié les scandales qui ont touché Facebook ces dernières années.

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