Intelligence artificielle : deux robots Facebook développent leur propre langage

Deux robots du laboratoire de recherche sur l'intelligence artificielle du géant de la Silicon Valley ont développé une version modifiée de l'anglais pour discuter entre eux.

Un employé de Facebook devant un ordinateur, durant une conférence de presse à Berlin, en Allemagne, le 10 juillet 2017.
Un employé de Facebook devant un ordinateur, durant une conférence de presse à Berlin, en Allemagne, le 10 juillet 2017. (SOEREN STACHE / DPA)

Bob : "Je peux peux je je tout le reste."

Alice : "Les ballons n'ont aucun pour moi pour moi pour moi pour moi pour moi pour moi pour moi pour moi pour."

Vous n'y comprenez rien ? C'est normal. Cet échange est extrait d'une conversation entre deux intelligences artificielles créées par le laboratoire de recherche sur l'intelligence artificielle de Facebook (Fair), qui ont inventé leur propre langage. 

Deux robots, trois types d'objets et une négociation

Dans un post de blog le 14 juin, les chercheurs de ce centre expliquent travailler à la conception d'un chatbot, ou "agent conversationnel", capable de mener une "conversation significative" avec un autre robot ou être humain. C'est-à-dire une négociation entre deux agents aux buts opposés. "C'est compliqué car cela demande au robot de combiner sa compréhension de la conversation avec sa compréhension du monde, puis de produire une nouvelle phrase qui lui permette d'atteindre son but", expliquent les auteurs du post.

Aujourd'hui, les robots peuvent mener de courtes conversations et réaliser des tâches simples, comme réserver un restaurant.les chercheurs du FAIR,dans un post de blog

Pour y arriver, les chercheurs ordonnent aux robots de se diviser une quantité d'objets (deux livres, un chapeau, trois ballons, par exemple). Avant de démarrer leur conversation, les robots sont informés de la valeur de ce que représente chaque objet pour eux. Par exemple, le ballon vaut trois points pour l'agent 1, mais seulement deux pour le second agent. A chaque fois que la négociation aboutit, les agents sont récompensés par les chercheurs.

La conversation initiée entre les deux robos.
La conversation initiée entre les deux robos. (Facebook AI Research)

"Il n'y avait plus d'intérêt à s'en tenir à l'anglais"

Peu à peu, les robots développent des ruses qui n’avaient pas été programmées par les chercheurs du Fair et s'expriment de manière plus naturelle. Les agents développent une fluidité telle que les humains qui entrent en contact avec eux ne réalisent pas la plupart du temps qu'ils parlent à une intelligence artificielle.

Mais plus les chercheurs augmentent les capacités des robots à tenir une conversion complexe, plus ces derniers dévient du langage humain. A tel point qu'un jour, les chercheurs découvrent "que la mise à jour des paramètres de deux chatbots conversant entre eux" conduit "au développement d’un langage interne à la négociation entre les deux agents", expliquent les chercheurs du Fair.

Les agents dériveront du langage compréhensible et inventeront des mots de code pour eux-mêmes.Dhruv Batra, chercheur au Fairà Fast Co. Design

Dans un modèle très compétitif mis en place par les chercheurs, où les robots n'étaient pas récompensés s'ils parlaient comme des êtres humains, ces derniers ont commencé à discuter dans un langage modifié. "Il n'y avait plus d'intérêt à s'en tenir à l'anglais", avance Dhruv Batra, l'un des chercheurs du Fair, pour expliquer cet imprévu. Le chercheur détaille le fonctionnement de ce nouveau langage, dans Fast Co. Design : "Par exemple, si je dis 'les' cinq fois, vous interprétez cela comme signifiant que je veux cinq exemplaires de cet article." Dans leur post de blog, les chercheurs précisent néanmoins que ce modèle de conversation a été "réparé". Ouf.