Google regroupe les données qui vous concernent

Le moteur de recherche unifie les régles de confidentialité de ses différents services. Mais la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) s'inquiète des possibilités de croisement des données qui s'offrent désormais à Google.

Capture d\'écran de la vidéo présentant les nouvelles règles de confidentialité de Google.
Capture d'écran de la vidéo présentant les nouvelles règles de confidentialité de Google. (FTVI)

Vous avez une messagerie Gmail ? Vous regardez des vidéos sur YouTube ? Votre smartphone fonctionne sous Android ? Alors cet article vous concerne. Jeudi 1er mars, Google change les règles de confidentialité de l'ensemble de ses services. De nouvelles règles qui inquiètent déjà la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil)...

• Qu'est-ce que cela change pour vous ?

De la messagerie (Gmail) au partage de vidéos (YouTube), Google propose de nombreux services en ligne, pour plus de 70 règles de confidentialité différentes. A partir du 1er mars, soixante de ces règles sont fusionnées en une seule. Concrètement, cela signifie que le moteur de recherche a maintenant la possibilité de grouper vos données personnelles - courriers électroniques, rendez-vous sur le calendrier, vidéos consultées sur YouTube, mots recherchés - provenant de ses différents services.

Officiellement, l'objectif est de faciliter la navigation, de fournir une meilleure personnalisation des résultats lors d'une recherche internet et de nouveaux services. "Peut-être pourrons-nous vous dire que vous serez en retard pour un rendez-vous en prenant en compte votre localisation, votre agenda ou encore les conditions de circulation", explique ainsi l'entreprise sur son blog officiel (lien en anglais)

Mais ce changement va également permettre à Google de proposer des publicités plus ciblées. "Par exemple si vous n'êtes pas porté sur la gym, les publicités pour des cours de fitness ne vous seront pas très utiles", illustre Google. Les conditions d'utilisation de plusieurs services sont également regroupées au sein d'une règle commune.

Anticipant les critiques, le groupe assure que les informations personnelles des utilisateurs ne seront pas vendues à des tiers et que toute personne qui le désire peut récupérer l'ensemble de ses données personnelles. Mais si les nouvelles règles ne vous conviennent pas, vous ne pourrez plus utiliser les services de Google.

• Pourquoi la Cnil s'inquiète-t-elle ?

Désignée par ses homologues européennes pour analyser ces nouvelles règles, la Cnil s'est emparée de la question. Même si elle juge que la simplification des règles est positive, elle a demandé le 27 février à Google de retarder leur mise en application, sans succès. Dans son communiqué, elle estime que les nouvelles règles de la firme ne respectent pas les exigences de la directive européenne sur la protection des données (95/46/CE).

"La fusion des règles de confidentialité des services de Google rend impossible la compréhension des données personnelles collectées, des finalités, des destinataires et des droits d’accès pertinents pour chaque service", précise-t-elle. Elle demande que la politique de confidentialité soit complétée d'"une information spécifique pour chaque service et chaque finalité"

Surtout, la Cnil s'inquiète des possibilités de croisement des données qui s'offrent désormais à Google. "Par exemple, les nouvelles règles autoriseraient Google à afficher sur YouTube des publicités liées à l’activité de l’utilisateur sur son téléphone Android (numéro de téléphone, numéros appelants, heure et durée des appels) et à sa localisation", écrit-elle, soulignant la domination des services de Google sur internet.

Chez Google, Peter Fleischer, le responsable de la protection des données personnelles, répond poliment que le groupe n'est "pas en mesure de reporter le lancement mondial de la nouvelle politique de vie privée", rapportent Les Echos. La firme se dit cependant prête à répondre aux interrogations et aux craintes de la Cnil, qui n'est pas la seule à s'inquiéter. Plusieurs institutions, dont le Congrès américain, ont demandé des précisions sur cette nouvelle charte. Quant au site internet spécialisé ZDNet.com, il résume ainsi la situation : "Google va en savoir plus sur vous que votre femme."