"Sciences Po, c'était Richard Descoings"

Les étudiants et le personnel de l'Institut d'études politiques de Paris étaient réunis mercredi matin dans la cour de l'établissement pour un hommage à son directeur, mort dans la nuit à New York.

L\'hommage rendu à Richard Descoings, le 4 avril 2012 dans la cour de Sciences Po, à Paris.
L'hommage rendu à Richard Descoings, le 4 avril 2012 dans la cour de Sciences Po, à Paris. (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Certains sont venus dans la nuit, dès qu'ils ont su. Des bougies, des fleurs ont été déposées dans l'enceinte du prestigieux Institut d'études politiques de la rue Saint-Guillaume, à Paris, pour saluer la mémoire Richard Descoings, le directeur de Sciences Po, mort dans la nuit du mardi 3 au mercredi 4 avril à New York dans des circonstances encore inexpliquées. Mercredi matin, plusieurs centaines d'étudiants et de membres du personnel étaient réunis dans la cour de l'établissement pour un hommage en présence du ministre de l'Enseignement supérieur, Laurent Wauquiez.

"Au début, je n'y ai pas cru", témoigne Emmy-Lou, étudiante de première année, venue avec plusieurs de ses amis. Le petit groupe a appris la nouvelle dans la nuit, dans la stupeur. Tous décrivent un directeur très proche de ses élèves, aperçu encore il y a peu, d'humeur joviale, à l'occasion de l'élection du Bureau des élèves ou du concours d'éloquence de Sciences Po. "On le croise souvent, son bureau est juste là", explique Diana, également en première année, qui parle toujours au présent.

Emmy-Lou et Alex, étudiants en 1ère année à Sciences Po, dans la cour de l\'établissement mercredi 4 avril pour l\'hommage à Richard Descoings.
Emmy-Lou et Alex, étudiants en 1ère année à Sciences Po, dans la cour de l'établissement mercredi 4 avril pour l'hommage à Richard Descoings. (MARION SOLLETTY / FTVI)

Les réformes du directeur saluées par les élèves

Certains ont les larmes aux yeux, quelques-uns pleurent dans les bras de leurs amis. Beaucoup s'interrogent sur les circonstances de sa mort. "On se pose beaucoup de questions, forcément, explique Diana. Il était jeune, il avait 53 ans…" A l'intérieur, des étudiants ont spontanément rebaptisé le grand amphithéâtre Emile-Boutmy "Richard Descoings" en collant à la va-vite des lettres imprimées sur des feuilles A4.

Les étudiants connaissent par cœur les réformes lancées par leur ancien directeur, à la tête de la maison depuis seize ans. L'ouverture à l'international, les conventions avec les lycées des Zones d'éducation prioritaire (ZEP) sont souvent citées. "Je viens de Guyane. Je ne suis pas passée par la convention ZEP, mais autour de moi, plusieurs sont arrivés ici grâce à ça", témoigne Cynthia, en master Affaires publiques.

"Il nous disait 'Soyez fiers, mais ne vous prenez pas pour le messie'"

"Richard Descoings, c’était Sciences Po, lance à côté d’elle Marie-Ney, du même master. Il a été beaucoup critiqué mais c’était quelqu’un qui croyait en ses idées, qui les appliquait, qui a forgé la philosophie de Sciences Po. Il nous disait 'Soyez fiers d’être à Sciences Po, mais ne vous prenez pas pour le messie'."

Parmi le personnel enseignant et administratif, certains se demandent déjà comment agira son successeur. "Ce qui est très difficile, c’est de faire du Descoings sans Descoings, explique Brigitte Godelier-Etlicher, chargée de mission au Centre d’études et de recherches internationales (Ceri) de Sciences Po. On se pose la question de savoir si quelqu’un va poursuivre tout ça. Il a tellement changé la donne."