Publicité déguisée pour McDonald's : "Il y a une zone grise sur internet, qu'on est en train de combler", assure le député LREM Bruno Studer

L'UFC-Que Choisir a porté plainte contre McDonald's France. L'association de consommateurs dénonce des "messages publicitaires cachés" à destination des enfants sur internet.

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min.
Le siège social de McDonald's en France, à Guyancourt, dans les Yvelines. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

L'UFC-Que Choisir a annoncé mercredi 13 octobre déposer plainte pour "pratiques commerciales trompeuses" contre McDonald's France, après avoir repéré des vidéos, notamment sur Youtube, où de très jeunes influenceurs vantent les produits McDonald's. Sans que ces vidéos mentionnent l'existence d'un partenariat entre l'entreprise et ces enfants. L'association de consommateurs dénonce une publicité déguisée, et "un no man's land juridique" sur les réseaux sociaux à ce sujet.

"Il y a une zone grise sur internet" au sujet des enfants influenceurs, reconnaît sur franceinfo le député La République en marche (LREM) du Haut-Rhin, Bruno Studer, mais "qu'on est en train de combler". L'auteur d'une loi votée l'an dernier, portant sur "le volet travail" (rémunération, temps de travail) des enfants influenceurs, pointe l'existence d'un autre texte, émanation d'une directive européenne, visant à encadrer "le volet placement de produit et publicité". Il veut "aligner les règles pour les plateformes et les réseaux sociaux sur les règles existant à la télévision". Les placements de produits sont proscrits dans les programmes télévisés pour enfants depuis 2010. "Cette loi attend simplement un décret d'application", précise-t-il.

franceinfo : Y a-t-il une loi qui encadre aujourd'hui la publicité et les placements de produits sur les réseaux sociaux, par et pour des enfants ?

Bruno Studer : Il y a une zone grise sur internet, qu'on est en train de combler. S'agissant du volet placement de produit et publicité, le vide juridique [dénoncé par UFC-Que Choisir] n'est en fait pas si vide que ça. Une loi a été votée en 2020 à l'Assemblée nationale, en application d'une directive européenne. Aujourd'hui, cette loi attend simplement un décret d'application qui devrait en fait permettre, s'agissant du placement de produit ou de la publicité à destination d'enfants, d'aligner les règles pour les plateformes et les réseaux sociaux, sur les règles existant à la télévision. Par exemple, il est interdit de faire figurer un enfant dans une émission de télé-achat. Moi, j'ai toujours dit que ces influenceurs, finalement, étaient du télé-achat des temps modernes, mais puissance dix, parce qu'ils ont parfois cinq, six, sept, huit millions de personnes qui les suivent. On est précurseurs à l'échelle française sur ce sujet mais on est aussi suivi par d'autres pays, comme au Brésil, où la cour d'appel de l'État de São Paulo a imposé à la firme de jouets Mattel de faire cesser l'utilisation d'une chaîne Youtube d'un enfant influenceur. Elle diffusait des publicités en direct. Enfin, concernant les plateformes, il faut bien comprendre qu'Instagram, TikTok ou Youtube sont des entreprises étrangères. On a donc besoin d'agir à l'échelle européenne et même mondiale.

Cette "publicité déguisée" pour McDonald's, dénoncée par l'UFC-Que Choisir, entre-t-elle dans le cadre de votre loi, qui porte, elle, sur la rémunération et le temps de travail des enfants influenceurs ?

Oui, à partir du moment où on établit une relation de travail entre les parents et les enfants. Des parents peuvent scénariser, donner des consignes à leurs enfants, qui, en échange, peuvent percevoir des revenus, générés soit par la monétisation, soit par le placement de produits. La loi que j'ai fait voter vient protéger les enfants influenceurs, et non pas les interdire. Il y a des enfants mannequins, acteurs ou chanteurs. Il fallait simplement aligner les droits et les protections des enfants influenceurs sur ce qui existe pour les enfants du spectacle.

Se pose aussi la question du rôle des adultes qui scénarisent ces vidéos promotionnelles.

Bien sûr, ce sont des enfants et des adultes qui font travailler des enfants. Et c'est pour cela que dorénavant, les vidéos sont extrêmement encadrées. Avant la loi [dont le député est l'auteur], votée en 2020, il n'y avait aucune règle qui contraignait les parents à respecter des durées de tournage, des temps de repos et le fait de mettre l'argent généré par cette activité sur un compte en banque. C'est bien entendu à la justice ou aux services administratifs déconcentrés de l'État de mener des contrôles. Après, comme il s'agit des plateformes, on compte beaucoup sur leur coopération, sous la surveillance du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), en collaboration avec des associations qui peuvent finalement signaler ces vidéos.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers France

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.