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Présidentielle : la récolte et les "râteaux" des militants de Dupont-Aignan

Du porte-à-porte dans les mairies des petites communes rurales, beaucoup de refus et quelques belles surprises pour l'équipe de Debout la République à la recherche de parrainages pour Nicolas Dupont-Aignan. 

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France Télévisions
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Freddy Grzezizak, élu Debout la République, Didier et Maryvonne Bouton, militants font un point dans leur chasse aux signatures, à St Simon (Aisne) le 28 novembre 2011. (Salomé LEGRAND / FTVi)

Pas question que Nicolas Dupont-Aignan soit empêché de se présenter à la présidentielle faute des 500 signatures obligatoires, comme ce fût le cas en 2007.

Du coup, Freddy Grzezizak, élu du parti Debout la République (DLR) se voit presqu'en mousquetaire de la chasse aux parrainages. "S’ils ne viennent pas à Lagardère, Lagardère viendra à eux", plaisante-t-il dans la Citroën C5 qui sillonne l’Aisne de mairie en mairie. 

L'adjoint au maire de Saint-Quentin est de bonne humeur. Il est accompagné dans sa quête par M. et Mme Bouton, à savoir Maryvonne sa "secrétaire" et Didier "mari et chauffeur". Au programme ce lundi 28 novembre, quatre rendez-vous et des visites de mairies au hasard.

Enfin, au hasard, tout est relatif. Maryvonne, 56 ans, ne quitte pas un document maison qui recense les communes, le nom du maire, ses coordonnées, les horaires d'ouverture et, surtout, une colonne "remarques", consciencieusement tenue au crayon à papier : "appelé mardi rappeler" ; "rendez-vous confirmé à 17h".

Maryvonne, "secrétaire" de Freddy, organise conscieusement les rendez-vous et prend en note chacun de ses contacts avec les maires. (Salomé LEGRAND / FTVi)

"Gauche et droite, c’est tout pareil"

Premier arrêt. Devant la mairie, Maryvonne briefe longuement Freddy. Le maire est un infirmier libéral qui a accepté de les rencontrer, mais qui doit faire une sieste avant de retourner travailler. Tandis qu’il ouvre sa mairie, Freddy entame la conversation : "Vous avez de belles fenêtres en PVC, vous avez rénové ?" Ce n’est qu’une fois assis dans la petite cantine du village qu’il entame son laïus sur les 500 signatures, "un système bien et pas bien à la fois".

Rapidement, le maire le coupe. Il ne souhaite "pas parrainer, personne". "Pas envie de s’engager en son nom", sans son conseil municipal avec qui il fait tout. D'ailleurs, il connaît un autre maire qui s’est fait couper ses subventions. Et parce que "gauche et droite, c’est tout pareil".

Freddy rebondit : "Moi aussi je pense que c’est pareil !" Avant de glisser discrètement : "On ne peut pas nous dire ça et ne pas aider les gens qui viennent avec des idées nouvelles." Quant aux subventions, l’homme fort du coin, c’est Xavier Bertrand. Freddy "le connaît bien", il travaille avec lui à la mairie de Saint-Quentin "et il n'est pas comme ça !" Mais rien n'y fait, le maire, tout confus, s’excuse.

Pas de problème, Freddy s’intéresse quelques minutes à la vie de la commune, l’invite à rencontrer Nicolas Dupont-Aignan, de passage le 7 décembre dans le département. Maryvonne le recontactera pour organiser le covoiturage. Au revoir-bonne journée-merci encore. Et en voiture !

"Le mercredi, c’est petits-enfants !"

Deux kilomètres plus loin, Madame le maire ne se souvient plus avoir rendez-vous avec l’équipe de Freddy. Maryvonne intervient : "Mais si je vous ai eu plusieurs fois, y compris ce matin !" Moins hostile aux parrainages, elle compte réfléchir.

Mais quand Freddy s'apprête à l’inviter à rencontrer le candidat le 7 décembre, Maryvonne l’interrompt : "Ah non, le mercredi, pour Madame, c’est p’tits-enfants !" Les deux femmes échangent un regard et, improbable coup de théâtre, se reconnaissent. "Vous êtes parent avec Annie et Gérard ?", demande Maryvonne. La maire acquiesce. "On a été élevées ensemble, Annie c'était ma marraine !", s’exclame la militante.

"Bon, on ne va pas vous embêter plus longtemps", coupe Freddy, tout sourire. Sur les marches, il lâche : "Là, je le sens très bien !" 

A Fluquières (Aisne), le maire François AITA, qui a parrainé Lutte Ouvrière aux deux dernières présidentielle "pour une démocratie ouverte", devrait signer pour Nicolas Dupont-Aignan.  (Salomé LEGRAND / FTVi)

"Je change mon fusil d’épaule"

Sur sa lancée, l’équipe rejoint Fluquières, où Freddy a rendez-vous avec un maire qu’il a "travaillé au corps". Deux rencontres et trois coups de fil plus tard, l’élu DLR est un peu nerveux : "On pense toujours que c'est positif et puis…"

Finalement c’est bon. Le maire, qui avait parrainé Lutte ouvrière "pour une démocratie ouverte" mais "n’est pas du tout homme de gauche", va signer. "Je change mon fusil d'épaule", sourit-il, avant de s'enquérir des délais pour rendre sa promesse de parrainage. "Avant la semaine prochaine", suggère Freddy, qui s’accorde quelques minutes pour discuter de la vie du village.

Mais après cette bonne nouvelle, l’organisation patauge. Mayvonne passe quelques coups de fils aux mairies du coin supposées être ouvertes, mais fait chou blanc. Son mari hausse les épaules : "Je pique les horaires sur internet, mais c'est pas toujours les bons." Tant pis, la troupe se remet en route, Chérie FM en fond sonore.

En un après-midi, les militants Debout la République auront parcouru 130 kilomètres et frappé à la porte d'une douzaine de mairie de l'Aisne.  (Salomé Legrand / FTVi)

"Ils ne savent pas dire non, mais oui encore moins"

Freddy peste. Sept à huit maires ont annulé leurs rendez-vous durant le week-end. Prétexte généralement avancé, "une réunion de communauté de commune". "Comme ça, à l’improviste", grince l’élu qui regrette que les maires ne soient pas plus clairs dès le début. "On aurait pu caler bien d’autres rendez-vous si on avait su". Et de rappeler le mauvais coup de ce maire, à 70 kilomètres de Saint-Quentin, qui leur avait posé deux lapins.

Maryvonne s’y met. "Et ceux qui disent qu’ils ne veulent pas à cause de leur conseil municipal !" Le discret Didier de marmonner : "Ils ne savent pas dire non, mais ils savent encore moins dire oui." La voiture file dans le brouillard picard. L’équipe énumère quelques mairies : "Non, là c’est pas la peine, il est UMP… lui aussi, encarté !"

A Seraucourt-le-Grand, Freddy croise l'édile sur le perron de sa mairie. "Vous avez quelques minutes à nous accorder ?" "Oui, mais pas de parrainage." Il ne veut ni la brochure, ni que Maryvonne le recontacte. En voiture ! 

Passer la tête dans l'entrebaillement de la porte, demander si "le maire est là" et croiser les doigts.. Freddy Grzezizak consacre une demi-journée par semaine à la chasse aux signatures. (Salomé Legrand / FTVi)

"On en a pris des râteaux"

A Artemps, "le maire n’est pas là, il faut prendre rendez-vous". Idem à Moÿ-de-l'Aisne et Saint-Simon, tandis qu’à Itancourt la mairie est carrément fermée. L’équipe décide de s’accorder une pause tisane chez Didier et Maryvonne. Trente minutes chrono, il ne s’agit pas d’être en retard à Beauvois-en-Vermandois, où rendez-vous a été pris avec le maire.

La secrétaire rit encore en repensant à leur échange téléphonique. Tellement que même Didier, qui reste la plupart du temps fumer une cigarette près de la voiture, descend pour rencontrer "ce numéro". Mais point de maire. Et quand elle appelle, c’est sa femme qui répond à Maryvonne : "Il est à Noyon, il vous rappelle ce soir pour fixer un autre rendez-vous."

La nuit est tombée, Freddy doit filer à Saint-Quentin où ses obligations d’adjoint au maire l’attendent. Les militants, eux, tenteront une dernière mairie avant de rentrer. Cent trente kilomètres entre 13h15 et 17h45 ; deux potentiels parrainages.

"Il ne faut pas les écœurer non plus", souligne Freddy. La chasse aux signatures, il y consacre un après-midi par semaine depuis mars. "On en a pris des râteaux", plaisante-t-il. "Mais ce n'est pas grave." Sur les 816 communes du département, il pense pouvoir revendiquer une trentaine de parrainages. D’ailleurs, il compte encore "en faire basculer quelques-uns" la semaine prochaine, en permettant aux maires qui hésitent encore de rencontrer "Nicolas", son candidat.

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