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"Ça me révolte !" : à Mayotte, des habitants dénoncent une opération de communication de la préfecture après la destruction de plusieurs cabanes

L'État a procédé, jeudi, à la destruction de 10 habitations insalubres sur le chantier d'un futur lycée à Longoni. Pour plusieurs habitants sur place, il ne s'agit que d'une diversion après le revers judiciaire du début de semaine.
Article rédigé par Sandrine Etoa-Andegue
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Zarianti (au centre) parle aux policiers lors de l'opération de destruction de 10 habitations vides sur le chantier d'un futur lycée à Longoni, le 27 avril 2023. (SANDRINE ETOA / RADIO FRANCE)

Devant les deux pelleteuses venues raser, jeudi 27 avril, dix cabanes en tôle au bord de la route, des habitants comme Zarianti, contenue par une ligne de gendarmes, laissent éclater leur colère. "C'est ma mère qui habitait là à l'époque. Et là, c'est ma maison. C'est la maison qui est là. Je n'étais même pas au courant, mon père m'a réveillée ce matin en me disant : 'ils vont démolir, ils sont déjà-là"'. 

>>> Opération Wuambushu : les démolitions reprennent sous un climat de tension

Après le revers judiciaire du début de semaine, l'État veut montrer qu'il n'a pas perdu la main dans la lutte contre l'habitat insalubre. La préfecture de Mayotte a donné rendez-vous sur le chantier du futur lycée de Mamoudzou à Longoni au nord du chef-lieu du territoire pour assister à la destruction de 10 habitations vides, sans occupants permanents. Une opération de communication selon les habitants de la commune. Nadhuif, un voisin est venu en soutien. "Ce sont des humains, ce sont des mahorais dit-il On est du même village. Donc moi, personnellement, ça me révolte !"

Pour lui, cette scène de démolition est une diversion. "Ce n'est pas du tout l'opération Wuambushu de décasage. Là, ça n'a rien à voir.

"La préfecture, le gouvernement font ça exprès pour masquer leur échec à Majicavo et à Tsountsou."

Nadhuif, un habitant

à franceinfo

Ils ont échoué là bas, dit-il. Ils se sont dit on va vers les mahorais, ils ne peuvent rien faire et là, ils vont débarquer. Est-ce que vous avez entendu qu'il y a eu des jets de pierres ici ? Niet, rien ! Il n'y a rien. Vous êtes témoin ? Non, mais ils ont trouvé des gens pacifiques comme nous. Et voilà, Il y a un proverbe mahorais à peu près l'équivalent de "Trop bon, trop con! "

La lutte à marche forcée contre l'habitat insalubre 

Ces dix cabanes ne font pas partie de l'opération en tant que tel, admet Thierry Suquet, le préfet de Mayotte mais s'inscrivent, assure-t-il, dans l'objectif global de l'État : éradiquer l'habitat insalubre. Depuis deux ans, on a démoli 2000 habitats insalubres dans l'île, liste Thierry Suquet. On les démolit avec des opérations qui peuvent en faire 100 habitats, avec des opérations qui peuvent en faire 150, mais pour arriver à 2000, il faut aussi des opérations quui en font 10." 

Des habitants contestent l'opération de destruction d'habitations vides, à Longoni le 27 avril 2023. (SANDRINE ETOA  / RADIO FRANCE)

Devant les militaires impassibles, Rachida et un autre membre de sa famille impuissant, donnent une autre version : "Ils disent qu'il y a une personne de la famille qui leur a vendu le terrain. On a essayé de les arrêter pour qu'ils ne démolissent pas, nous on veut juste le document. On n'est pas violents. On ne nous propose pas de terrain en échange, pas de relogement. Qu'est ce que vous voulez qu'on fasse ? Nous à aucun moment on a refusé de partir !". Le préfet de Mayotte indique avoir pris des arrêtés pour quatre autres périmètres de destruction et que chaque habitant s'est vu proposer des solutions d'hébergement. Le réprésentant de l'État est formel : les opérations de démolition des bidonvilles se poursuivront, à minima jusqu'à fin 2024.

Des habitants dénoncent une opération de communication de la préfecture après la destruction de plusieurs cabanes - le reportage de Sandrine Etoa

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