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Marine Le Pen et la communauté juive : l'impossible opération séduction

Boudée par une grande partie des juifs français, la présidente du Front national redouble d'efforts pour redorer le blason de son parti auprès de cet électorat. 

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France Télévisions
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La présidente du Front national, lors d'un meeting à Toulouse. (PP-NEM)

"Le Crif et M. Prasquier ne représentent pas l’ensemble de la communauté juive !" assénait, jeudi 10 février, Louis Aliot, n° 2 du Front national. Largement critiqué par le président de l’institution juive, qui ne "comprend pas qu’un juif puisse voter pour Marine Le Pen", le FN ne faisait pas partie des invités du dîner de mercredi, au siège du Conseil représentatif des institutions juives de France, à Paris.

L’image infréquentable du Front national, Marine Le Pen s’efforce pourtant de la gommer depuis son accession à la tête du parti. Elle souhaite faire oublier les dérapages de son père concernant la Shoah. Elle avait ainsi qualifié les camps de concentration de "summum de la barbarie", avant de se lancer dans une purge à l’intérieur du parti, déclarant que tout membre tenant des propos xénophobes ou antisémites seraient exclus du Front. C’est ce qui est notamment arrivé à Yvan Benedetti, conseiller municipal FN de Vénissieux et bras droit de Bruno Gollnisch, qui s'était publiquement vanté d’être "antisioniste, antisémite et antijuif".

Le nom de Le Pen avait un temps disparu des affiches de la nouvelle candidate, pour faire oublier une filiation qui était devenu un fardeau. Même chose pour la flamme bleu, blanc, rouge, symbole historique du parti. La candidate à la présidentielle cherche également à rationaliser un argumentaire autrefois taxé de xénophobe. "L’immigration est un problème économique, et qu’il faut traiter comme tel", déclarait-elle lors d’une de ses premières conférences de presse en tant que présidente du Front.

• Une partie intégrante du plan de dédiabolisation

La stratégie de séduction de la communauté juive, depuis très longtemps hostile au FN, fait partie intégrante de cet objectif plus global de dédiabolisation. Si Marine Le Pen est encore aujourd’hui très critiquée par le Crif, elle cherche à contourner cet obstacle et multiplie depuis longtemps les tentatives pour redorer l’image de son parti auprès de la communauté juive.

En janvier 2011, elle donne une interview au quotidien israélien Haaretz (lien en anglais) dans laquelle elle affirme que son parti "a toujours été sioniste". Et de répéter une nouvelle fois : "Le Pen c’est Le Pen, et Marine c’est Marine !" Elle a également été invitée par la radio israélienne 90 FM.

En novembre 2011, lors de son voyage aux Etats-Unis, elle a rencontré plusieurs membres influents de la communauté juive. Elle s’est entretenue avec William J. Diamond, figure d’un lobby pro-Israël américain, avant de rencontrer l’ambassadeur israélien à l’ONU, Ron Prosor. Une entrevue dénoncée un peu plus tard par le ministère des Affaires étrangères israélien, estimant que l’ambassadeur avait commis "une erreur de jugement" en rencontrant Marine Le Pen.

En décembre 2011, le compagnon de Marine Le Pen et vice-président du Front national, Louis Aliot, s'est rendu en Israël, mandaté par la chef du parti. La présidente du FN est en effet boycottée par les autorités de Tel-Aviv, et elle s'est vu plusieurs fois refuser l'accès à Israël. Louis Aliot a visité deux colonies israéliennes pour y porter la bonne parole de sa candidate. L’objectif de la visite : "montrer aux Franco-israéliens que le FN a évolué. Que le parti de Marine Le Pen n'est plus de la génération de son père", témoignait un de ses accompagnateurs.

En fin d'année 2011, une curieuse association juive s’est créée pour soutenir la candidate du FN. Appelée "Union des Français juifs", elle dit regrouper des "juifs patriotes" pour qui seule Marine Le Pen peut sortir le pays de la crise. Sur le site, on ne retrouve qu’une poignée d’auteurs, parmi lesquels Michel Ciardi. Il est membre du comité de soutien de Marine Le Pen et contributeur régulier sur le site du mouvement Riposte Laïque, proche de l’extrême droite. L’apparition soudaine de l’UFJ rappelle la création du Cercle national des français juifs, que le FN avait lancé dans les années 1980.

Reste qu'en France, Marine Le Pen ne bénéficie que de très peu de soutien au sein de la communauté juive. L’avocat Gilles William Goldnadel, président de l’association France-Israël, est un des rares à prendre sa défense. Il dénonce la "brigade de la pensée" qui cherche à diaboliser Marine Le Pen.

• Pour beaucoup de juifs, il reste inconcevable de voter FN

Un sondage Ifop paru à l’occasion du dîner annuel du Crif tente de décrypter le vote des Français de confession juive. Il en ressort notamment qu’une très petite part de cet électorat pourrait être tentée par le vote Marine Le Pen.

"Pour beaucoup de juifs il est inconcevable de voter Le Pen", explique Nonna Mayer, chercheuse au Centre d’études européennes de Sciences Po, spécialiste du vote FN. Pour elle, seule une fraction minime de cette communauté pourrait effectivement se reporter sur la candidate frontiste, "par peur des Arabes et d’un islam radical". "Il est aussi important de rappeler qu’il n’existe pas un, mais des 'votes juifs', sauf dans les moments où l’existence d’Israël paraît menacée."

Malgré tous ses efforts, Marine Le Pen est encore loin d’avoir réussi à casser l’image que les juifs ont du Front national. 

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