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Leur mission : inciter les jeunes à s'inscrire sur les listes électorales

Les membres d'AC Le Feu et du Mouvement des jeunes socialistes tentent de convaincre les habitants des quartiers défavorisés d'effectuer les démarches en mairie afin de voter en 2012. Reportage à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis.

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France Télévisions
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Des militants du Mouvement des jeunes socialistes (MJS) s'apprêtent à effectuer une opération de porte-à-porte à Clichy-sous-Bois, le 10 décembre 2010. (ILAN CARO / FTVI)

Comment donner envie aux jeunes de voter ? Le 1er janvier 2012, il sera trop tard : les personnes ne figurant pas sur les listes ne pourront pas participer à la présidentielle. Fin 2006, un engouement exceptionnel avait précédé l'élection de 2007. Le nombre d'inscrits avait augmenté de 1,4 million d'une année à l'autre. Un record particulièrement observé en Outre-mer et dans les quartiers populaires. Les statistiques montrent que cette tendance à la hausse se vérifie avant chaque élection présidentielle, mais jamais, jusqu'alors, dans de telles proportions.

Cette année, l'Insee s'attend donc logiquement à un nouvel afflux dans les mairies, sans pouvoir en prédire l'ampleur. Mais sur le terrain, l'enthousiasme semble avoir baissé d'un cran. Les campagnes de sensibilisation au vote se font plus rares, et les associations ne se montrent pas aussi actives qu'en 2006.

"Les politiques méprisent les jeunes de ces quartiers"

Fer de lance de la mobilisation citoyenne après les émeutes de 2005 dans les banlieues, le collectif AC Le Feu dresse un constat amer après les espoirs nés en 2007, qui avaient conduit les jeunes aux urnes : "Ils se sont aperçus qu'il y avait beaucoup de promesses et pas d'offre politique correspondant à leurs attentes", assène son président, Mohamed Mechmache. "Les politiques ont une sorte de mépris pour les jeunes de ces quartiers. Les partis se trompent. C'est dommage qu'on ne laisse aucune chance à la société civile", regrette-t-il.

Malgré tout, AC Le Feu a relancé une campagne cette année, avec une tribune intitulée "La banlieue fera l'élection". Le collectif organise aussi des débats, notamment à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), Marseille (Bouches-du-Rhône) ou Nanterre (Hauts-de-Seine), à grands renforts de personnalités, comme les acteurs Yvan le Bolloch' et Jamel Debbouze, ou le slameur Grand Corps Malade.

"On fait ce qu'on peut à notre échelle, convient Mohamed Mechmache. Avec leurs moyens, beaucoup plus importants, les pouvoirs publics et les partis politiques pourraient faire bien davantage."

A Clichy-sous-Bois, "conscientiser" les gens

Du côté des pouvoirs publics, le ministère de l'Intérieur a lié un partenariat avec l'association Civisme et Démocratie (Cidem) pour la distribution d'affiches et de tracts dans 1 500 des plus importantes mairies de France. Mais l'Etat n'a lancé aucune campagne de spots radio ou télévisés, sauf pour les Français établis à l'étranger.

Samedi 10 décembre, ce sont des militants du Mouvement des jeunes socialistes (MJS) qui ont déferlé au pied des immeubles de Clichy-sous-Bois. Au Chêne Pointu, l'un des quartiers les plus défavorisés de France, le contraste est saisissant entre ces jeunes étudiants passionnés par la politique et certains habitants qui ont vaguement entendu parler de la tenue d'une élection présidentielle en 2012.

"Beaucoup de gens ont d'autres préoccupations et ne voient pas l'intérêt d'aller voter. On est là pour essayer de les 'conscientiser'", explique Marilyne. Traversant l'allée du centre commercial du quartier à grandes enjambées, Toqeer, un immense garçon aux cheveux longs de tout juste 18 ans, se fait alpaguer par les militants. Après une ou deux minutes de discussion, il promet qu'il essaiera d'aller s'inscrire. Sans en être lui-même très convaincu. "Mais je pense que c'est important, reconnaît-il. J'en parlerai dans ma famille."

"Le PS, c'est Sarko ou Ségo ?"

Quelques minutes plus tard, les Jeunes socialistes se dirigent vers le quartier des Marronniers. Objectif : faire du porte-à-porte. Plutôt efficaces, par groupes de trois ou quatre, ils visitent méthodiquement chaque allée d'immeubles, toquent à tous les appartements. Quand la porte ne reste pas close, l'accueil est plus ou moins chaleureux.

Dans une cage d'escaliers, deux copines se font surprendre à fumer une cigarette quand débarque l'équipée socialiste. "Attends, le PS, c'est Sarko ou c'est Ségo ?", interroge Sarah, 18 ans, qui assure que sa mère a déjà effectué pour elle les démarches d'inscription sur les listes électorales. Ira-t-elle voter ? "Ouais, pour virer Sarko", mais sans se faire d'illusions : "Sincèrement, en cinq ans, il ne s'est rien passé, si c'est pour continuer comme ça, c'est pas la peine." D'ailleurs, elle ne sait pas qui est candidat face au président sortant. "Ah si, le mec, là !" Son amie lui souffle le nom de François Hollande. "Ouais, c'est ça !"

Des membres du MJS lors d'une opération de porte-à-porte pour inciter les jeunes à s'inscrire sur les listes électorales, le 10 décembre 2011 à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). (ILAN CARO / FTVI)

Mais le porte-à-porte confronte parfois à des situations autrement plus sérieuses. Comme celle de cette jeune femme dont le père "a été assassiné en pleine rue", et qui reproche aux administrations locales, la voix chargée de rancœur, de l'avoir laissée se débrouiller toute seule : "La gauche, la droite ou les autres, pour moi c'est la même chose. Ils ne font rien pour nous." Malgré tout, la discussion s'engage avec deux militants, Amandine et Thomas. Au bout de quelques minutes, la jeune femme laisse entendre qu'elle ira peut-être voter.

"Une dame comme ça, dégoûtée par les lourdeurs administratives, pourrait avoir envie de tout laisser tomber, commente Thomas. Mais vous voyez, elle a quand même envie d'y croire. On est aussi là pour redonner de l'espoir."

La "caravane" du MJS fera une ultime étape le 17 décembre à Toulon. De son côté, AC Le Feu devrait organiser un débat à Nanterre autour du 20 décembre. Des initiatives qui demeurent ponctuelles, l'Etat et les partis politiques n'ayant pas réellement choisi d'en faire une priorité. Les jeunes devront se mobiliser eux-mêmes.

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