Les infirmiers libéraux et les kinés coûtent cher à la Sécu, juge la Cour des comptes

Dans leur rapport annuel, les magistrats pointent l'explosion des dépenses de soins dispensés par ces deux professions paramédicales.

Chez les kinés, les honoraires moyens par patient varient du simple au double selon les régions. (Photo d\'illustration)
Chez les kinés, les honoraires moyens par patient varient du simple au double selon les régions. (Photo d'illustration) (MAXPPP)

Voilà qui va faire tousser. Dans son rapport annuel sur la Sécurité sociale, la Cour des comptes épingle l'explosion des dépenses de soins dispensés par les infirmiers et les kinésithérapeutes libéraux, mardi 15 septembre. Le diagnostic est sans appel. 

Des dépenses qui augmentent très vite

Les 64 032 kinés et 103 393 infirmiers libéraux ont pesé pour dix milliards d’euros sur les comptes de l’Assurance maladie en 2014, selon la Cour des comptes. A elles seules, les dépenses en soins infirmiers ont représenté 6,4 milliards d'euros l'an passé. Une hausse de 5,7% sur un an. Depuis 2000, cette hausse est de 6,6% par an en moyenne pour les infirmiers et de 4,3% pour les kinés. Les magistrats constatent qu'elle est beaucoup plus rapide pour ces deux professions de santé que pour les autres. Une hausse due principalement à l'augmentation du nombre d'actes prescrits par les médecins.

Des professionnels mal répartis sur le territoire

La Cour des comptes observe un déséquilibre dans l'implantation sur le territoire des 104 000 infirmiers libéraux et 64 000 kinés français. Ils sont très présents dans le sud de la France et en Bretagne, mais bien moins nombreux en Picardie, Normandie ou dans le Centre. Il y a par exemple seulement 75 infirmiers libéraux pour 100 000 habitants en Ile-de-France, contre 398 pour 100 000 en Corse. Et ce, malgré les restrictions d'installation instaurées en 2008.

Des honoraires qui varient du simple au double

La Cour souligne que là où les kinés et les infirmiers sont les plus nombreux, "le nombre d’actes pratiqués et les honoraires perçus par patient sont généralement très supérieurs à la moyenne nationale et inversement proportionnels au nombre de patients suivis". Ainsi, chez les kinés, les honoraires moyens par patient et par an varient du simple au double entre les Pays de la Loire (264 euros) et la Corse (570 euros). Chez les infirmiers, ils passent de 159 euros en Pays de la Loire à 826 euros en Corse.

Autre fait étonnant, les Bouches-du-Rhône représentent 9% des remboursements français en soins infirmiers, alors que la région ne concentre que 3% de la population nationale et possède une part de plus de 75 ans comparable à la moyenne.

De gros écarts de revenus

Les rémunérations sont également pointées du doigt. Le revenu moyen annuel des infirmiers libéraux est de 42 150 euros par an, celui des kinés de 40 014 euros. Mais 1% des infirmiers – soit environ un millier – touchent plus de 96 845 euros, après charges et avant impôts. Le constat est identique pour les kinés : 10% d'entre eux gagnent plus de 92 146 euros par an.

De multiples dysfonctionnements

La Cour note d'autres anomalies. Certains kinés facturent ainsi des dépassements d'honoraires – 77 millions d'euros en 2014 –, en particulier en région parisienne. Non remboursés par la Sécu, ils sont censés être exceptionnels. La Cour recommande donc de sanctionner plus rigoureusement ces dépassements.

Autre problème, des séances de kiné non effectuées seraient malgré tout facturées. Les infirmiers, eux, auraient tendance à gonfler leurs indemnités kilométriques.

Les magistrats de la Cour des comptes ont rédigé leur prescription. Ils recommandent davantage de contrôles des Caisses primaires d'assurance maladie, pas assez nombreux à l'heure actuelle. Seules 87 procédures ont été engagées contre des infirmiers en 2013. Autre piste : diminuer les quotas de formation pour mettre "un coup d’arrêt à la progression du nombre de professionnels".