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Les avocats d'Yvan Colonna ont contesté lundi la validité procédurale d'une lettre dans laquelle il menace un témoin

Dans cette lettre datée du 19 décembre 2010, dont l'existence a été révélée à l'audience de la cour d'assises vendredi, le militant nationaliste corse menace son ami d'enfance Pierre Alessandri, déjà condamné à perpétuité pour l'assassinat du préfet Erignac, et le presse de l'innocenter.La défense s'interrogeait lundi sur l'origine de cette lettre.
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Dessin représentant Yvan Colonna lors de son procès. (AFP/BENOIT PEYRUCQ)

Dans cette lettre datée du 19 décembre 2010, dont l'existence a été révélée à l'audience de la cour d'assises vendredi, le militant nationaliste corse menace son ami d'enfance Pierre Alessandri, déjà condamné à perpétuité pour l'assassinat du préfet Erignac, et le presse de l'innocenter.

La défense s'interrogeait lundi sur l'origine de cette lettre.

La lettre a été saisie dans la cellule de Pierre Alessandri, condamné à perpétuité après avoir endossé le rôle du tireur. Elle a été remise vendredi soir par la police judiciaire au président de la Cour d'assises spéciale de Paris, où Yvan Colonna est jugé pour la troisième fois.

Dans cette lettre de quatre feuillets, écrite en langue corse, Yvan Colonna écrit à Pierre Alessandri : "J'ai pris perpétuité et 22 ans de sûreté et j'attendais que tu fasses une lettre et que tu cries haut et fort mon innocence." Le berger de Cargèse poursuit: "Tu m'as trahi et sacrifié et tu as trahi 25 ans d'amitié sincère". Yvan Colonna demande ensuite à Pierre Alessandri de "tout faire pour le sortir de là". Sinon, menace-t-il, "ce sera la guerre au procès et au dehors.

Le président de la cour a versé cette lettre aux débats.

Une copie de la lettre, et non l'original, a été transmise à un policier qui, par l'intermédiaire de sa hiérarchie, l'a remise à la cour. Le policier dit l'avoir reçue d'un informateur
dont il conserve l'anonymat. "Nous ne pouvons envisager qu'une ultime manoeuvre pour sauver un dossier qui, à notre avis, commençait à prendre l'eau de toutes parts", a dit à l'audience Me Antoine Sollacaro, un des avocats d'Yvan Colonna.

Il a demandé que le policier en question vienne témoigner, ce que le président de la cour a accepté. Le magistrat a de plus ordonné une traduction de la lettre, rédigée en langue corse, par un magistrat en poste à Bastia et qui parle cette langue.

Le président Hervé Stéphan a lu la lettre à la clôture des débats.

Par le biais de son avocat, Eric Barbolosi, Alessandri a fait savoir lundi qu'il n'avait "jamais eu de lettre d'Yvan Colonna " et qu'aucune lettre n'avait été saisie dans sa cellule. Pour lui, "c'est une manipulation qui vise à déstabiliser".

Un des avocats d'Yvan Colonna , Me Antoine Sollacaro, a estimé que: "Le cheminement de ce courrier est éminemment suspect et peut relever d'une nouvelle manoeuvre". Il a demandé que le commisaire de police "donne le nom de son informateur" et que soit produit l'original de la lettre.

Entre deux évocations de la lettre, la Cour a repris le cours de ses auditions de témoins, examinant l'emploi du temps d'Yvan Colonna avant sa cavale de quatre ans.

Yvan Colonna est jugé une troisième fois à Paris pour l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella en 1997 et pour l'assassinat de Claude Erignac, le 6 février 1998 à Ajaccio. La confirmation en appel de sa condamnation à perpétuité a été annulée pour vice de procédure.

Après avoir assuré après son arrestation en mai 1999 qu'Yvan Colonna appartenait au commando, Pierre Alessandri, le plus proche de ce dernier parmi les membres du commando, s'était rétracté dès octobre 2000. Finalement condamné à perpétuité en 2003, Alessandrini a déclaré en 2004 qu'il était le véritable auteur des coups de feu.

Jeudi 26 mai, Alessandrini a confirmé à la Cour d'assises de Paris le nouveau récit d'Yvan Colonna pour tenter de démontrer son innocence. Selon cette nouvelle version, apparue cette semaine, Yvan Colonna avait été contacté pour faire partie du groupe de tueurs mais avait refusé, ce qui avait suscité un sentiment de rancune amenant ensuite les auteurs du crime à le mettre en cause à tort.

Lors du procès en appel de Colonna, Pierre Alessandri s'était adressé directement au berger de Cargèse, expliquant que sa "cavale" avait été une erreur: "J'aurais jamais imaginé que tu fasses une cavale aussi longue et mette autant d'entêtement à refuser de t'expliquer. Ta reddition aurait suffi à te disculper", avait-il enchaîné avant d'insister: "Ton entêtement dans ta cavale a conditionné ta culpabilité".

Cette lettre est "une erreur", pour la défense
L'un des avocats d'Yvan Colonna, Me Antoine Sollacaro, a reconnu samedi qu'avoir écrit en prison à un membre du commando pour lui demander de le disculper de l'assassinat du préfet Erignac, était "une erreur" dont l'accusation pourrait tirer parti.

"C'est manifestement une erreur d'Yvan d'avoir fait ce courrier à Alessandri", a déclaré Me Sollacaro. "Du côté des parties civiles et du parquet, on va parler de pression et de menaces." L'avocat ajaccien y voit pour sa part "un cri de désespoir". Le procès devant la Cour d'assises spéciale de Paris "est la dernière chance de Colonna de faire reconnaître son innocence".

Selon des traductions officieuses déjà effectuées par plusieurs médias durant le week-end, Yvan Colonna - qui ne s'est pas exprimé à la reprise de l'audience lundi - se montre très violent dans ses écrits envers Pierre Alessandri.

Il le somme de venir dire qu'il est innocent, faute de quoi il s'expose à des représailles. "Soit tu fais tout pour me sortir de là, soit tu continues comme ça. A ce moment là, je te
le dis de façon très solennelle. Ce sera la guerre. La guerre dehors, il y en aura pour tout le monde". Il lui "recommande de motiver sa femme", autre témoin à charge qui est en liberté, afin qu'elle témoigne aussi en sa faveur. Aucun des avocats d'Yvan Colonna n'a jusqu'à présent contesté l'authenticité du document.

Pierre Alessandri, comme trois autres protagonistes avérés du crime, avait accusé Colonna à partir de mai 1999, avant de se rétracter en octobre 2000.

Condamné en 2003, il assure depuis 2004 être celui qui a tiré sur le préfet, mais en des termes si flous et ambigus qu'ils n'ont pas empêché les condamnations d'Yvan Colonna à ses deux premiers procès.

Yvan Colonna, qui conteste tous les faits qui lui sont reprochés, maintient avoir passé la nuit seul dans sa bergerie de Cargèse. Il avait été condamné en appel, en 2009, à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans, mais ce verdict a été annulé par la Cour de cassation pour vice de procédure.

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