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La ministre sera auditionnée sur la collusion présumée entre laboratoires pharmaceutiques et experts sanitaires

Cette commission d'enquête du Sénat sur "le rôle des firmes pharmaceutiques dans la gestion par le gouvernement de la grippe H1N1" a été mise en place à l'initiative des communistes et du Parti de gauche.François Autain, sénateur et médecin, a donné le ton des débats en dénonçant une "surévaluation des risques", voire une "dramatisation".
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Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, de la Jeunesse et des sports. (F3)

Cette commission d'enquête du Sénat sur "le rôle des firmes pharmaceutiques dans la gestion par le gouvernement de la grippe H1N1" a été mise en place à l'initiative des communistes et du Parti de gauche.

François Autain, sénateur et médecin, a donné le ton des débats en dénonçant une "surévaluation des risques", voire une "dramatisation".

"Plus on alarme, plus ça fait vendre"
Parlant de "liens incestueux", il a déploré que les experts qui travaillent avec les laboratoires soient "souvent ceux qui conseillent les gouvernements". On s'est affolé parce que "plus on alarme, plus ça fait vendre", a dénoncé le sénateur Autain.

L'audition devrait s'élargir à une critique générale de la gestion gouvernementale de la lutte contre la pandémie : contrats signés à la hâte sans clause de résiliation, commande de 94 millions de doses "inutilisées et inutilisables", mise à l'écart des généralistes pour ce qui n'était finalement "pas une véritable pandémie". Depuis, l'indépendance des experts est mise en doute vis-à-vis de laboratoires qui financent leurs recherches, leur offrent des postes de consultants et des participations à des congrès.

Lors d'une audition collective sur l'expertise organisée début mars à l'Assemblée nationale par le député PS Gérard Bapt, Jean Marimbert, directeur général de l'Afssaps (l'agence du médicament), les avait défendus en estimant qu'"il y a une stigmatisation injuste des experts, dans l'ensemble intègres" et qu'il était difficile de trouver des experts sans conflit d'intérêt dans des domaines "pointus".

Pour lui, il faut seulement être "intraitable" sur le respect des règles de déontologie. La loi, certes, impose aux experts de préciser les intérêts personnels qu'ils peuvent avoir dans une affaire du fait notamment de leurs liens avec les laboratoires. Mais les déclarations d'intérêts ne sont pas vérifiées, et il n'y a pas de sanction en cas d'omission.

Un travail est en cours sur une charte de la déontologie de l'expertise en santé publique, commune à toutes les agences sanitaires. André Cicolella, du Réseau environnement santé, a suggéré de créer une "Haute autorité de l'alerte et de l'expertise", qui ferait respecter les principes. "Sans gendarme, le code de la route est un chiffon de papier", a-t-il dit à l'Assemblée.

L'Etat déboursera 48 millions d'euros pour les vaccins annulés
L'Etat va débourser 48 millions d'euros, au lieu des 358 millions prévus initialement, pour les commandes de 50 millions de vaccins contre la grippe A H1N1 résiliés, indique Le Figaro mardi, sans citer ses sources. Le ministère n'a pas souhaité commenter l'information. Toutefois, la ministre de la Santé, devrait faire le point lors de son audition mardi après-midi au Sénat, indique-t-on.

Le laboratoire Novartis a signé l'accord de résiliation avec le ministère, mais les deux autres laboratoires (GSK et Sanofi) sont toujours en cours de négociation avec l'Etat français, a indiqué une source proche du dossier.

L'Etat avait commandé 94 millions de doses de vaccins contre la grippe aux laboratoires pharmaceutiques, à l'occasion de l'épidémie de la grippe, pour un montant d'environ 700 millions d'euros. Cependant, la grippe a été moins virulente que prévu et seulement 5,6 millions de personnes ont été vaccinées.

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