La guerre des anti et pro-plantigrades dans les Pyrénées est en train de renaître

Une manifestation est prévue samedi à Tarbes par les adversaires de la réintroduction du plantigrade dans les Pyrénées, lesquels "refusent une confiscation" du massif par l'ours.

Un ours des Pyrénées
Un ours des Pyrénées (France 3 Aquitaine)

Une manifestation est prévue samedi à Tarbes par les adversaires de la réintroduction du plantigrade dans les Pyrénées, lesquels "refusent une confiscation" du massif par l'ours.

La secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie, Chantal Jouanno, avait mis le feu aux poudres en janvier en annonçant qu'il y aurait de nouvelles "réintroductions, parce que sinon la population n'est pas viable". "Je ne suis pas la ministre qui renoncera aux engagements internationaux de la France", avait-elle ajouté. Une décision sera annoncée "après les régionales", avait ajouté la secrétaire d'Etat.
D'où une mobilisation accrue des opposants à l'ours à la veille des élections régionales.

Réintroduction d'ours slovènes
Cette affaire est un serpent de mer. Et agite régulièrement le massif pyrénéen.

A la fin des années 1990, un programme de restauration de la population avait été engagé, avec la réintroduction de trois ours bruns de Slovénie, dont la carte génétique est la plus proche de celle de leurs frères pyrénéens. En 2006, quatre femelles et un mâle, eux aussi slovènes, étaient arrivés pour faire remonter l'effectif français à près de 20 individus. Actuellement est attendu le "plan ours 2010", qui devrait prévoir de nouveaux lâchers, craignent les "anti ours ". Une directive de l'UE souligne que le plantigrade brun figure sur la liste des espèces prioritaires au niveau communautaire.

Les arguments des anti...
La "Grande marche des Pyrénées" de samedi est notamment organisée par l'Association pour le développement durable de l'identité des Pyrénées (Addip) et la Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles (FRSEA).

"Pour la première fois", la mobilisation "va fédérer tout ce qui représente la société civile pyrénéenne : des chasseurs, des responsables du tourisme..., et bien sûr le monde agricole", indique le président de l'Addip, Philippe Lacube. "Cette manifestation montre que les gens veulent vivre, veulent avoir une économie, une montagne pas ensauvagée, où il y aura de l'avenir pour l'économie", ajoute-t-il.

... et ceux des pro
"L'ours est un bouc-émissaire, on lui met tout sur le dos", répond le directeur de l'association "Pays de l'Ours-Adet", Alain Reynes, partisan des réintroductions. La question de l'ours, estime-t-il, "détourne l'attention des vrais problèmes de l'agriculture de montagne" et sa disparition "ne résoudra pas la crise" traversée par ce secteur.

Les dommages causés aux troupeaux d'ovins par le plantigrade baissent depuis deux ans. "C'est vrai, mais qu'en sera-t-il quand on aura ce qui est considéré comme une population viable, c'est-à-dire de 100 à 150 ?", rétorque Philippe Lacube. "Si l'on voulait les réintroduire durablement, il faudrait 150 à 200 individus", insiste également le président de l'Association nationale des élus de la
montagne, Henri Nayrou.

Pour Alain Reynes, ce chiffre est "un chiffon rouge agité pour faire peur". Avec une cinquantaine de plantigrades, il serait possible de maintenir en vie la colonie, assure-t-il.

Les ours des Pyrénées

La présence des ours bruns dans les Pyrénées remonteraient à 600.000 ans. Au début du XXe siècle, quelque 150 individus se trouvaient encore dans le massif. En 1954, il n'en restait plus que 70, et 7 ou 8 en 1990.

Actuellement, sur les 3 noyaux de population, deux sont uniquement peuplés de mâles (Pyrénées occidentales et orientales). Seul celui des Pyrénées centrales se reproduit, mais avec toutefois un fort risque de consanguinité, selon les spécialistes.

Sur le versant espagnol du massif, on compterait encore plus d'une centaine d'individus.

À l'origine, les ours étaient présents partout en Europe: on retrouve ainsi des ossements dans de nombreux habitats préhistoriques. Au XVIIIe, il y en avait encore dans les Alpes, le Jura et les Vosges. La population a ensuite décliné en raison d'une pression importante de l'homme sur leur habitat et leur population.

La chasse dans les Pyrénées a été interdite en 1972, l'inscription de l'animal sur la liste des espèces protégées est intervenue en 1979. Le premier plan de protection date de 1984.

Dans la mémoire collective des Pyrénées, le plantigrade a une place à part et il est souvent cité dans les légendes. La toponymie y fait souvent référence avec des noms comme Artz, Anso, Onso, Os, Ossau, Ous, Osse, Onsera, Orsiana, Osera, Urs.