La fin d'une semaine compliquée pour Sarkozy

Le président candidat est en meeting à Bordeaux samedi après-midi pour parler d'immigration, d'insécurité et d'identité nationale. 

Nicolas Sarkozy participe à une conférence de presse à Bruxelles, le 1er mars 2012. 
Nicolas Sarkozy participe à une conférence de presse à Bruxelles, le 1er mars 2012.  (LIONEL BONAVENTURE / AFP PHOTO)

En parlant valeurs républicaines, identité nationale, insécurité ou encore immigration dans un meeting à Bordeaux, samedi 3 mars à 17 heures, Nicolas Sarkozy espère faire oublier une semaine bien calamiteuse. Une semaine où chaque jour a apporté son lot de contrariétés pour le président candidat. 

• Lundi, une proposition de Hollande qui va faire beaucoup d'ombre

Premier jour de la semaine, première embûche. Alors que Nicolas Sarkozy entend marquer la semaine en présentant des mesures fortes sur l'éducation, François Hollande met une nouvelle proposition sur la table : le candidat socialiste suggère de taxer à 75% les revenus supérieurs à un million d'euros par an. Le chef de l'Etat le sait aussitôt : la mesure va saturer l'espace médiatique, et lui faire de l'ombre pendant plusieurs jours.

• Mardi, une annonce précipitée sur l'évacuation d'Edith Bouvier, l'oubli d'une mesure dans un meeting sur l'éducation, et le rejet de la loi sur le génocide arménien par le Conseil constitutionnel

Le lendemain, Nicolas Sarkozy prend la direction de Montpellier pour, justement, dévoiler son programme en matière d'éducation. Un meeting devant plus de 6 000 personnes, marqué par un triple couac en coulisses. Juste avant son discours, le président de la République se félicite auprès des journalistes de l'évacuation de la journaliste Edith Bouvier de la Syrie vers le Liban. Problème : l'information est finalement contredite, et Nicolas Sarkozy doit présenter ses excuses pour avoir été, reconnaît-il, "imprécis".

Pendant son discours sur l'école, Le Point.fr remarque que le président candidat "zappe" purement et simplement un paragraphe contenant pourtant une annonce forte : la fin du non-remplacement d'un instituteur sur deux partant à la retraite dans le primaire. Ce sont ses conseillers qui, une fois le discours terminé, sont obligés d'aller annoncer la proposition aux journalistes.

Et pour courronner la journée, Nicolas Sarkozy apprend que la loi sur le génocide arménien, dont il était un ardent défenseur, a été censurée par le Conseil constitutionnel, jugeant qu'elle constitue une "atteinte à l'exercice de la liberté d'expression". Officiellement, le président de la République "charge le gouvernement de préparer un nouveau texte". Mais dans les faits, il sait que ce sera impossible d'ici à la fin du quinquennat, le Parlement refermant ses portes mercredi 7 mars.

• Jeudi, une visite mouvementée à Bayonne

Après un jour de répit, Nicolas Sarkozy se déplace à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), pour une rencontre avec des agriculteurs puis une visite dans le centre-ville à la rencontre des habitants et des commerçants. Premier dialogue tendu avec les éleveurs, dont le président visite l'exploitation :

L'agriculturice : "Ecoutez, on n'est pas aux 35 heures, hein."

Nicolas Sarkozy : "Moi non plus."

L'agriculteur : "Oui, mais on n'a pas le même salaire."

L'agricultrice : "Nous, on n'a rien. On vivote."

Nicolas Sarkozy : "Moi, je ne suis pas propriétaire de 40 hectares, hein, ok ?"

L'agricultrice : "Mais vous avez autre chose en banque peut être."


Mais c'est surtout dans le centre-ville de Bayonne que la visite vire au fiasco. Accueilli par des sifflets et des huées de plusieurs centaines de manifestants, Nicolas Sarkozy est contraint de se réfugier dans un bar pendant près d'une heure, le temps pour les CRS de dégager une voie de dégagement. 

"Hollande a annoncé l'épuration, forcément, ça échauffe les esprits des gens de la base", lâche Nicolas Sarkozy, qui accuse le PS de s'être mêlé aux indépendantistes basques. "Épuration" : un mot qui va faire bondir les socialistes, François Hollande estimant lui-même que l'emploi de ce terme "témoigne d'une culture de l'excès, de l'outrance, de la surenchère, de l'escalade à laquelle moi je ne participerai pas".

• Vendredi, les mauvais sondages se multiplient

Conséquence d'une semaine compliquée, ou simple coïncidence ? Toujours est-il que les mauvais sondages se multiplient pour Nicolas Sarkozy. Alors que la proposition de François Hollande de taxer les riches reçoit une très large approbation des sondés (61% selon TNS-Sofres, 65% selon BVA), Nicolas Sarkozy, lui, voit les intentions de vote en sa faveur reculer (de un point le lundi, le retard sur François Hollande est passé à 3,5 points le vendredi, dans l'enquête quotidienne menée par l'Ifop).

Autre sondage TNS-Sofres inquiétant pour Nicolas Sarkozy, publié vendredi dans Le Figaro Magazine : en février, la cote de confiance de François Hollande a bondi de 8 points (atteignant 58%), alors que la sienne a reculé de 3 points (26%). Des résultats bien loin de ceux escomptés par le candidat et son entourage, qui espéraient que l'entrée en campagne tonitruante du président permettrait de changer la donne avant la fin février...