L'UMP se divise sur plusieurs sujets clés

La mise en place d'un code pénal pour les mineurs ou la baisse du nombre d'immigrés légaux agitent la majorité. 

L\'ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, et le patron de l\'UMP, Jean-François Copé, le 3 septembre 2011 à Marseille.
L'ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, et le patron de l'UMP, Jean-François Copé, le 3 septembre 2011 à Marseille. (GERARD JULIEN / AFP PHOTO)

Mise en place d'un code pénal pour les mineurs, baisse du nombre d'immigrés légaux, sortie des 35 heures, remise en cause des avantages fiscaux sur les services à la personne… A six mois de la présidentielle, la présentation du projet de l'UMP, étalée entre la mi-novembre et la mi-décembre, agite ostensiblement la majorité.

• La réduction du nombre d'immigrés légaux en France

Faut-il "réduire l'immigration légale" en France, comme l'a suggéré dimanche 27 novembre le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant ?

La question a passablement irrité une partie de la majorité, dont l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui s'en est fait le représentant mardi 29 novembre en appelant l'UMP à "ne pas mélanger tous les immigrés". "Nous ne sommes pas des gens brutaux (…) S'ils respectent la règle, ils sont respectés par la République", a-t-il martelé à l'occasion d'une convention de l'UMP. "Je suis d'accord avec lui : je n'aime pas tout ce qui stigmatise", appuie le député et ancien ministre Dominique Bussereau.

"Nous devons nous poser ces questions, estime pourtant le député fillonniste Jérôme Chartier. Qu'est-ce que les immigrés peuvent apporter à la France ? Dans quelles filières ? Y en a-t-il trop ici ? En manque-t-il ailleurs ? Ne tombons pas dans les tabous…"

"Ne tombons pas non plus dans cette posture électoraliste qui voudrait que nous fassions les yeux doux au Front national à mesure que la présidentielle approche", lui répond un député de l'aile humaniste de l'UMP, félicitant Raffarin d'avoir "dit tout haut ce que beaucoup d'entre nous pensent tout bas"

• Le code pénal pour les mineurs à partir de 12 ans

Autre point de clivage : la proposition émise par l'UMP, mardi 29 novembre, de mettre en place un Code pénal spécifique aux mineurs et les sanctionner dès 12 ans, contre 13 aujourd'hui.

Pour la ministre de l'Apprentissage, Nadine Morano, lorsque des enfants de 12 ans commettent des délits, "ce sont les parents qu'il faut éduquer, aider, accompagner""On ne va pas descendre à 12, 9 ou 8 ans !", insiste-t-elle. Un avis partagé par le secrétaire d'Etat Pierre Lellouche : "Un code pénal pour les enfants, c'est ce que je ne peux pas accepter. On ne peut pas traiter les enfants comme des adultes."

"Douze ans, c'est un petit peu jeune", approuve le président de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer. "Je ne comprends pas bien l'utilité d'une telle mesure", renchérit le villepiniste François Goulard, appelant à "d'abord appliquer les nombreuses mesures déjà votées ces dernières années sur la délinquance des mineurs".

L'aile droite de l'UMP, elle, applaudit. "Être mineur ne doit pas tout excuser", gronde le député Lionnel Luca. "Les délits sont commis par des mineurs de plus en plus jeunes, qui pensent que parce qu'ils sont mineurs, ils ne seront pas punis. Il faut changer cela", abonde Olivier Dassault.

Le patron de l'UMP, Jean-François Copé, a tenté d'éteindre l'incendie, mercredi, en assurant qu'il s'agit simplement "d'adapter la justice pénale des mineurs aux évolutions actuelles". "On n'est pas en train de dire que les enfants de 12 ans, on va les envoyer au bagne de Cayenne, c'est ridicule !"

• Remise en cause des avantages fiscaux sur les services à domicile

Dans un registre plus économique, la proposition de Chantal Brunel a, elle aussi, divisé la majorité. Comme elle l'explique dans Les Echos, la députée UMP souhaite remettre en cause les avantages fiscaux liés aux services à la personne, matérialisés par les chèques emploi-service.

Relevant que leur coût est passé de 2 milliards d'euros en 2007 à 3,8 milliards, elle a fait adopter, grâce au soutien de ses collègues, un amendement en commission des lois pour réduire le spectre des services concernés. "La garde d'enfant, les aides aux personnes handicapées… D'accord. Mais les séances de coaching personnel ou les cours de dessin, est-ce bien indispensable ?"  

Mais le gouvernement et d'autres députés UMP s'opposent à la remise en cause de ce dispositif populaire, à six mois de l'élection présidentielle. "C'est un avantage qui bénéficie à de nombreuses familles et qui contribue à doper l'économie", justifie le député Jacques Myard. "Les abus me semblent assez marginaux", approuve François Goulard. 

• La sortie définitive des 35 heures

Autre point sur lequel la majorité demeure divisée : la remise en cause des 35 heures. Alors que l'UMP propose d'en sortir une bonne fois pour toutes par des accords de branches ou d'entreprises, le ministre du Travail, Xavier Bertrand, maintient son opposition à une telle mesure.

"Supprimer les 35 heures, cela voudrait dire supprimer les heures supplémentaires. Or, aujourd'hui, plus de 9 millions de Français en font chaque mois, ce qui leur garantit en moyenne 400 euros de plus", justifie-t-il. "La fin des 35 heures, c'est une question déjà réglée", estime Dominique Bussereau. "C'est un acquis social pour les femmes, qui peuvent plus facilement concilier leur vie familiale et leur vie professionnelle", ajoute la députée Chantal Brunel.

Mais sur ce sujet, Bertrand semble en minorité. "La ligne tracée par Jean-François Copé fait consensus. C'est une position de synthèse", relève l'ancien ministre du Travail Eric Woerth. "Bertrand veut simplement faire entendre sa petite musique face à Copé", s'agace un autre député.


Alors, l'UMP, divisée ? Le filloniste Jérôme Chartier veut relativiser : "Nous pouvons exprimer des positions différentes. Ce que nous devons éviter, c'est de refuser tout débat au nom de je ne sais quels tabous, alors que nous élaborons un projet."