L'ex-garde des Sceaux a prêté serment d'avocate mercredi après un cache-cache réussi avec la foule des journalistes

Rachida Dati a rejoint la première chambre de la cour d'appel en toute discrétion, échappant à la cohue des caméras, des micros et des appareils photo massés à l'entrée de la salle d'audience.

L\'ex-ministre de la Justice Rachida Dati est devenue avocate mercredi 17 février 2010.
L'ex-ministre de la Justice Rachida Dati est devenue avocate mercredi 17 février 2010. (F2)

Rachida Dati a rejoint la première chambre de la cour d'appel en toute discrétion, échappant à la cohue des caméras, des micros et des appareils photo massés à l'entrée de la salle d'audience.

Tandis qu'elle attendait le début de la prestation de serment sagement assise parmi une cinquantaine de jeunes accédants à la profession, les journalistes jouaient des coudes avec les familles venues assister à la cérémonie, pour tenter de l'apercevoir, selon l'AFP.

Plusieurs médias sont restés à la porte, empêchés d'entrer : ils ont manifesté bruyamment leur mécontentement, le président François Grandpierre, troublé, a oublié de donner la parole au bâtonnier comme le prévoit le protocole.

Passé ce moment de flottement, toujours selon l'AFP, la cérémonie a retrouvé un peu de sa solennité et son enchaînement de discours un brin convenus à l'adresse des impétrants, ceux qui viennent de finir leurs études ou entament "une reconversion réussie", comme l'a rappelé le président. Seule allusion de ce dernier au caractère un peu particulier de la situation: une citation du moraliste Nicolas de Chamfort sur la célébrité, cet "avantage d'être connu de ceux qui ne vous connaissent pas". Pas de quoi faire ciller l'ancienne garde des Sceaux qui a prêté serment d'une voix presque inaudible, parmi ses jeunes confrères s'avançant pas ordre alphabétique pour prononcer leur "je le jure".

La séance à peine levée, la nouvelle avocate a aussitôt retiré sa robe d'avocate, provoquant quelques réflexions ironiques sur une telle célérité. Elle a salué plusieurs connaissances dans la salle, puis a été reçue, avec les autres accédants, dans les locaux de la première présidence et n'a pas reparu.

Rachida Dati, 44 ans, bénéficie, comme les anciens juristes, hauts fonctionnaires et certains parlementaires, de la possibilité d'accéder directement à la fonction d'avocat sans passer le certificat d'aptitude à la profession d'avocat (CAPA). Garde des Sceaux entre 2007 et 2009, elle est aujourd'hui maire du VIIe arrondissement de Paris et députée européenne, mandats qu'elle va conserver. Sa demande d'admission au barreau avait été repoussée une première fois parce qu'elle contrôlait un cabinet de "conseil", fait qui lui avait déjà valu des remontrances au Parlement européen car elle ne l'avait pas déclaré. Une activité qu'elle a depuis abandonné.

L'avocat issu du monde politique vaut surtout par son réseau
Le cumul de mandats électifs et du métier d'avocat devient très courant en France. Il concerne par exemple le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale Jean-François Copé, le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre, le député UMP et ex-ministre de l'Intérieur François Baroin, le député écologiste Noël Mamère, les députés socialistes Jean Glavany et Christophe Caresche. Sont également avocats l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin ou l'ancien ministre socialiste des Affaires étrangères Roland Dumas.

Le passage au barreau est possible en justifiant d'une expérience professionnelle et d'une équivalence de diplômes et il est soumis au conseil de l'ordre. C'est le plus souvent non au pénal, mais dans le domaine des affaires, secteur très rémunérateur, qu'exercent élus ou anciens élus, ce qui est susceptible de poser un problème de conflit d'intérêts.

Les sociétés qui engagent des cabinets d'avocats peuvent en effet être attirées par le réseau de relations dont bénéficie naturellement un élu, soulignent les adversaires de ce système. Jean-François Copé a été ainsi accusé dans un récent livre, "Copé, l'homme pressé", d'être intervenu dans l'abandon d'une proposition de loi concernant le cabinet d'avocats pour lequel il travaille, ce qu'il a nié.

L'adoption des élus par le barreau n'est pas systématique et le député socialiste Julien Dray , qui a déposé une demande, s'est vu réclamer cette année par le conseil de l'ordre de Paris des renseignements supplémentaires sur ses diplômes. Une enquête le visant pour de supposées malversations financières a été conclue en décembre par un rappel à la loi.