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Un député de gauche détaille les chiffres de "l'Etat bling-bling"

Dans un rapport très étayé, René Dosière pointe les dépenses superflues de l'Elysée et estime que la France pourrait économiser un milliard d'euros par an si le gouvernement ne comptait que 15 ministres. 

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France Télévisions
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Nicolas Sarkozy entouré de ses gardes du corps, à Nice, le 18 octobre 2011 (BRUNO BEBERT / SIPA )

"L’Etat bling-bling". Le dernier rapport du député apparenté socialiste René Dosière, spécialiste des comptes de l’Elysée, ne fait pas de concession. Sa conclusion ? "Les dépenses du chef de l’Etat sont excessives et doivent être réduites sans l’empêcher d’agir et d’aller."

Avoir permis à la Cour des comptes d’enquêter au Palais pour la première fois sous la Ve République n’exonère donc pas le président de critiques. Dernier compte-rendu du quinquennat, le document distribue les bons et les mauvais points de l’ère Sarkozy. Décryptage.

• Un budget de l’Elysée moins opaque, mais toujours excessif

C’est la concession de René Dosière à Nicolas Sarkozy : "Une grande partie des financements des ministères sont regroupés dans un budget 'consolidé' désormais soumis au contrôle de la Cour des comptes." Mais c’est tout. Etabli à 113 millions d’euros annuels, le budget de la présidence manque clairement de transparence, dénonce le parlementaire. "Environ 30 millions de dépenses présidentielles sont toujours dispersées dans les budgets ministériels", note-t-il.

Par ailleurs, les dépenses sont "beaucoup plus importantes" que sous Jacques Chirac, explique René Dosière, à qui il manque encore certaines données. Cependant les comparaisons possibles sont éloquentes : augmentation de près de 50 % des déplacements aériens, Nicolas Sarkozy passe en moyenne 24 heures en vol par semaine. Le nombre de véhicules utilisés par l’Elysée est passé de 55 à 121 d’un mandat à l’autre. Et le député a estimé le coût d’un déplacement de l’actuel chef de l’Etat à 450 000 euros, notant un déploiement de forces de sécurité "sans commune mesure" avec l’ère Chirac.

Dernière critique et non des moindres, l'explosion de l'enveloppe consacrée aux sondages : de 500 000 euros sous l’ancien président à 2,2 millions sous Nicolas Sarkozy, c’est plus de quatre fois plus.

• L’aide aux plus démunis en chute libre

Peu de postes de dépenses ont fondu à ce point à l’Elysée. Moins 47,32 % entre 2006 et 2008, le "service social" de la présidence de la République est réduit à peau de chagrin. Censées accorder des aides de 200 à 300 euros aux plus démunis qui écrivent au président pour exposer leur situation, ces "bonnes œuvres" ne représentent plus que 150 000 euros par an, moitié moins que sous Jacques Chirac.

Et il n’y a pas que les moyens qui ont chuté, les effectifs aussi ont diminué de sept personnes en 2006 à cinq aujourd’hui.  "On ne nous sollicite plus", aurait expliqué l’Elysée. "J’ai toutefois du mal à la croire quand le Palais augmente les personnels de son secrétariat pour traiter un nombre croissant de courriers", réplique Réné Dosière sur Europe 1. 

• Le train de vie des ministres jugé "excessif"

Au-delà de l’Elysée, René Dosière a décidé cette année de s’intéresser au train de vie des ministres."Un ministre coûte 16,72 millions d’euros par an" a-t-il calculé. Avant d’estimer que c’est "excessif". Et d’énumérer : vingt membres par cabinet, plus cent personnels "de soutien", comme les chauffeurs, maîtres d’hôtel et secrétaires, douze voitures de fonction par ministères (dont deux pour le ministre) et huit chauffeurs.

"Chaque ministre dépense en moyenne, 363 522 euros par an en déplacements aériens, et 267 315 euros de frais de représentation", conclut l’empêcheur de dépenser en rond qui réclame aussi des éclaircissements concernant le logement de certains membres du gouvernement. Côté rémunérations, elles sont comprises entre 15 117 euros par mois au ministère du Budget et 8 183 euros au ministère chargé des Relations avec le Parlement. C’est la première fois qu’elles sont rendues publiques aussi précisément. Mais les plus élevées "ont augmenté de 10 % à 50 %" cette année, s’étouffe René Dosière.

Un train de vie "ostentatoire", mal-venu en période de crise. Et de souligner qu’une économie annuelle de l’ordre du milliard d’euros est possible si le chef de l’Etat limitait son gouvernement à quinze ministres comme il l’avait promis.

Enfin, René Dosière, qui compte poursuivre ses enquêtes sur le train de vie de l’Etat, évoque des zones d’ombre persistantes notamment autour des dépenses du Premier ministre et du statut et des dépenses de la première dame de France.

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