Islam : "Il faut que la politique française aille vers de nouvelles priorités", suggère l'Institut Montaigne

L'auteur du rapport Nouveau monde arabe, nouvelle politique arabe pour la France, appelle à "plus de coopération sécuritaire" et espère entrer "dans une relation égalitaire" entre la France et le Maghreb.

Hakim El Karoui, le 24 août 2017.
Hakim El Karoui, le 24 août 2017. (FRANCEINFO)

Quelle doit être la politique de la France vis-à-vis des pays arabes ? Comment lutter plus efficacement contre la diffusion du salafisme et de l'islamisme radical ? Ce sont quelques-unes des questions que pose Hakim El Karoui dans son rapport pour l'institut Montaigne, Nouveau monde arabe, nouvelle politique arabe pour la France, qui vient d'être publié.

"Il faut que la politique française aille vers de nouvelles priorités", a-t-il expliqué sur franceinfo. "Nos deux grands sujets sont l'islam et les migrations. Il faut qu'on invente une nouvelle façon de gérer ces deux questions-là qui sont cruciales pour le présent et l'avenir de la France."

franceinfo : Pourquoi avoir fait ce rapport ?

Hakim El Karoui : Il y a un nouveau gouvernement donc il faut un nouvel éclairage. Le monde arabe a changé de façon incroyable depuis 5 ou 6 ans. Trois grands évènements : les révolutions arabes, la guerre en Syrie et le jihadisme. Cela veut dire qu'il y a dans le monde arabe des bouleversements extrêmement importants au sein des sociétés arabes. Elles sont en voie de modernisation accélérée et le cœur du sujet c'est la place des femmes. Il y a 30 ans, les femmes arabes avaient 6 ou 7 enfants. Aujourd'hui, elles en ont 2, 3. Il y a 30 ans, les femmes arabes ne faisaient pas d'étude. Aujourd'hui, elles sont toutes alphabétisées et bientôt il y aura plus de femmes à l'université que d'hommes. Tout cela induit des bouleversements à l'intérieur des sociétés absolument extraordinaire. Il faut que la politique française en tienne compte et qu'elle aille vers de nouvelles priorités.

Que montre votre rapport ?

Depuis quelques années on s'est beaucoup focalisé sur le Golfe parce qu'on se dit que c'est beaucoup d'argent et, qu'en même temps, il y a des enjeux politiques et géopolitiques importants.

Le résultat de notre enquête montre que le Golfe a une place mineure y compris sur le plan des affaires.Hakim El Karouià franceinfo

Le Golfe c'est 50% de moins de commerce que le Maghreb et quand on regarde les aspects culturels et humains le Golfe n'existe pas. Les immigrés viennent du Maghreb, les flux idéologiques viennent du Maghreb. C'est ça la nouveauté. Pendant longtemps, la France a influencé le monde arabe et, aujourd'hui, ce qu'on voit, c'est que c'est le monde arabe qui influence la France, notamment par l'islam, l'islamisme et le jihadisme.

Pourquoi le monde arabe est-il un sujet français ?

6 millions, voire 8 si on rajoute les anciens coopérants, les gens qui ont fait leur service militaire en Algérie, ont un lien avec un pays d'Afrique du Nord ou du Moyen-Orient. C'est plus que le nombre de franco-européens. C'est un fait social absolument majeur et on ne le traite pas. On le traite comme un fait étranger alors que c'est un fait national, et on ne traite pas les vrais sujets. Les vrais sujets ce sont : comment va se développer le Maghreb parce que la sécurité du Maghreb c'est la sécurité de la France ? Comment fait-on pour gérer l'islam radical ? On considère que l'islam radical est un sujet extérieur à la France et on fait des accords avec l'Arabie saoudite qui est le lieu même de la production et de la diffusion du salafisme et en même temps on dénonce le salafisme. Il faut franciser l'islam, former des imams en France, donner la responsabilité de l'islam de France à des Français et pas à des pays étrangers.

Que préconisez-vous ?

Plus de coopération sécuritaire. Il faut que la France adopte un point de vue très clair. Qu'elle donne plus. Les pays du Maghreb ont besoin d'argent et de compétences. Il faut aussi qu'elle exige plus. Ce n'est pas normal que les pays du Maghreb ne reprennent pas leurs ressortissants quand ils sont expulsés. Il faut qu'on rentre dans une relation égalitaire. Ne tombons pas dans le mirage du Moyen-Orient. Notre sujet c'est le Maghreb.