Il filme Nancy avec un drone : la justice le poursuit, le maire lui offre du travail

Le jeune homme de 18 ans qui a filmé la ville vue du ciel à l'aide d'un drone est poursuivi pour mise en danger de la vie d'autrui. Mais il s'est aussi vu proposer un travail par le maire de la ville.

Thomas Nans, l\'auteur de la vidéo de Nancy vue du ciel filmée à l\'aide d\'un drone, le 8 janvier 2013, à Nancy(Meurthe-et-Moselle).
Thomas Nans, l'auteur de la vidéo de Nancy vue du ciel filmée à l'aide d'un drone, le 8 janvier 2013, à Nancy(Meurthe-et-Moselle). ( MAXPPP)

Thomas Nans ne s'attendait sans doute pas à susciter autant d'intérêt en diffusant sur internet une vidéo de Nancy vue du ciel, filmée à l'aide d'un drone. Ce clip vaut au jeune homme de 18 ans d'être poursuivi pour mise en danger de la vie d'autrui. Il s'agit de la première poursuite de ce type en France, selon le procureur de Nancy. Mais cette mésaventure vaut aussi à son auteur de se voir proposer un travail par le maire de la ville, mercredi 19 février. Retour sur cette étonnante histoire.

Acte 1 : il filme Nancy vue du ciel avec son drone

Fin janvier, le jeune vidéaste tourne des prises de vue aériennes de la cité lorraine à l'aide d'un drone. L'engin, équipé d'une caméra, survole la place Stanislas et les monuments les plus célèbres de la ville de Meurthe-et-Moselle. Thomas Nans en tire une vidéo qu'il publie sur différentes plateformes de partage. Son clip est vu plusieurs dizaines de milliers de fois par les internautes. 

Acte 2 : la justice le poursuit, l'affaire fait grand bruit

Le succès de cette vidéo alerte les autorités. La Direction générale de l'aviation civile rappelle à son auteur les règles relatives aux drones civils. Car les images du film démontrent que l'engin frôle les monuments, façades et clochers, au-dessus de groupes conséquents de personnes. Or, les utilisateurs de ces appareils doivent passer une formation similaire à celle des pilotes d'ULM et obtenir une autorisation particulière s'ils veulent survoler avec leur drone un espace urbain.

Le jeune homme est entendu par les gendarmes, puis reçoit une convocation devant le tribunal correctionnel pour mise en danger de la vie d'autrui, une infraction pour laquelle il encourt un an d'emprisonnement.

L'affaire enflamme les réseaux sociaux. Sur Facebook, une page de soutien recueille plus de 12 000 adhésions. Sur Twitter, de nombreux professionnels de l'aéronautique commentent également l'affaire. Ils soulignent les risques inhérents aux drones civils quant à une possible perte de leur contrôle, notamment lorsqu'ils atteignent une certaine altitude.

MATHIAS SECOND - FRANCE 2

Acte 3 : les politiques en campagne s'en emparent

Le cas intéresse André Rossinot, le maire UDI de Nancy. L'élu dit avoir rencontré le prévenu, qu'il qualifie de "talentueux", afin que ce dernier lui raconte "son parcours, ses projets". Le maire, qui ne se représente pas aux prochaines municipales, déclare même avoir "proposé" au jeune homme "de se mettre en relation avec [ses] collaborateurs pour travailler avec nous sur le projet de Ville numérique French Tech".

Le projet entend aider, via la Banque publique d'investissement, les entreprises tournées vers l'économie numérique situées dans des pôles urbains labellisés. Le maire aspire à ce que le sillon lorrain, qui regroupe Nancy, Metz, Epinal et Thionville, obtienne le label "French tech".

La tête de liste UDI-UMP pour les municipales de mars prochain, Laurent Hénart, explique vouloir "encourager" le jeune homme, "l'aider à pousser des projets". "Mon équipe de campagne réfléchit à l'opportunité de faire un geste en lui demandant de pouvoir utiliser quelques visuels extraits de la vidéo, ce qui pourrait l'aider à payer une éventuelle peine d'amende", a-t-il ajouté.

Le maire, lui, dément à France 3 Lorraine vouloir acheter les images.

L'adversaire socialiste, Mathieu Klein, reconnaît sur Twitter avoir lui aussi "rencontré l'auteur" de la vidéo. Mais il ne souhaite pas faire de commentaire "avant qu'une décision de justice ait été rendue".

Acte 4 : l'auteur de la vidéo fait profil bas  

Le jeune homme évite désormais la presse. Sur son compte Twitter, il indique "ne pas souhaiter de récompense financière" pour sa vidéo. "Je l'ai fait pour ma ville", ajoute-t-il.