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Hollande sur France 2 : l'improbable reconquête des Français

Au plus bas dans les sondages, le chef de l'Etat devra justifier sa politique, ce soir, sur France 2. Mission impossible, en période de crise ?

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France Télévisions
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François Hollande à Bruxelles (Belgique), le 15 mars 2013. (THIERRY CHARLIER / AFP)

"Ni artifice, ni esquive, ni tournant." Une porte-parole des députés PS l'assure, l'intervention de François Hollande, jeudi 28 mars sur France 2, sera exemplaire. Dix mois après son élection, le chef de l'Etat se trouve dans une situation chaotique. Le cap des 10% de chômeurs est atteint dans le pays et seuls 31% des Français se déclarent satisfaits de l'action de François Hollande. L'intervention télé peut-elle changer la donne ? 

Une cote de popularité au plus bas

Selon un baromètre Opinionway (PDF) pour le quotidien Metro datant du 17 mars, 67% des personnes interrogées se déclarent mécontentes (+10 points en un mois). Les sympathisants de gauche sont plus nombreux qu'avant à manifester leur insatisfaction, avec 13% de satisfaits en moins par rapport au mois de février. Depuis Charles de Gaulle, aucun président, dix mois après son arrivée au pouvoir, n'était tombé aussi bas. 

"Une intervention télévisée, aussi réussie soit-elle, ne permet pas d'inverser la tendance, prévient Frédéric Dabi, directeur adjoint de l'Ifop, contacté par francetv info. Au mieux, elle permet de reprendre pied, comme François Mitterrand, en 1985, après son interview avec Yves Mourousi." Un point positif toutefois, l'opinion favorable de François Hollande (46%) reste assez élevée, "contrairement à Nicolas Sarkozy en 2008, qui n'avait pas seulement déçu une partie de l'électorat, mais qui l'avait aussi irritée".

Une marge de manœuvre infime

Les enquêtes d'opinion menées ces derniers mois confirment que les problèmes socio-économiques de la France préoccupent les Français en premier lieu. Dans l'ordre des dossiers cités, selon cette étude de l'Ifop réalisée pour Metro : chômage (54%), pouvoir d'achat (48%), dette (38%). "Ce qui mine la perception de l'action de François Hollande, c'est ce sentiment d'impuissance face à la crise et face au besoin qu'ont les Français d'être protégés", poursuit Frédéric Dabi. "Il devra donc rassurer l'électorat sur ce point, montrer que le gouvernement agit."

Problème, la marge de manœuvre du président est réduite. Le chômage ne cesse d'augmenter, François Hollande n'a pas de bonne nouvelle à annoncer et les effets des premières réformes (compétitivité, contrats de génération, etc.) tardent à se faire ressentir. "En période de crise, les gouvernements sont toujours impopulaires. Les exemples récents en Espagne, en Grèce et en Italie nous l'ont montré une nouvelle fois", analyse pour francetv info Gérard Grunberg, directeur de recherche au Cevipof.

Accusé d'inaction, François Hollande l'est notamment par son électorat le plus à gauche, en particulier par les sympathisants Front de gauche et EE-LV. Faut-il qu'il s'adresse à eux, jeudi soir ? "S'il décide de radicaliser sa politique pour satisfaire l'aile gauche du PS, ça ne passera pas au niveau européen", poursuit Gérard Grunberg. "Tant que les résultats ne seront pas là, il sera impopulaire. Et vu la crise très difficile que nous traversons, cela risque de durer plusieurs années."

Le fond impossible à aborder

Dans l'entourage du président, on ne se fait pas d'illusion. "Je lui ai dit : tu serres les fesses, tu serres les coudes, tu serres les rangs", raconte un conseiller, cité par Le Monde (article payant). Faute de pouvoir soulever l'enthousiasme sur les sujets cruciaux, a-t-il intérêt à se montrer plus clair sur d'autres thèmes ? Ce n'est pas l'avis de Gérard Grunberg. "Il y aurait des choses à dire sur les retraites ou l'assurance maladie, par exemple. Mais s'avancer sur ces sujets, c'est prendre le risque d'augmenter son impopularité", juge-t-il.

A l'heure où certains députés PS font part de leurs désaccords haut et fort avec la politique de Hollande, et que les différends entre ministres s'affichent au grand jour, plaider pour l'unité de la majorité peut se révéler contre-productif. "Il doit montrer qu'il tient le gouvernail du pays. Mais il ne doit pas le dire de façon trop répétée", commente le chercheur en sociologie politique. "Si problème d'autorité il y a, il le réglera en coulisses. Face aux électeurs, plus François Hollande dira qu'il n'y a pas de soucis, plus on dira qu'il y en a."

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