Migrants à Calais : "Il faut améliorer le processus d'hébergement", selon le directeur général de l’Office français de l’immigration

Didier Leschi, directeur générale de l'Offrice français de l'immigration et de l'intégration, a rencontré mercredi trois personnes en grève de la faim pour dénoncer le sort fait aux migrants de Calais.

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Des migrants échangent à côté de leur tente dans un camp de Calais (Pas-de-Calais), le 15 novembre 2019 (illustration). (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

"Les seules personnes qui peuvent se satisfaire de la situation à Calais aujourd'hui, ce sont les passeurs", a estimé mercredi 27 octobre sur franceinfo Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), après avoir rencontré un prêtre et deux militants associatifs en grève de la faim depuis deux semaines pour dénoncer le sort fait aux migrants à Calais. "Cela a été une longue discussion", a-t-il expliqué.

"Nous ne voulons pas" qu'une jungle se reconstitue à Calais, a par ailleurs martelé Didier Leschi, qui a affirmé que l'Ofii "propose systématiquement des hébergements". Il a évoqué "le refus des propositions d'hébergement" quand elles sont trop éloignées des passeurs. 

franceinfo : Comment s'est passé votre rencontre avec cet aumônier du Secours catholique et ces deux autres militants associatifs ?

Didier Leschi : Cela a été une longue discussion. Nous avons fait part de notre préoccupation, qui est de faire en sorte que les personnes en errance soient prises en charge le mieux possible. Dans ce cadre-là, j'ai particulièrement insisté sur le fait qu'il ne fallait pas laisser la possibilité qu'une lande, c'est-à-dire un espace d'indignité pour les personnes qui sont là, se reconstitue à Calais. Nous allons continuer les discussions car il n'y a pas uniquement ces trois personnes en grève de la faim, il y a aussi un certain nombre d'associations qui travaillent avec l'État et peuvent avoir des points de vue différents. Il faut que je leur propose des solutions pratiques et concrètes. Cependant, le point limite de la discussion est d'empêcher la reconstitution d'une lande, d'un terrain boueux avec des tentes dans le froid et sous la pluie, alors que nous proposons de manière systématique des hébergements pour les personnes en errance à Calais. Ce que nous demandent certaines associations, c'est la possibilité pour les personnes d'occuper des terrains privés ou publics avec du carton, des éléments de fortune ou des tentes, c'est-à-dire en réalité reconstituer la lande de Calais. Nous ne le voulons pas et je crois que personne ne peut le souhaiter. Nous souhaitons que les personnes acceptent les hébergements qu'on leur propose, de manière systématique.

Y a-t-il un problème de manque d'hébergements pour accueillir ces personnes ?

Il n'y a pas de manque d'hébergements. Le problème que nous avons, c'est le refus des propositions d'hébergement parce qu'elles sont, d'après certaines personnes, trop loin de leurs passeurs qui leur permettent de tenter de rejoindre l'Angleterre sur des small boat, c'est-à-dire de risquer leur vie en traversant la Manche. Nous proposons systématiquement des hébergements mais tous ne se trouvent pas forcément à Calais. La question posée est : "L'hébergement est-il le besoin immédiat ?" Nous sommes capables d'en proposer. Si la question est : "Faut-il rester près des passeurs dans des conditions indignes ?", alors c'est la reconstitution de la lande de Calais et ce n'est pas possible. Les seules personnes qui peuvent se satisfaire de la situation à Calais aujourd'hui, ce sont les passeurs.

Qu'allez-vous faire dans les prochains jours ?

Je vais d'abord rencontrer jeudi l'ensemble des associations qui interviennent auprès des demandeurs d'asile et des migrants. À partir de là, nous allons discuter très précisément de ce qui existe et ce qui peut être mis en place pour améliorer la situation, avec toujours comme limite d'empêcher des regroupements informels et la reconstitution de la lande de Calais. Aujourd'hui, il faut améliorer le processus d'hébergement. Il n'est peut-être pas assez rapide mais on ne peut pas se satisfaire d'une situation qui aboutira à nous faire reculer de cinq ou six ans. Il faut justement essayer d'être plus rapide pour proposer des solutions à ces personnes. Il faut surtout essayer de les convaincre que cela ne sert à rien de vouloir refuser des hébergements pour risquer leur vie en traversant la Manche, en alimentant le trafic des passeurs.

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