Migrants à Calais : Eurotunnel demande réparation à la France et au Royaume-Uni

Le groupe réclame 9,7 millions d'euros en raison des dépenses supplémentaires et de la perte d'exploitation liées aux tentatives de passage des migrants dans le tunnel sous la Manche.

Une navette Eurotunnel, le 10 avril 2014 à Coquelles (Pas-de-Calais).
Une navette Eurotunnel, le 10 avril 2014 à Coquelles (Pas-de-Calais). (DENIS CHARLET / AFP)

L'afflux de migrants à Calais qui tentent de rallier la Grande-Bretagne via le tunnel sous la Manche entraînerait un manque à gagner financier pour Eurotunnel. A tel point que le groupe réclame, mercredi 22 juillet, une indemnisation de 9,7 millions d'euros aux gouvernements français et britannique. "Au premier semestre, 13 millions d'euros ont déjà été engagés" pour les dépenses de sécurité, indique le groupe. Une somme "équivalent à la totalité dépensée sur l'année 2014".

Eurotunnel met en avant des textes prévoyant qu'une partie de ces dépenses "pourra être prise en charge par les Etats". Et précise que "le gouvernement britannique s'est déjà engagé à prendre 4,7 millions d'euros en charge sur l'année 2015".

Achat de nouvelles barrières, navettes bloquées…

Selon le PDG du groupe, Jacques Gounon, Eurotunnel assure en effet "une forme d'étanchéité" : "Le nombre de migrants interceptés par les forces britanniques se comptent sur les doigts de la main. L'essentiel est intercepté en France. Cela a un coût", estime-t-il.

Sur les 9,7 millions réclamés, environ deux tiers correspondent à des dépenses supplémentaires, comme de nouvelles barrières empêchant les migrants de s'introduire dans le tunnel ou les camions, tandis que le tiers restant est une perte d'exploitation.

"Quand on identifie (...) la présence de migrants sur une navette, on arrête la navette, c'est d'ailleurs le règlement ferroviaire qui nous l'impose, et il est procédé à la fouille de la navette. Je rappelle qu'une navette, c'est 800 mètres de long, quatre TGV l'un derrière l'autre, explique le dirigeant. Voyez le temps que ça prend, surtout la nuit, quand il y a insuffisance de policiers. La navette est bloquée avant de pouvoir repartir, et cela représente évidemment des pertes d'exploitation dont nous demandons la compensation à l'Etat."

Le nombre de migrants sous-estimé ?

Eurotunnel estime que le nombre de migrants à Calais est largement sous-estimé et que, par conséquent, les forces de l'ordre sont insuffisantes. Pour Jacques Gounon, "il est évident qu'il n'y a pas assez de forces de l'ordre. Je crois que le ministre de l'Intérieur a récemment dit qu'il y avait 2 000 migrants dans la 'jungle' à Calais, mais toutes les personnes locales savent qu'on est plutôt à 5 000."

Eurotunnel avait déjà formulé une telle demande au début des années 2000, "pour des nombres de migrants moins importants qu'aujourd'hui", souligne Jacques Gounon. Le groupe avait obtenu gain de cause, et la Cour permanente d'arbitrage de La Haye avait estimé son préjudice à 24 millions d'euros.