Trois questions sur la grève générale votée en Guyane

Le mouvement social touche de nombreux secteurs depuis le début de la semaine.

Un barrage bloque un accès sur une route de Guyane.
Un barrage bloque un accès sur une route de Guyane. (GUYANE 1ERE)

Les 37 syndicats réunis au sein de l'Union des travailleurs guyanais (UTG) ont voté à l'unanimité la grève générale, à compter de lundi. Ce mouvement a été décidé pour protéger les salariés grévistes dans des secteurs très divers, précise le secrétaire général de l'UTG, Albert Darnal, samedi 25 mars.

Depuis une semaine, la Guyane est paralysée par des mouvements sociaux de grande ampleur, empêchant notamment un tir d'Ariane 5 et obligeant certains avions à faire demi-tour. Le gouvernement vient d'envoyer sur place une mission interministérielle pour tenter de trouver une sortie de crise.

Que se passe-t-il en Guyane ?

Le mouvement social touche de nombreux secteurs du département d'outre-mer français. Depuis le début de la semaine, plusieurs mouvements sociaux paralysent la Guyane. Des grévistes et différents collectifs manifestent sur une dizaine de ronds-points, dont celui de Carapa, à Kourou. L'occupation de cet emplacement stratégique leur permet de bloquer l'accès au Centre spatial Guyanais, provoquant le report du tir d'Ariane 5, initialement prévu le 21 mars.

Ce mouvement de protestation regroupe pêle-mêle des salariés d'EDF, des collectifs contre l'insécurité, un collectif dénonçant l'insuffisance de l'offre de soins et les retards structurels en matière de santé ou encore des socio-professionnels et des transporteurs.

Vendredi, des agriculteurs en colère ont aspergé de lisier de porc les bâtiments de la préfecture, à Cayenne. Lundi, ils avaient déjà déversé du foin à l'intérieur de la Direction de l'alimentation de l'agriculture et de la forêt (Daaf).

Dans ce climat tendu, le rectorat a décidé jeudi de fermer les établissements scolaires jusqu'à nouvel ordre. Le même jour, un Boeing 777 d'Air France assurant la liaison Paris-Cayenne a dû faire demi-tour après quatre heures de vol, tandis qu'un autre a été dérouté vers Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, faute de personnel de lutte anti-incendie suffisant à Cayenne. De leur côté, les Etats-Unis ont déconseillé à leurs ressortissants de se rendre en Guyane en raison de ces manifestations.

Quelles sont les raisons de ce mouvement ?

Le sénateur (apparenté socialiste) de Guyane Antoine Karam, interrogé sur franceinfo, dresse un tableau particulièrement sombre de la situation. "A Paris, il n'a pas été pris la mesure de la dégradation de la situation de la Guyane depuis plusieurs années et qui s'est accélérée depuis plusieurs mois, sur l'insécurité, sur l'immigration clandestine, sur le foncier, l'énergie, la santé et le développement économique, affirme-t-il. Tous les voyants sont au rouge et nous ne sommes pas écoutés."

Le sénateur évoque "une insécurité plus importante que dans les grandes métropoles au niveau hexagonal", "des meurtres, des braquages". "On tue quelqu'un pour 20 euros, pour un bijou ou un portable", relate-t-il. Selon lui, "près de 30% de la population n'a pas accès à l'eau potable ni à l'énergie électrique, alors que l'on a une base spatiale".

Antoine Karam pointe également "des problèmes de santé récurrents", l'hôpital de Cayenne étant, selon lui, "en grande difficulté". Par ailleurs, "15 000 migrants sont arrivés, ce qui dépasse doublement ce qui se passe à Calais", poursuit-il.

Comment réagissent les autorités ?

La ministre des Outre-mer, Ericka Bareigts, a appelé jeudi à la levée des barrages, et proposé des discussions à Paris autour de l'économie, de la santé et de la sécurité, principaux sujets de revendication. Cette annonce doit permettre de "traiter sans délai les problèmes immédiats" et "finaliser" le pacte pour l'avenir de la Guyane, promis par François Hollande en 2013 mais toujours pas signé.

Mais les manifestants "ont fait part de leur refus d'une négociation à Paris". Les députés et sénateurs de Guyane, qui avaient demandé un plan Marshall, ont jugé "inconcevable de demander aux manifestants de (...) lever les blocages pour venir s'entretenir avec les cabinets ministériels dans les bureaux parisiens".

Le Premier ministre, Bernard Cazeneuve, a fini par annoncer l'envoi d'"une mission interministérielle de haut niveau", conduite par Jean-François Cordet, conseiller maître à la Cour des comptes et ex-préfet de Guyane. Elle est composée de plusieurs hauts fonctionnaires issus de différents ministères, dont Michel Yahiel, commissaire général de France Stratégie et ex-conseiller social de François Hollande.

L'arrivée d'une délégation sans ministre a provoqué des réactions très mitigées en Guyane. Rodolphe Alexandre, le président de la collectivité territoriale, a qualifié sur Guyane 1ère cette initiative de "mépris pour la Guyane", au regard de l'ampleur de la crise. Bernard Cazeneuve, lui, appelle à "l'apaisement" et au "dialogue".