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Vrai ou fake La chasse est-elle un "hobby de citadin, de cadre, de CSP+", comme l'affirme l'écologiste Julien Bayou ?

Le secrétaire national d'Europe Ecologie-Les Verts a plaidé pour une "réduction drastique de la chasse". Selon l'écologiste la chasse n'est pas une "activité rurale" mais un "hobby de citadins". Il est pourtant très difficile de dresser un portrait type du chasseur.

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Radio France
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Julien Bayou, secrétaire national d'EELV était l'invité du "8h30 franceinfo", lundi 20 septembre 2021.
 (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

"La chasse y'en a marre", a déclaré le secrétaire national d'Europe Ecologie Les Verts, Julien Bayou, interrogé lundi 20 septembre sur franceinfo. Alors que le gouvernement veut ré-autoriser certaines chasses traditionnelles d'oiseaux pourtant jugées illégales par le Conseil d'État, l'écologiste en a profité pour affirmer que "ce qu'on nous présente comme une activité rurale c'est une fake news complète". Selon lui, " la chasse est aujourd'hui un hobby de citadins, de cadres CSP+ et la majorité des ruraux, les vrais, est opposée à la chasse parce que ce sont des nuisances sans fin".

Les chasseurs sont-ils majoritairement des CSP+ ?

En affirmant que la chasse est un "hobby de CSP+", Julien Bayou semble vouloir dresser un portrait type du chasseur français. Les études disponibles ne permettent pourtant pas de tirer de conclusion aussi précise. Deux études commandées par la Fédération nationale des chasseurs en 2015 et 2016 et réalisées par le Bipe ont tenté de dresser le portrait robot des chasseurs. Concernant leur catégorie soco-professionnelle, il en ressort en premier lieu que 55% des chasseurs sont des actifs, contre 40% à la retraite. Actifs et retraités réunis, l'étude montre toutefois que les chasseurs sont pour :

- 7% issus des professions intermédiaires

- 9% des agriculteurs

- 9% des artisans, commerçants

- 15% des ouvriers

- 23% des employés

- 36% des cadres ou issus de professions libérales

D'après cette étude, il y a donc, stricto sensu, plus de cadres parmi les chasseurs. Cette catégorie est d'ailleurs surreprésentée puisque les cadres ne représentent que 10% de la population. Toutefois, les agriculteurs, bien que minoritaires, sont eux aussi surreprésentés parmi les chasseurs puisque l'étude recense 9% d'agriculteurs parmi les chasseurs actifs, alors qu'ils représentent moins de 1% de la population. Ce qui fait dire à l'anthropologue Charles Stépanoff, interrogé le 19 novembre sur France Inter, que la chasse "reste assez agricole".

Contacté, le Bipe souligne par ailleurs qu'"en regroupant actifs et retraités, les employés et ouvriers sont proportionnellement plus nombreux que les cadres et professions libérales".

Une étude de la Fondation François Sommer notait toutefois en 2019 qu'"un changement plus profond s’est opéré entre 1998 et 2015 en matière de sociologie des pratiquants de la chasse en activité". En regardant cette fois, uniquement les actifs, "les employés et ouvriers qui représentaient 31,8% des pratiquants en 1998 (source ONCFS) ne représentent que 19,8% des chasseurs en 2015; les professions cadres, cadres moyens et assimilés représentent 30,8 % des pratiquants, contre 26,6% il y a 20 ans. Les agriculteurs comptent pour 4,4% des pratiquants en 2015 (contre 12,1% en 1998)"

L'autre étude du Bipe publiée en 2016 montre pour sa part que "près de la moitié des groupes de chasse sont constitués en grande majorité de ruraux" . 

Etude BIPE FNC 2016 (Etude BIPE FNC 2016)

Les chasseurs sont-ils majoritairement des citadins ?

Julien Bayou assure par ailleurs que les chasseurs seraient en réalité des "citadins". Le secrétaire national d'EELV s'appuie sur un sondage de l'Ifop réalisé en 2020 pour la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), portant sur un échantillon de 1058 personnes se définissant comme chasseur. 32,9% des chasseurs interrogés déclaraient ainsi résider dans une commune rurale, contre un peur plus de 67% déclarant habiter dans une ville de plus de 2000 habitants. 

On note d'ailleurs que 10,8% des sondés déclarent habiter dans "l'unité urbaine de Paris". Ce qui ne signifie pas que près de 11% des chasseurs sont pour autant des "Parisiens". Pour rappel, l'unité urbaine de Paris telle que définie par l'Insee est composée de 411 communes, dont une bonne partie se situent dans les départements de Seine-et-Marne, des Yvelines, de l'Essonne ou encore du Val- d'Oise.

L'étude de la Fondation Sommer notait tout de même à ce sujet "l’éloignement progressif des pratiquants de la chasse d’un mode de vie «rural»" et précisait que "la plupart des chasseurs ne sont plus résidents des zones rurales (à l’instar de 85 % de la population française)".

Au regard de ces études, il reste donc assez difficile de conclure aussi catégoriquement que que les chasseurs sont majoritairement des citadins, CSP+, comme l'affirme Julien Bayou.

Combien d'accidents et incidents de chasse ?

Julien Bayou a également appelé à "consulter le site Un jour un chasseur" pour constater que "tous les jours vous avez des incidents de chasse, des intimidations, des menaces et des drames"Selon l'office français de la biodiversité, 141 accidents de chasse se sont produits sur la saison 2019-2020. Onze d'entre eux se sont avérés mortels tandis que 90% des victimes de ces accidents étaient des chasseurs eux-mêmes.

Ces accidents recensés ne comprennent toutefois pas tous les autres incidents qui peuvent être liés à la chasse. Julien Bayou a évoqué un collectif qui recense "tous les jours des incidents". Ce collectif "Un jour un chasseur" existe bel et bien mais son activité constiste surtout à recueillir des témoignages n'ayant pas fait l'objet de plainte. Contactée, l'un de ses membres explique qu'il s'agit de témoignages de balles perdues, de chats tués ou encore d'intrusion sur des propriétés privées, mais dont aucune statistique précise n'a été tirée. 

D'après les derniers bilans de l'Office national de la chasse, rien qu'en 2018/2019, une trentaine de coups de feu contre des voitures ou des trains ont été recensés. 74 habitations ont également essuyé des tirs. Ces incidents n'ont pas fait de blessés et ne sont pas comptabilisés comme des accidents. Même s'ils sont en baisse, ils restent "très préoccupants", d'après l'Office français de la biodiversité, comme l'expliquait franceinfo.

Edit : A la suite d'éléments communiqués par Julien Bayou, nous avons actualisé cet article.

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