Bergerac : ce que l'on sait de l'incendie survenu après plusieurs explosions dans une usine classée Seveso

Des explosions sur le site d'une poudrerie, mercredi, ont fait huit blessés dont un grave. Une enquête a été ouverte pour déterminer les causes de l'incident. 

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L'usine Manuco, à l'est de Bergerac (Dordogne), le 3 août 2022, après qu'un incendie s'est déclaré à la suite de plusieurs explosions dans un bâtiment de stockage. (YOHAN BONNET / AFP)

Huit blessés dont un grave. C'est le bilan de l'incendie qui s'est déclaré sur le site d'une usine de Bergerac (Dordogne) classée Seveso, mercredi 3 août en début d'après-midi. "Le pronostic vital du blessé grave n'est plus engagé", a déclaré jeudi le maire de la ville sur France Bleu. L'employé de l'usine grièvement blessé avait été évacué et transporté par hélicoptère en urgence absolue au CHU de Bordeaux (Gironde). Le feu a été maîtrisé mercredi en fin d'après-midi et une enquête a été ouverte pour déterminer les causes de l'incident. 

Plusieurs explosions dans le bâtiment de stockage d'une poudrerie

Un incendie s'est déclaré mercredi aux alentours de 14 heures sur le site de l'usine de l'entreprise Manuco, une poudrerie située à l'est de Bergerac. L'incident a eu lieu après plusieurs explosions survenues dans le plus grand bâtiment de stockage du site de plusieurs hectares. Il s'agit d'un hangar éloigné des axes de circulation et de la voie publique. La "nitrocellulose contenue dans un atelier s'est enflammée lors d'opérations de maintenance", a fait savoir dans un communiqué le groupe Eurenco, qui a racheté l'usine en 2021. Sur place, un chaudronnier employé par un sous-traitant a raconté à l'AFP avoir aperçu des "morceaux de briques partir dans tous les sens, des bouts de fer, des fenêtres" au moment des explosions. Il a également témoigné avoir vu "comme une espèce de bulle d'air qui sortait des bâtiments", "le souffle" et "l'onde de choc". 

Une des explosions survenues à l'usine Manuco de Bergerac (Dordogne) le 3 août 2022.  (JEAN-LUC CHANTEAU / MAXPPP)

"Nous avons reçu une alerte à 13h53 concernant une explosion dans un bâtiment quasiment à l'arrêt technique", a précisé mercredi sur franceinfo le sous-préfet de Dordogne, Jean-Charles Jobart. Un périmètre de sécurité "extrêmement large" a alors été mis en place, au cas où de nouvelles explosions retentiraient. Tout le site a été évacué. Au total, l'intervention a mobilisé 61 pompiers, 20 policiers et deux hélicoptères du Samu. L'incendie a été maîtrisé en fin d'après-midi. Peu avant 19 heures, la zone a finalement été rouverte à la circulation et les barrages de police, levés, a constaté l'AFP.

L'usine Manuco, qui emploie 80 personnes sur le site d'Eurenco, fabrique de la nitrocellulose, utilisée dans la composition des poudres pour l'armement militaire, le tir sportif ou encore la dynamite. Le site est classé Seveso "seuil haut" en raison du "risque incendie et toxique", du "stockage" et de la "manipulation de produits explosifs et d'acides", selon un document de la préfecture de Dordogne. Au total, le département compte 8 sites Seveso. 

Huit blessés dont un grave

Pendant l'opération, le plan blanc a été activé pour faciliter la prise en charge des victimes. Le bilan de la préfecture fait état de "huit blessés, dont une personne en urgence absolue et sept en urgence relative". La personne en état "critique", selon Eurenco, a été transportée en hélicoptère au CHU de Bordeaux. "Blastée" au moment de l'incident selon la préfecture, elle a été blessée au niveau des jambes. Le plan blanc a été levé dans la soirée de mercredi. Parmi les sept victimes en urgence relative, plusieurs ont été évacuées vers des hôpitaux de la région. "On est plutôt confiants", a déclaré le maire de Bergerac, Jonathan Prioleaud, interrogé par franceinfo. "Quatre ont pu être rapatriés sur deux hôpitaux proches de Bergerac et trois ont pu être gérés sur place." Le maire a également précisé que "le pronostic vital du blessé grave" n'était plus engagé.

Selon les informations du Monde, plusieurs employés d'un sous-traitant chargés d'assurer la maintenance du site pendant la fermeture annuelle des 20 premiers jours d'août se trouvent parmi les blessés. En parallèle, 35 personnes n'ont pas été blessées mais momentanément prises en charge par les secours sur place. Selon le maire, les explosions ont également été "ressenties" par "de nombreux Bergeracois". "Plusieurs habitations ont été évacuées et l'aire d'accueil des gens du voyage (...) s'est progressivement vidée de tous ses occupants", rapporte également Le MondeLe dernier accident dans cette même usine était survenu en 2013 et avait fait trois blessés. 

"Aucun risque" de propagation des substances toxiques

"Il n'y a aucun risque au niveau de l'environnement, que ce soit pour les êtres humains ou les animaux", a assuré Jonathan Prioleaud. La préfecture de Dordogne avait également déclaré mercredi soir dans un communiqué que les fumées dégagées par les explosions ne présentaient pas de danger pour la santé.

"Ça aurait pu être beaucoup plus grave", a expliqué le sous-préfet mercredi, précisant que le bâtiment touché par l'explosion contenait moins d'une tonne de nitrocellulose. "On était sur un bâtiment où il y avait des échantillons de nitrocellulose, et pas forcément de grands contenants", a abondé jeudi le maire de Bergerac.

Mercredi, Christian Sommade, expert membre d'un think tank réfléchissant aux questions de gestion de crise en cas de menaces majeures, a expliqué à franceinfo que les risques étaient plutôt liés à l'explosion qu'à la pollution qu'elle pourrait rejeter : "En règle générale, [les produits] utilisés dans une poudrerie sont moins toxiques que ceux qu'on utilise dans une usine de chlore ou d'ammoniaque". Les produits utilisés par les pompiers ont été récupérés dans des bassins de rétention pour analyse de toxicité.

Une enquête ouverte pour déterminer les causes de l'incident

Selon le parquet de Bergerac, une enquête a été ouverte pour blessures involontaires dans le cadre du travail. L'enquête devra notamment déterminer la cause de l'incident. "S'il y a eu des défaillances ou des erreurs techniques, nous devrons y remédier", a affirmé le sous-préfet.

"La police scientifique est sur place, il faut laisser faire le temps de l'enquête", a par ailleurs ajouté Jonathan Prioleaud. Le maire évoque néanmoins la piste des "fortes chaleurs", qui auraient pu déclencher l'incident. Selon des sources proches du dossier, la piste privilégiée est celle d'un "accident de manutention".

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