Moirans : pourquoi le détenu s'est-il vu refuser l'autorisation d'assister aux obsèques de son frère ?

Des violences ont éclaté mardi dans la ville de Moirans (Isère) parce que le jeune homme n'avait pas obtenu sa permission de sortir de prison.

Des membres de la communauté des gens du oyage autour d\"un feu de camp à Moirans, dans l\'isère, le 21 octobre 2015.
Des membres de la communauté des gens du oyage autour d"un feu de camp à Moirans, dans l'isère, le 21 octobre 2015. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Des voitures brûlées, la gare bloquée, une mutinerie en prison... Des violences impliquant des gens du voyage ont éclaté à Moirans (Isère), mardi 20 octobre, après le refus des autorités judiciaires d'accorder une permission de sortie à un détenu de 24 ans. Le jeune homme voulait assister aux obsèques de son frère de 17 ans, mort dans un accident de voiture à Saint-Joseph-de-Rivière, le week-end dernier, dans un accident de voiture qui a suivi un cambriolage.

La cour d'appel de Chambéry a confirmé, mercredi matin, le rejet de la première demande d'autorisation de sortie, sans escorte, du détenu. Et la juge d'application des peines d'Albertville a également rejeté dans la matinée une nouvelle demande d'autorisation de sortie, sous escorte, cette fois-ci. Pour quelles raisons ?

Des violences sur détenu commises en juillet

Le détenu, dont on ne connaît pas le nom, a déjà purgé trois des cinq années auxquelles il a été condamné pour vol avec violence et séquestration. Premier motif avancé pour le refus de permission :"des violences sur un co­détenu, commises le 26 juillet 2015", selon un communiqué du parquet d'Albertville. "Or, selon la jurisprudence, un tel incident trois mois avant une demande de permission est synonyme d'un rejet systématique", explique Etienne Prigent, journaliste de France 2.


Ce refus a été jugé "atterrant" par l'avocat du détenu, Ronald Gallo. Pour ce dernier, son client "a été jugé comme ayant un comportement global satisfaisant". Sur BFMTV, il dément aussi toute violence commise en prison : "Comment peut-on accepter qu'on refuse à un jeune qui n'avait pas suscité le moindre trouble au sein de la maison d'arrêt d'aller pleurer avec les siens sur la tombe de son petit frère de 17 ans ?"

La mutinerie mardi à la prison d'Aïton

L'autre motif de refus de permission, selon le même communiqué, est "la mutinerie intervenue mardi soir à la prison d'Aiton". Selon l'avocat, c'est même la principale raison. "Ils n'avaient pas de motif sérieux pour ne pas le laisser sortir, maintenant ils en ont un", a-t-il déclaré.

Cité par Le Dauphiné, un surveillant de la prison d'Aiton affirme que les détenus ont "tout cassé" dans cette maison d'arrêt savoyarde et que 47 personnes ont été impliquées dans la mutinerie. Depuis, le détenu a été transféré dans une autre prison. La justice n'a pas précisé laquelle, mais il pourrait s'agir de celle de Villefranche-sur-Saône (Rhône), selon l'AFP, qui s'appuie sur une source syndicale.

Le contexte politique ?

Y a-t-il aussi des raisons non dites ? Le contexte n'est pas propice à la clémence de la part de la justice. Le 14 octobre, des milliers de policiers ont manifesté place Vendôme devant le ministère de la Justice. A l'origine du mouvement, la grave blessure d'un de leurs collègues lors d'une fusillade avec un détenu en permission. Pour répondre à leurs revendications, le Premier ministre Manuel Valls a annoncé dix mesures mercredi 15 octobre. Parmi elles, la restriction des sorties pour les détenus.

Autre facteur qui a pu jouer : le souvenir de ce qui s'était passé dans la Somme fin août. Des gens du voyage avaient barré l'autoroute de Roye, pour qu'un fils puisse assister aux funérailles de son père et obtenu gain de cause. Y-a-il eu la volonté de ne pas suivre ce précédent ?