Où sont les femmes à Cannes ? La polémique continue

Quatre jours après le coup d'envoi du festival de Cannes, la tribune du collectif féminsites dénonçant l'absence de place laissée aux femmes divise toujours sur la Croisette.

L\'équipe du film \"Des hommes sans loi \"(Jessica Chastain, Shia Labeouf, Jason Clarke et Nick Cave) quittent le palais des Festivals le 19 mai 2012 à Cannes.
L'équipe du film "Des hommes sans loi "(Jessica Chastain, Shia Labeouf, Jason Clarke et Nick Cave) quittent le palais des Festivals le 19 mai 2012 à Cannes. (VALERY HACHE / AFP)

"A Cannes, les femmes montrent leurs bobines, les hommes leurs films". En écrivant ces lignes dans une tribune publiée le 12 mai dernier par Le Monde, le collectif féministe La Barbe a jeté un pavé dans la marre du festival de Cannes. "Les vingt-deux films de la sélection officielle ont été réalisés, heureux hasard, par vingt-deux hommes", écrivait le collectif qui défend les femmess, soutenue notamment par Zabou Breitman, Virginie Despentes ou encore Nancy Huston. Le festival s'est ouvert le 16 mai mais la polémique ne s'est pas dégonflée. 

Les chiffres sont sans appel: au générique des 22 films en lice pour la Palme d'or 2012, pas une réalisatrice. Le Festival, qui fête cette année ses 65 ans, n'a connu qu'une Palme d'or féminine dans son histoire: celle de la Néo-Zélandaise Jane Campion pour La Leçon de Piano, en 1993. Thierry Frémaux, délégué général du festival, a reconnu le manque de reconnaissance des femmes dans le cinéma. "La cause des femmes doit être défendue bien en amont de Cannes", écrit-il dans une tribune publiée sur L'Express.fr. Mais il défend les choix du festival : "S'il est judicieux de saisir l'occasion de Cannes pour (…) faire émerger [ce problème], accuser le festival ne sert strictement à rien." Sur la Croisette, le débat continue. Revue d'arguments. 

• "Stupide" pour Jessica Chastain

"C'est stupide", a tranché samedi l'Américaine Jessica Chastain, à l'affiche du dernier film de l'Australien John Hillcoat, Des Hommes sans loi, en lice pour la Palme d'or. "Je pense qu'un film doit être jugé sur ce qu'il est et non pas sur le sexe de la personne qui l'a réalisé".

• Andrea Arnold, membre du jury, comprend sans adhérer

"Je n'aimerais pas que l'un de mes films soit sélectionné ici tout simplement parce que je suis une femme, comme un peu pour me faire l'aumône", a expliqué la réalisatrice britannique Andrea Arnold, membre du jury 2012, regrettant, sur le fond, qu'il n'y ait pas plus de femmes dans la réalisation. "C'est vraiment dommage parce qu'il est clair que les femmes représentent la moitié de la population et qu'elles ont quelque chose à dire".

• Le festival reste droit dans ses bottes

Samedi après-midi, fait rare, le conseil d'administration du Festival a tenu à réaffirmer, Déclaration universelle des droits de l'Homme à l'appui, qu'il approuvait "pleinement" les décisions de Thierry Frémaux. "Pour tenir son rang et fidèle à des convictions ancrées dans le droit universel, [le Festival de Cannes] continuera à programmer les meilleurs films 'sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation'".

• L'ironie de "The Times"

Vendredi, le quotidien britannique The Times, pas vraiment enthousiasmé par le dernier long-métrage de l'Egyptien Yousry Nasrallah, en lice pour la consécration suprême, ironisait sur le débat du moment. "Un nombre conséquent des gens qui ont regardé le maladroit Après la bataille se sont demandé : n'y avait-il aucun film réalisé par une femme meilleur que celui-ci?", écrivait-il.

• La nouvelle ministre de la Culture refuse de "s'immiscer"

Aurélie Filippetti, nouvelle ministre de la Culture attendue dimanche au Festival de Cannes, estime qu'elle n'a pas à "s'immiscer" dans les choix de programmation du festival. "Je suis très soucieuse de l'indépendance des équipes de programmation, qui sont d'une très grande qualité", ajoute celle qui a succédé jeudi à Frédéric Mitterrand. Et Aurélie Filippetti pointe le débat mis sur la place publique. "Le fait qu'il y ait eu cette mobilisation va contribuer à les sensibiliser à la question".