Méprise dans l'affaire Xavier Dupont de Ligonnès : empreintes digitales, ADN… Comment identifie-t-on formellement un suspect ?

Les enquêteurs ont comparé l'ADN de Xavier Dupont de Ligonnès à celui de l'homme interpellé vendredi à Glasgow. Un test qui s'est révélé négatif.

Un policier montre une méthode pour révéler les traces papillaires laissées sur une bouteille, le 29 mai 2019 à Oranienburg (Allemagne).
Un policier montre une méthode pour révéler les traces papillaires laissées sur une bouteille, le 29 mai 2019 à Oranienburg (Allemagne). (CHRISTOPH SOEDER / DPA / AFP)

L'emballement s'est dégonflé en un peu plus de seize heures. Alors que de nombreux médias, dont franceinfo et France Télévisions, citant des sources policières sûres et concordantes, affirmaient, vendredi 11 octobre, que Xavier Dupont de Ligonnès avait été interpellé à Glasgow, il a été établi samedi que le voyageur arrêté la veille à l'aéroport écossais n'était pas l'homme le plus recherché de France. Dans un premier temps, plusieurs sources proches de l'enquête avaient indiqué que les empreintes digitales relevées par la police écossaise correspondaient avec celles du fugitif nantais. Il s'est avéré que cette correspondance était partielle et les résultats des analyses ADN ont achevé de démontrer que le voyageur interpellé n'avait rien à voir avec "XDDL".

Comment les enquêteurs utilisent-ils l'ADN et les traces papillaires pour identifier formellement un suspect ? Franceinfo a posé la question à deux spécialistes du sujet, dont l'expertise est régulièrement sollicitée par la justice.

En prélevant les empreintes et les traces papillaires 

Selon la procédure habituelle, lorsqu'un suspect est interpellé, la police relève les empreintes de l'ensemble de ses doigts, ainsi que de la paume de sa main, explique à franceinfo Fabrice Mouton, responsable du secteur papillaire à l'Institut français des empreintes génétiques de Nantes (Loire-Atlantique). Ces empreintes sont ensuite comparées aux traces qui ont pu être retrouvées par les enquêteurs sur une scène de crime ou sur des effets personnels d'un individu recherché.

"Trouver une trace exploitable n'est pas forcément simple, car sur une scène de crime, beaucoup peuvent se superposer. Elles peuvent aussi être dégradées par l'effet du temps", détaille l'expert. "Dans le cas précis de Xavier Dupont de Ligonnès, la police a pu par exemple récolter de telles traces dans la maison familiale ou dans son véhicule [qui avait été retrouvé dans le Var en avril 2011] et les verser dans son dossier", poursuit Fabrice Mouton. Deux traces appartenant formellement à Xavier Dupont de Ligonnès figuraient ainsi sur sa notice rouge d'Interpol, a appris France Télévisions auprès de la police.

En effectuant une première comparaison par "famille d'empreintes"

Pour comparer les empreintes relevées sur un individu arrêté par les forces de l'ordre à ces fameuses traces, les spécialistes procèdent par étapes. La première consiste à vérifier si les deux "dessins papillaires" correspondent à la même famille d'empreintes. Les empreintes digitales de l'écrasante majorité des individus se divisent en effet en trois grandes familles de motifs, que l'on peut observer au bout des doigts : les boucles, les spirales et les arches.

"Cela permet de faire un premier niveau de discrimination : si les traces laissées sur les lieux du crime montrent que l'individu recherché possède des empreintes de la famille des boucles, et que le suspect interpellé a des empreintes en spirale, celui-ci peut rapidement être écarté", décrypte le spécialiste.

En analysant les minuties, véritable carte d'identité digitale

Le second niveau de vérification est celui qui est utilisé par la justice pour confondre formellement un suspect : il s'agit de l'analyse des minuties, c'est-à-dire de la multitude de détails des crêtes papillaires placées au bout de nos doigts ou dans nos paumes. "Certaines crêtes papillaires se divisent en deux, on parle alors de bifurcations. D'autres peuvent s'arrêter – on évoque un arrêt de ligne – ou encore former ce que l'on appelle des 'lacs' en se divisant avant de se rejoindre... Tout cela est relevé pour former un ensemble de points caractéristiques formant une espèce de constellation de minuties", explique Fabrice Mouton.

C'est à ce niveau-là que la législation rentre en jeu. "En France, on considère qu'à partir du moment où douze minuties sont visibles et ont été répertoriées, on peut exploiter une trace pour formellement identifier un individu", continue l'expert. En clair : la loi française estime que douze similitudes entre l'empreinte digitale d'une personne interpellée et une trace retrouvée sur une scène de crime suffisent pour confondre un suspect. Mais ce nombre peut varier d'un pays à l'autre.

Problème : samedi matin, plusieurs sources concordantes indiquaient à France Télévisions que seules cinq minuties correspondaient entre l'empreinte relevée sur l'homme interpellé à l'aéroport de Glasgow et les traces papillaires versées dans le dossier de Xavier Dupont de Ligonnès. 

Moins le nombre de minuties analysées est élevé, plus il y a de chances que les résultats correspondent avec de nombreux individus. Avoir annoncé une identification avec seulement cinq minuties en commun entre deux individus paraît hâtif.Fabrice Mouton, spécialiste des empreintes papillairesà franceinfo

En confirmant avec un test ADN

Pour aller plus loin, les enquêteurs peuvent faire appel à un test ADN, ajoute Alexandra Schlenck, cadre responsable du laboratoire de l'IFEG de Nantes et experte agréée par la Cour de cassation. Une fois que les enquêteurs ont prélevé un peu de salive d'une personne interpellée, un laboratoire met environ six heures pour établir son empreinte génétique. 

Deux possibilités principales permettent alors d'identifier formellement une personne. La première consiste à comparer 23 points de son empreinte génétique avec des traces de la personne recherchée précédemment relevées, sur les lieux du crime ou par la police dans une procédure antérieure. 

A défaut de disposer avec certitude d'une empreinte génétique d'une personne recherchée, les enquêteurs peuvent également "comparer l'ADN de la personne interpellée avec celles des prélèvements qui ont été faits en 2011 au moment de la découverte des corps des enfants, explique Alexandra Schlenck. Une comparaison avec l'ADN d'un membre de la génération précédente ou de celle qui suit permet d'établir avec certitude la parenté." Ou de l'exclure.