Trois questions après les révélations sur Mehdi Nemmouche

L'auteur présumé de la fusillade au Musée juif de Bruxelles a été reconnu par d'anciens otages. L'un d'eux a livré, samedi, des détails le concernant.

Photos non datées de Mehdi Nemmouche, auteur présumé de la fusillade au Musée juif de Bruxelles et suspecté d\'avoir été geôlier pour l\'Etat islamique en Syrie.
Photos non datées de Mehdi Nemmouche, auteur présumé de la fusillade au Musée juif de Bruxelles et suspecté d'avoir été geôlier pour l'Etat islamique en Syrie. (SIPA/SIPA)

Le voile se lève sur le rôle de Mehdi Nemmouche en Syrie. Un ex-otage français, le journaliste Nicolas Hénin, a révélé, samedi 6 septembre, que le jihadiste français avait été l'un de ses geôliers en Syrie et l'avait frappé pendant sa détention. Francetv info revient sur les origines et les conséquences de ces révélations.

Comment a-t-il été reconnu ?

Nicolas Hénin fait le rapprochement avec son ravisseur une semaine après la fusillade au Musée juif de Bruxelles. "1er juin 2014, je suis dans une clinique, en Allemagne, en cure de repos", écrit-il dans Le Point. De premières photos du tueur présumé commencent alors à circuler dans la presse. 

"Elles ne sont pas bonnes, ces photos, poursuit l'ancien otage. Pleines de gros pixels, comme si elles avaient été faxées. Mais un air de familiarité m'hypnotise. 'C'est pas possible, ça ne peut pas être lui !' me dis-je. Je passe une longue soirée d'insomnie, mon ordinateur posé sur les genoux. Abou Omar me rattrape comme un fantôme de Syrie."

Mehdi Nemmouche, "puisqu'il s'agit de lui", s'était souvent entretenu avec Nicolas Hénin, "et plusieurs fois à visage découvert", indique le journaliste. Aucune confrontation n'a depuis été organisée entre Mehdi Nemmouche et ses anciens otages, mais ces derniers ont pu l'identifier, plus ou moins formellement selon chacun, grâce à des photos et des vidéos issues de son téléphone portable que leur ont présenté les enquêteurs dans les locaux des services du renseignement intérieur début juin.

Pourquoi est-ce divulgué maintenant ?

Il s'est passé trois mois avant que le récit de Nicolas Hénin ne soit rendu public. Sur son site, Le Point explique ne l'avoir pas révélé "pour ne pas mettre en danger la vingtaine d'otages occidentaux encore détenus en Syrie par l'Etat islamique". L'article du Monde, rapportant de source judiciaire que Mehdi Nemmouche avait été reconnu par certains de ses anciens otages, a changé la donne, incitant Le Point à publier le témoignage de son journaliste.

Si Nicolas Hénin met désormais en avant sa volonté d'"informer le public", un autre ancien otage, le journaliste d'Europe 1 Didier François, estime que de telles révélations sont "irresponsables" et "posent un véritable problème pour l'enquête, pour les témoins et pour les otages restés là-bas".

Quelles conséquences pour Mehdi Nemmouche ?

Réclamé par les autorités belges, le tueur présumé de Bruxelles a été remis, fin juillet, à la justice belge, qui l'a inculpé pour "assassinat dans un contexte terroriste" et placé en détention préventive. Il doit comparaître le 12 septembre devant une juridiction d'instruction, que devra décider de prolonger ou non sa détention préventive, selon son avocat belge. Les révélations sur la Syrie "ne viennent pas alourdir pour l'instant les éléments à charge", indique le site de la RTBF.

Et en France ? "Ce funeste personnage doit être jugé, il le sera", a indiqué le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve. La justice "dispose de deux cadres judiciaires pour traiter les exactions présumées de Mehdi Nemmouche contre les otages de l'Etat islamique", écrit Le Monde. Il s'agit d'une enquête préliminaire ouverte en 2013 pour "enlèvement et séquestration en relation avec une entreprise terroriste" et d'une enquête préliminaire ouverte en juin dernier, en lien avec la tuerie de Bruxelles et l'arrestation de Mehdi Nemmouche à Marseille.

Pour auditionner Mehdi Nemmouche, la justice française peut désormais "envoyer une commission rogatoire en Belgique ou demander son extradition vers la France", selon la RTBF. "Cette dernière serait provisoire, le temps mener l'enquête en France, avant un retour en Belgique où l'enquête est toujours en cours, avant un éventuel procès."