Trois condamnés relâchés faute de place en prison à Dreux

Les hommes avaient été condamnées à des peines de prison ferme allant de deux à trois mois. L'opposition s'indigne, Christiane Taubira demande un rapport.

La maison d\'arrêt de Chartres (Eure-et-Loir), le 14 avril 2006.
La maison d'arrêt de Chartres (Eure-et-Loir), le 14 avril 2006. (GERARD BEZARD / MAXPPP)

La décision suscite la "surprise" du ministre de l'Intérieur, Manuel Valls et "l'indignation" du député UMP Christian Estrosi. Faute de place en prison, trois hommes ont été relâchés par la justice, jeudi 1er août, à Dreux (Eure-et-Loir).

Les hommes avaient été condamnés à des peines de prison ferme allant de deux à trois mois. La surpopulation carcérale est un problème connu : le nombre de détenus dans les prisons françaises a atteint, début juillet, un nouveau record à 68 569 pour seulement 57 320 places.

Francetv info reprend le fil de cette affaire.

1 Acte 1: Le parquet de Chartres demande la libération des trois hommes

Cette affaire a été révélée par l'adjoint de la circonscription de sécurité publique de Dreux. Dans un rapport adressé à la Direction centrale de la sécurité publique, ce commandant de police écrit que l'officier de police judiciaire de permanence s'est vu signifier, par instruction verbale du substitut de permanence du parquet, de "libérer sans délai" les trois malfaiteurs "sans suites judiciaires au prétexte que la maison d'arrêt de Chartres était 'pleine'".

Le policier "dénonce ces instructions iniques et lourdes de conséquences". Cette décision est susceptible de provoquer, selon lui "le sentiment d'impunité que peuvent avoir ces délinquants, chevronnés pour la plupart".

Le parquet de Chartres, qui a expliqué n'avoir pas eu connaissance du rapport, a expliqué qu'il allait "vérifier avec précision de quoi il s'agit". Selon le parquet, la décision pourrait être intervenue "dans le cadre des directives de la Chancellerie concernant l'aménagement des peines de prison ferme jusqu'à 2 ans si la personne n'est pas récidiviste, et d'un an si elle l'est".

2Acte 2: Valls se dit surpris, Estrosi demande des explications

Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls s'est déclaré samedi "très surpris de cette décision et inquiet de ses conséquences", selon l'entourage du ministre. Dreux compte une zone de sécurité prioritaire (ZSP), mise en place par le ministère de l'Intérieur au mois de janvier. De son côté, le député-maire UMP de Nice Christian Estrosi a annoncé qu'il venait d'écrire à la Garde des sceaux Christiane Taubira "pour lui demander des explications".

Sur RTL, le syndicat de policiers a regretté cette décision. "Lorsque des gens condamnés à des peines de prison ferme sont arrêtés par la police et miraculeusement relâchés au bout de 48 heures sous prétexte qu'une prison est censée être pleine, c'est un mauvais signe qui se diffuse dans le milieu délinquant", juge Patrice Ribeiro, secrétaire national du syndicat. Il accuse la justice de "casser le travail de la police".

3Acte 3: Taubira demande un rapport

Dans un communiqué de presse diffusé samedi 3 août, la Garde des Sceaux a pris note de ces libérations. Arguant disposer d'"informations contradictoires" à ce sujet, elle a demandé un rapport au parquet général de la cour d'appel de Versailles pour faire la lumière sur cette affaire.