Projet d'attentat d'un groupe néonazi : "On a affaire à des gens persuadés qu'on est au moment de l'écroulement", estime un historien

Pour ces militants violents de l'ultradroite, "c'est l'ouverture réelle d'un jihad, et face à ce jihad, ils considèrent qu'il faut passer à l'action", estime sur franceinfo l'histoire Nicolas Lebourg, spécialiste de l'extrême droite européenne.

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Un membre du Raid lors d'une cérémonie d'hommage à Stéphanie Monfermé, tuée lors d'une attaque terroriste islamiste au commissariat de Rambouillet (Yvelines), le 30 avril 2021. (DENIS CHARLET / AFP)

Trois personnes soupçonnées d'avoir pris part à la tentative d'attentat avorté contre une loge maçonnique à Thionville, en Moselle, ont été placées en détention provisoire en France cette semaine. Ces trois suspects, deux hommes âgés de 29 et 56 ans et une femme de 53 ans, ont été mis en examen par un juge antiterroriste parisien pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle", selon une source judiciaire à franceinfo.

>> Ce que l'on sait du projet d'attentat d'un groupe néonazi contre une loge maçonnique

Ces interpellations, menées dans le Doubs et le Bas-Rhin par le Raid, ont eu lieu dans le cadre d'une enquête préliminaire du parquet national antiterroriste, ouverte en février sur ce groupuscule d'ultradroite baptisé Honneur et nation. Nicolas Lebourg, historien, spécialiste de l'extrême droite européenne assure samedi 8 mai sur franceinfo qu'il y a de plus en plus de gens adeptes de cette mouvance violente d'ultradroite.

franceinfo : En France, on estime qu'il y a 1 000 à 1 500 militants d'ultra droite considérés comme très violents. Est-ce que vous pouvez d'abord nous expliquer ce qu'est cette mouvance d'ultradroite ?

Nicolas Lebourg : L'ultradroite, c'est l'extrême droite potentiellement violente. Cette ultradroite en France est estimée à 1 000 militants violents et potentiellement violemment, mais aussi 2 000 militants autour qui renvoient ces mots d'ordre. C'est un niveau qui n'est pas un niveau très élevé par rapport à certains de nos voisins. En Allemagne, ça va être plutôt 15 000 [militants].

"L'idée c'est de dire, et pas qu'en France, que les attentats de 2015 et la crise des réfugiés en 2015, ce n'est pas une coïncidence. C'est l'ouverture réelle d'un jihad. Face à ce jihad, ils considèrent qu'il faut passer à l'action."

Nicolas Lebourg, historien

à franceinfo

Pour l'ultradroite, même, une victoire électorale de l'extrême droite populiste ne peut pas déplacer les masses de populations qu'il veulent chasser. Il y a aussi l'idée que l'Etat est corrompu, cela explique la cible maçonnique, l'Etat serait aux mains de lobbies internationaux et pas au service des Français.

Laurent Nuñez, le coordonateur national antiterroriste, s'inquiète d'une montée en puissance des suprémacistes. Il y en a plus ou bien on les voit plus ?

Il a entièrement raison, il y en a plus et il y a une transformation. Le nationalisme blanc et les suprémacistes, c'est un courant en développement dans les extrême droites, et ce courant, partout dans le monde passe aux armes. Un rapport de l'ONU l'année drenière montre qu'en cinq ans, dans le monde, les violences de ces groupes ont augmenté de 320%. En France, ces gens-là n'ont pas réussi leurs actions violentes car on a une doctrine des services de renseignements de surveillance et d'arrêt en amont des faits.

Certains arrivent à passer sous les radars plusieurs mois voire plusieurs années. Quand ils sont arrêtés, leurs casiers judicaires sont vierges. Certains arrivent à avoir des armes légalement. Comment l'expliquer ?

Il y a une surveillance des services de renseignements quant à l'accès aux armes pour essayer d'empêcher des gens qui sont repérés politiquement d'en obtenir. Mais certains vont y arriver. Dans les profils qu'on a, c'est le cas du groupe Action des forces opérationnelles, il y a des radicalisations qui ne viennent pas de milieux néonazis, ils viennent de milieux normaux qui vont se radicaliser, et cela complique les choses.

"On a affaire à des gens qui sont dans un niveau d'incandescence idéologique, qui sont persuadés qu'on est au moment de l'écroulement, et qu'il faut agir maintenant."

Nicolas Lebourg, historien

à franceinfo

Laurent Nuñez parlait aussi de confrontation entre ultra droite et monde musulman. Ces groupuscules d'extrême droite c'est une menace aussi importante en France que les attentats jihadistes ?

On a dix fois plus de personnes dans les prisons en France pour leurs liens avec les réseaux terroristes jihadistes que pour leurs liens avec l'ultradroite. Quantitativement ce n'est pas la même chose. Ces gens rêvent de provoquer une guerre civile, là-dessus, il y a un accord avec les jihadistes, qui est de dire que la société multiculturelle est le mal absolu et que seule la violence permettra d'en sortir.

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