Enseignant décapité : "Il faut montrer que la nation est soudée autour de la liberté d'expression" pour le SNES-FSU

Frédérique Rollet souhaite que des rassemblements ou des manifestations soient organisées par les organisations syndicales de parents et de professeurs.

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Radio France
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Emmanuel Macron quitte le collège du Bois d'Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelynes), vendredi 16 octobre 2020.  (AFP)

"Cela frappe les enseignants dans ce qu'ils ont de plus cher, c'est-à-dire un métier où on rappelle ce que c'est que la liberté d'expression, ce que c'est que la tolérance", estime sur franceinfo Frédérique Rolet, secrétaire générale du syndicat enseignant SNES-FSU, alors qu'un professeur d'histoire-géographie a été tué, vendredi 16 octobre au soir à Conflans-Sainte-Honorine. L'enseignant avait montré la semaine dernière une caricature de Mahomet à ses élèves, suscitant une vive émotion. "Il faut bien montrer que la nation est soudée autour de ces valeurs de liberté d'expression", a estimé Frédérique Rolet.

franceinfo : Avec cet assassinat, toute la communauté est touchée ?

Frédérique Rolet : C'est vraiment toute la communauté éducative qui est frappée à travers ce meurtre ignoble. On reçoit beaucoup de messages, tout le monde est sous le coup de l'émotion. Cela frappe vraiment les enseignants dans ce qu'ils ont de plus cher, c'est-à-dire un métier où, justement, on rappelle ce que c'est que la liberté d'expression, ce que c'est que la tolérance, où on essaie de construire des débats qui soient argumentés. Tout ça a été mis en cause par cet acte absolument ignoble.

Jean-Michel Blanquer reçoit les organisations syndicales aujourd'hui, qu'allez-vous lui demander ? Et qu'aimeriez-vous qu'il vous dise ?

Que les enseignants soient épaulés dans leur métier à la fois par des documents pédagogiques, pour savoir comment aborder des questions sensibles comme celles des caricatures, mais aussi qu'il y ait dans les établissements des personnels autres que les enseignants, qui peuvent aussi parler avec les élèves et les familles pour essayer d'éviter ce genre de drame.

Après cette attaque, avez-vous peur que des collègues se censurent un peu ? Est-ce déjà le cas ?

C'est plus difficile dans certaines zones de France d'aborder des questions, mais l'ensemble des collègues ne renoncent pas. On a vraiment à cœur de transmettre ce qui est dans les programmes avec cette idée d'ouvrir les élèves, de les aider à devenir des citoyens en construisant leur esprit critique. Là tout le monde est sous le choc, c'est effroyable, mais je pense que les enseignants ne renonceront pas. Cela fait vraiment partie de leur ADN, de se dire qu'il faut travailler avec tous les jeunes, quelles que soit leur origine, leur religion, le quartier où ils habitent.

Est-ce que vous aimeriez qu'à l'image du 11 janvier 2015, les gens descendent un peu partout dans la rue ?

Aujourd'hui, on appelle à une minute de silence, mais je crois qu'il faudra aller plus loin et qu'il y ait vraiment de la part des fédérations de parents, de toutes les organisations syndicales, de forces progressistes, peut-être une manifestation, des rassemblements. On va travailler à cela. Il faut bien montrer que la nation est soudée autour de ces valeurs de liberté d'expression, de citoyenneté, et c'est ce que nous allons essayer de faire.

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