Assassinat de Samuel Paty : la famille de l'enseignant dépose plainte contre les ministères de l'Intérieur et de l'Éducation nationale

La famille de l'enseignant tué par un jihadiste en octobre 2020 accuse notamment les pouvoirs publics de dysfonctionnements et de ne pas avoir pris suffisamment de mesures de protection.

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Un portrait de Samuel Paty est affiché à Eragny-sur-Oise (Val-d'Oise), lors d'une cérémonie d'hommage, le 16 octobre 2021. (ALAIN JOCARD / AFP)

La famille de Samuel Paty a déposé plainte, mercredi 6 avril, contre les ministères de l'Intérieur et de l'Éducation nationale pour "non-assistance à personne en péril" et "non-empêchement de crime", a appris franceinfo auprès de son avocate Virginie Leroy, confirmant une information de Libération.

Selon la plainte, que franceinfo a pu consulter, la famille de l'enseignant dénonce une série de défaillances. Les services de renseignement sont ainsi accusés de n'avoir jamais envisagé sérieusement le risque d'un attentat et le rectorat de Versailles de ne pas avoir pris de mesures de protection.

"Dès lors que les agents du ministère de l'Intérieur avaient connaissance d'une menace de niveau 4, Samuel Paty aurait dû bénéficier d'une protection policière qui aurait représenté un obstacle au projet criminel d'Abdullakh Anzorov", écrit l'avocate de la famille dans la plainte. "Avec un tel accompagnement, Samuel Paty aurait été sauvé." Maître Virginie Leroy pointe également la "responsabilité pénale des agents de la DGSI" qui "auraient dû détecter la radicalisation violente" d'Abdullakh Anzorov.

"Lourdes négligences"

La plainte dénonce de "lourdes négligences" à tous les étages, des renseignements des Yvelines, du référent laïcité du collège, du DAASEN (directeur académique adjoint des services de l'éducation nationale) de l'académie de Versailles et de la conseillère technique sécurité du rectorat de Versailles qui est "restée totalement inactive" et a "refusé de déployer l'équipe mobile de sécurité de l'académie au collège, pourtant sollicitée à deux reprises par la principale".

"L'objet est d'avoir des réponses sur le fait que Samuel Paty n'a pas pu être sauvé, n'a pas pu bénéficier d'une protection policière", explique l'avocate de la famille Virginie Leroy à France Inter. "Toutes les alertes étaient réunies", selon elle, au moment de l'assassinat du professeur Paty, le 16 octobre 2020. "Il faut rappeler qu'en octobre 2020, la France est sous le coup de trois menaces terroristes explicites visant les caricatures et nous sommes en plein procès Charlie Hebdo."

"Quand vous avez une menace contre un professeur dont le nom est très vite diffusé sur les réseaux sociaux, et qu'on l'accuse de blasphème pour avoir montré des caricatures à des élèves, il est bien évident qu'on est sur un terrain sensible et que la protection policière s'impose."

Me Virginie Leroy, avocate de la famille Paty

à France Inter

Le 16 octobre 2020, le professeur d'histoire-géographie Samuel Paty, 47 ans, a été poignardé puis décapité près de son collège à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), par Abdoullakh Anzorov, réfugié russe d'origine tchétchène, tué peu après par la police. L'homme de 18 ans, radicalisé, lui reprochait d'avoir montré en classe des caricatures de Mahomet. Dans un message audio en russe, il a revendiqué son geste en se félicitant d'avoir "vengé le prophète".

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