Info franceinfo Assassinat de Samuel Paty : ce que l'enseignant a dit lors de son interrogatoire face aux policiers quatre jours avant d'être tué

Auditionné le 12 octobre après la plainte d'un parent d'élève, le professeur d'histoire-géographie, qui avait présenté deux caricatures de Mahomet lors d'un cours sur la liberté d'expression, a démenti les affirmations de la jeune fille qui l'incriminait.

Article rédigé par
Eric Pelletier et Audrey Goutard - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie, a été assassiné le 16 octobre 2020.  (VILLE DE CONFLANS-SAINTE-HONORINE)

"Je n'ai commis aucune infraction dans le cadre de mes fonctions." Avec le recul, cette déclaration tirée d'un procès-verbal ressemble à un testament. Le lundi 12 octobre, quatre jours seulement avant d'être assassiné par un jeune terroriste islamiste, Samuel Paty, enseignant au collège du Bois d'Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), est convoqué au commissariat.

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Après une plainte déposée par un parent d'élève pour "diffusion d'images pornographiques", le professeur d'histoire-géographie de 47 ans est interrogé sur le cours d'enseignement moral et civique qu'il a donné le 6 octobre sur le thème de la liberté d'expression. Sa présentation de deux caricatures de Mahomet parues dans Charlie Hebdo a suscité l'émoi de certains de ses élèves de quatrième et de leurs parents. A tel point que le père d'une élève a mis en cause l'enseignant dans une vidéo.

La polémique enflamme les réseaux sociaux. Traité de "voyou" dans une vidéo, Samuel Paty doit se justifier devant les policiers. "J'ai proposé aux élèves de voir ou de ne pas voir une des caricatures émanant de Charlie Hebdo selon leur sensibilité", explique-t-il, selon les informations de France Télévisions. 

Il porte plainte en retour pour "diffamation"

Les policiers l'interrogent sur la rumeur affirmant qu'il a demandé aux élèves musulmans de se signaler et de sortir de la classe. L'enseignant conteste fermement cette version des faits, rejetant toute stigmatisation. Et livre un récit bien différent : "J'avais proposé à mes élèves de détourner le regard quelques secondes s'ils pensaient être choqués pour une raison ou pour une autre, assure-t-il. A aucun moment je n'ai déclaré aux élèves : 'Les musulmans, vous pouvez sortir car vous allez être choqués.' Et je n'ai pas demandé aux élèves quels étaient ceux qui étaient de confession musulmane."

Mon objectif quand je leur ai demandé de détourner le regard était qu'ils ne se sentent pas froissés.

Samuel Paty

lors de son audition par la police

Samuel Paty, que ses collègues décrivent alors comme très affecté par la polémique, apporte un détail inédit et qui a, depuis, été confirmé par l'enquête judiciaire : l'élève qui se plaignait de l'attitude de son professeur n'était pas présente lors du cours en question. Cette dernière le situe en effet le 5 octobre, alors qu'il s'est en réalité déroulé le 6. Et, ce jour-là, relève le professeur devant les policiers, elle était absente. C'est pourquoi l'enseignant dénonce une cabale.

Elle a inventé un récit au travers de rumeurs d'élèves. Il s'agit d'une fausse déclaration dans le but de nuire à l'image du professeur que je représente, du collège et de l'institution.

Samuel Paty

lors de son audition par la police

D'où cette plainte en retour pour "diffamation publique" s'agissant de la vidéo mise en ligne par le père de cette élève. La principale de l'établissement, qui a accompagné son professeur, est également entendue par les policiers. Elle soutient l'enseignant et décrit l'atmosphère délétère qui règne autour du collège, évoquant notamment des appels menaçants. Quatre jours plus tard, peu après 17 heures, Samuel Paty est assassiné à coups de couteau alors qu'il regagne son domicile à pied, puis décapité.

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