"Arnaud est mort comme il a vécu" : Damien Beltrame raconte son frère dans un livre

Damien Beltrame publie un livre sur la vie de son frère Arnaud, ce gendarme mort en mars 2018 dans un attentat à Trèbes, dans l'Aude.

Des fleurs, des bougies et des dessins ont été déposés devant la gendarmerie de Carcassonne, en hommage à Arnaud Beltrame, juste après sa mort.
Des fleurs, des bougies et des dessins ont été déposés devant la gendarmerie de Carcassonne, en hommage à Arnaud Beltrame, juste après sa mort. (ERIC CABANIS / AFP)

"Ce livre est une façon pour nous de donner une autre vérité, une autre façon de voir les choses : Arnaud le frère, le frangin. Et puis d'arrêter avec le discours formaté et de parler de choses réelles, qu'il nous a dîtes", a expliqué mardi 8 janvier, sur franceinfo, Damien Beltrame. Il est le benjamin de la fratrie Beltrame, et publie avec son frère Cédric, le livre Au nom du frère, dix mois après la mort d'Arnaud Beltrame, dans un attentat à Trèbes, dans l'Aude. "Le fait qu'Arnaud ait été érigé en héros national, pour moi qui ait toujours été admiratif de mon frère sur ce domaine militaire, gendarme, homme d'action, c'est plus simple. Cela a permis d'accepter l'inacceptable et surtout de comprendre qu'Arnaud est mort comme il a vécu, ça respectait le sens de sa vie", explique t-il.

franceinfo : Quelles sont les raisons qui vous ont amenés à écrire ce livre ?

Damien Beltrame : Il y avait une multitude de raisons. La première c'est qu'on ressentait le besoin, avec Cédric, de faire quelque chose, de dire quelque chose pour Arnaud. On a vécu tellement d'hommages, on a entendu tellement de discours, on a participé aussi à des livres, des biographies, etc. Mais nous, nous n'avions pas fait grand-chose finalement. Et on trouvait beaucoup plus intéressant de faire un livre qui puisse servir à d'autres personnes plutôt que faire une thérapie ou autre. Et puis la deuxième raison, c'est aussi qu'un éditeur (ndlr : Grasset) est venu nous voir et a proposé de nous aider à le faire.

La figure héroïque de votre frère a été écrasante parfois. Le nombre d'hommages, d'évocations aussi...

En ce qui me concerne, ça n'a pas été écrasant, ça a plutôt été plus facile. Le fait qu'Arnaud ait été érigé en héros national, pour moi qui ai toujours été admiratif de mon frère sur ce domaine militaire, gendarme, homme d'action, c'est plus simple. Cela a permis d'accepter l'inacceptable et surtout de comprendre qu'Arnaud est mort comme il a vécu, ça respectait le sens de sa vie. C'est lui qui a choisi, jusqu'à la fin, jusqu'aux dernières secondes du combat final entre lui et le terroriste, c'est lui qui a décidé de lui sauter dessus et de tenter sa chance jusqu'au bout.

Avez-vous compris le geste de votre frère ? 

Oui, parce que j'ai lu l'enquête aussi. En fait, il n'y a pas eu qu'un seul acte : il est entré avec le PSIG (Pelotons de surveillance et d'intervention de la gendarmerie), il a pris les devants, il a échangé sa place avec l'otage, il a passé deux heures avec le terroriste à lui parler, essayer de négocier, etc... Jusqu'au bout, c'est lui qui choisit, qui décide de son destin. Je ne pense pas qu'il se soit surestimé, il savait très bien à quoi il s'exposait. Il s'est jeté "dans la gueule du loup" parce qu'à mon avis, il pensait pouvoir avoir le dessus. Et puis, Arnaud disait sans flancher des maximes militaires comme "mourir pour la patrie", "ma vie vaut moins que la vôtre" et tout cela depuis tout petit. C'était dans son ADN.

Ça vous hante encore ce qui a pu lui traverser la tête pendant ces deux heures passées en tête-à-tête avec le terroriste ?

Ça m'a hanté, mais ça ne me hante plus parce que je ne peux pas continuer à y penser tout le temps. J'ai aussi ma vie à gérer, d'autres choses à faire. Maintenant, je suis davantage dans le devoir de mémoire. On est très sollicités par des mairies qui veulent nommer des rues, des écoles, au nom d'Arnaud. Il y en a eu plus d'une centaine. J'ai dû en faire entre 15 et 20 et cela continue. J'ai fait Étampes il n'y a pas longtemps, où est né Arnaud, et puis je vais aller à Chalo-Saint-Mars (Essonne) dans quelques jours. C'est là où l'on a vécu pendant des années.