Ultra-droite et terrorisme : "C'est plutôt le fait de quelques individus isolés" mais prêts à "passer à l'acte"

Selon la spécialiste de l'extrême droite en Europe, Anaïs Voy-Gillis, "ces mouvements sont extrêmement suivis par les services de renseignement français." 

 La Sous-Direction de la Lutte Anti-Terroriste, le 15 novembre 2015.
 La Sous-Direction de la Lutte Anti-Terroriste, le 15 novembre 2015. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Dix personnes gravitant autour de la mouvance d'ultra-droite ont été interpellées et placées en garde à vue mardi 17 octobre pour association de malfaiteurs terroriste. Elles étaient en lien avec Logan Nisin, un ancien militant de l'Action française Provence, arrêté en juin dernier. L'enquête porte sur un projet d'attentat visant notamment des hommes politiques, comme Jean-Luc Mélenchon, et des mosquées.

Pour la spécialiste de l'extrême droite en Europe Anaïs Voy-Gillis, doctorante à l'Institut français de géopolitique, ces groupuscules, "très suivis par les services de renseignement français", ne sont pas "réellement organisés". "C'est plutôt le fait de quelques individus (…) très isolés" mais prêts à "passer à l'acte", explique-t-elle mercredi sur franceinfo.

franceinfo : On parle d'ultra-droite. Qu'est-ce que ce terme recouvre précisément ? Et quelle est la différence avec l'extrême droite ?

Anaïs Voy-Gillis : L'ultra-droite, c'est la frange de groupuscules politiques qui se trouvent à la droite de l'extrême droite. Le Front national a été connu pendant très longtemps pour son discours très virulent mais, petit à petit, il a lissé son image pour accéder aux urnes. Il s'est mis à occuper le champ électoral laissant un vide à sa droite pour une représentation politique plus violente, à la fois dans le discours et dans les actions. Et dans cette frange, on sait qu'il y a des personnalités qui ont tendance à se radicaliser jusqu'à aller vers un système de lutte armée, de programmation d'attentats, etc.

Y a-t-il aujourd'hui des groupuscules d'ultra-droite potentiellement prêts à passer à l'acte ?

Il n'y a rien de réellement organisé, c'est plutôt le fait de quelques individus. Ces mouvements sont extrêmement suivis par les services de renseignement français. On sait que des groupuscules comme le Bloc identitaire ou les Jeunesses nationalistes préparent leurs militants à se défendre, mais pas dans une volonté de passer à l'acte, comme c'est le cas avec les personnes qui ont été arrêtées, qui sont des gens finalement très isolés.

Et ces personnes se nourrissent des attentats islamistes ?

Dans le cas de Logan Nisin c'est exactement ce qu'on voit. C'est quelqu'un qui a eu besoin, à la suite des attentats en France, de trouver le moyen d'organiser sa violence et de passer à l'acte. C'est quelque chose qui existe.