Récit Alcool, disputes et "suicide simulé" : la nuit où Kendji Girac a frôlé la mort après un tir par arme à feu

Le chanteur a été grièvement blessé au thorax dans sa caravane à Biscarrosse, dans la nuit de dimanche à lundi. Le procureur de Mont-de-Marsan a évoqué un passage à l'acte au terme d'une soirée marquée par l'alcool et les disputes.
Article rédigé par franceinfo
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 6 min
Une vue aérienne de la zone délimitée par les gendarmes autour de la caravane de Kendji Girac, à Biscarrosse (Landes), le 23 avril 2024. (PHILIPPE SALVAT / SUD OUEST / MAXPPP)

Dans son titre Maria, Maria, Kendji Girac demande à une compagne fictive ce qu'elle "veut faire dans le noir". Dans le huis clos d'une caravane, stationnée dans un camp de gens du voyage à Biscarrosse (Landes), la réalité a brutalement rattrapé ses paroles. Sur fond de dispute conjugale, de consommation d'alcool et de drogues, le chanteur, vainqueur de "The Voice" en 2014, a été retrouvé grièvement blessé dans la nuit du dimanche 21 au lundi 22 avril.

Cinq jours après cette blessure par balle, le déroulé des événements commence à s'éclaircir. Conduit à l'hôpital après l'intervention des secours lundi matin, le chanteur et guitariste avait d'abord qualifié d'accidentel ce tir qui a perforé son thorax, avant d'évoquer une mise en scène d'une tentative de suicide. L'enquête ouverte par le procureur de Mont-de-Marsan, Olivier Janson, pour "tentative d'homicide volontaire", a permis de faire la lumière sur son geste. 

Une douzaine de verres d'alcool

Selon le récit d'Olivier Janson, qui a longuement détaillé le déroulé des faits jeudi devant la presse, Kendji Girac est attablé avec sa femme Soraya Miranda et leur fille de 3 ans, en compagnie d'amis, dimanche, à Arcachon (Gironde), lors d'un déjeuner. "Dès le début de la journée, il était très excité et j'ai vu qu'il voulait boire", raconte sa compagne aux enquêteurs. Bières, apéritif anisé, rosé, vin rouge, poire... Au total, le chanteur consomme "près d'une douzaine de verres" au cours de ce repas tardif.

"La réalité, c'est qu'il a beaucoup bu durant l'intégralité de la journée de dimanche."

Olivier Janson, procureur de Mont-de-Marsan

en conférence de presse

Cette journée d'"alcoolisation massive", estimée à plus de 2,5 grammes d'alcool par litre de sang au moment du tir, se poursuit avec une soirée couscous, une nouvelle fois arrosée, sur le camp. "C'était les vacances, j'ai tout lâché", a admis Kendji Girac, mercredi, devant les enquêteurs. L'auteur de Color Gitano et Andalouse cache, en effet, une addiction à l'alcool qualifiée de "naissante" par le procureur. "Ses cuites étaient de plus en plus nombreuses et longues et pouvaient durer durant 48 heures", rapporte Olivier Janson. Elles suscitent également de "grandes tensions dans le couple". Pour éviter une nouvelle dispute, Soraya Miranda quitte donc la soirée, prétextant la fatigue de leur petite fille. Elle regagne la caravane à 20h30 tandis que Kendji Girac, amateur de blackjack, file rejoindre un groupe de jeunes au casino de Biscarrosse.

Le chanteur a voulu "faire peur" à sa compagne

Aucune nouvelle n'est échangée par le couple jusqu'au retour du chanteur sur le camp, aux alentours de 2h35. Si aucun incident n'est signalé lors de cette virée, Kendji Girac avoue avoir consommé "deux petites traces de cocaïne", drogue qu'il prend "une à deux fois par semaine", selon le procureur, citant Soraya Miranda. Tandis que la jeune femme et sa fille s'endorment dans la caravane, dans le même lit, et non celui de l'enfant placé dans la partie salon du véhicule, le chanteur, lui, continue la nuit dans le camp, avec ses proches, avec qui il partage quelques chansons. L'alcool coule de nouveau. Il regagne alors la caravane, "ivre", à 2h35. Cette bruyante entrée réveille l'enfant du couple. Une dispute éclate, au cours de laquelle Soraya Miranda lui reproche son ébriété. Le chanteur se réfugie alors dans son SUV, à quelques mètres de là, et met alors la musique "très fort" pour écouter des cantiques. Excédée par le bruit, sa compagne lui demande de cesser.

Plutôt que de l'écouter, le chanteur prend le volant. Prévenu par la compagne de Kendji Girac, le père du chanteur retrouve son fils, même pas sorti du camp, et le convainc d'aller dormir. D'autant qu'il doit se rendre en Suisse le lendemain et qu'il a un avion "à 7 heures du matin". A 3h30, l'artiste réapparaît dans la caravane. Sa compagne le retrouve, en caleçon, au chevet de sa fille, lui disant qu'il l'aime. Alors qu'elle fume une cigarette, Soraya Miranda entend Kendji Girac pleurer. Mais l'état "agité" du chanteur, qui empêche sa fille de dormir, provoque un nouveau conflit. "Ma femme n'était pas très contente", rapporte l'artiste aux enquêteurs.

"Elle lui a expliqué que, dans ces conditions, elle avait décidé de partir et qu'il fallait choisir, que ce serait soit elle, soit lui, mais l'un des deux allait devoir partir."

Olivier Janson, procureur de Mont-de-Marsan

en conférence de presse

C'est alors que Kendji Girac, "qui n'a jamais été violent vis-à-vis de sa compagne ou de sa fille", selon les termes de sa compagne, change de ton. Il s'énerve, se met à taper dans les murs. Avec sa fille, Soraya Miranda a regagné la chambre, la porte n'étant pas complètement fermée. Elle entend alors le musicien, seul dans le salon, ouvrir et fermer des placards. Il est 5h30. Un coup de feu part. Paniquée, Soraya Miranda sort de la chambre et retrouve son compagnon "un genou à terre, gémissant" avec une "arme au sol". Une "odeur de fer" envahit l'espace. Elle court immédiatement à l'extérieur, se rend dans la caravane voisine et demande que les secours soient appelés.

Selon l'expertise balistique effectuée, un orifice d'entrée de la balle à l'intérieur d'un canapé est recensé, ainsi qu'un orifice de sortie à l'extérieur de l'habitacle de la caravane. Kendji Girac se tient "à proximité immédiate" de cette paroi au moment du tir. Il évoque "une forme d'impulsion" qui consiste à "vouloir faire peur à sa femme" en simulant une tentative de suicide, pour "l'impressionner". Ce chantage n'est pas nouveau puisqu'il "avait déjà dit, dans le passé, qu'il allait se mettre une balle ou s'ouvrir la gorge dans le cadre de disputes", selon Soraya Miranda.

"Pardon seigneur, qu'est-ce qu'il s'est passé ?"

Selon ses dires, avant le tir, Kendji Girac omet de vérifier si le chargeur comprend des munitions. Lui le croit "vide", avant de prendre l'arme. Il oriente le canon vers sa poitrine et tire. "Je voulais faire entendre le bruit de la détente, j'ai perdu le contrôle", confesse-t-il plus tard, lors de son audition. A bout portant, la balle perfore son thorax en entrant par son mamelon gauche. Elle ressort dans son dos, entre sa neuvième et sa dixième côte, selon l'expertise du médecin légiste, rapportée par le procureur. Un trajet "miraculeux", car si son poumon est perforé, sa rate et son diaphragme touchés, son cœur, lui, est épargné.

"Personne n'assiste au coup de feu. Les uns et les autres ont dit avoir été réveillés, qui par le bruit du tir, qui par les cris de la petite fille de Kendji Girac", détaille le procureur. Kendji Girac est retrouvé prostré et silencieux sur une chaise, peu avant 6 heures du matin, par les pompiers arrivés sur place. "Personne ne sait expliquer qui l'a amené à cette chaise ou s'il a réussi à s'y rendre de lui-même", ajoute le procureur. Un membre de la communauté entend le chanteur dire : "Pardon seigneur, qu'est-ce qu'il s'est passé ?"

Le pistolet, disparu dans un premier temps, est finalement retrouvé dans un buisson à proximité de la caravane de Kendji Girac. Cinq jours après cette nuit encore trouble, Kendji Girac est tiré d'affaire. Aujourd'hui, il dit assumer "ce qu'il a fait tout en le regrettant très fortement", note Olivier Janson. L'enquête judiciaire, elle, n'est pas terminée, mais n'a pas vocation à se poursuivre, selon le procureur. Car, "ni un suicide simulé qui tourne mal, ni une véritable tentative de suicide ne correspondent à une infraction pénale." Sauf élément nouveau, la procédure judiciaire pourrait être "très prochainement" stoppée.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.