Affaire Michel Zecler : quatre choses à savoir sur les brigades territoriales de contact, auxquelles appartiennent les policiers mis en cause

Les trois fonctionnaires qu'on voit asséner des coups au producteur noir dans la vidéo diffusée par Loopsider appartiennent tous à la brigade territoriale de contact (BTC) du commissariat du 17e arrondissement de Paris.

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Des policiers patrouillent près de la tour Eiffel, à Paris, le 31 octobre 2020. (ALAATTIN DOGRU / ANADOLU AGENCY / AFP)

Ils sont au cœur du scandale. Quatre policiers ont été mis en examen dans la nuit du dimanche 29 au lundi 30 novembre pour "violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique", pour certains avec plusieurs circonstances aggravantes dont "des propos à caractère raciste", après le passage à tabac de Michel Zecler le 21 novembre.

Les trois fonctionnaires qu'on voit frapper le producteur noir dans la vidéo diffusée par Loopsider appartiennent tous à la brigade territoriale de contact (BTC) du commissariat du 17e arrondissement de Paris. Ces unités, très nombreuses en région parisienne, sont pourtant méconnues. Voici quatre choses à savoir à leur sujet.

Elles n'ont pas la même réalité en région parisienne et dans le reste de la France

Faites l'exercice : si vous cherchez sur internet des informations sur les brigades territoriales de contact, il y a de bonnes chances pour que vous ne tombiez pas sur des images de policiers en pleine intervention musclée dans un quartier difficile, mais plutôt sur des gendarmes en train de faire la tournée des commerces dans des petites municipalités. Exemple avec ce reportage réalisé par France 3 en septembre 2018 à Saint-Pierreville, en Ardèche. 

Car sous cette appellation se cachent en fait deux choses : les brigades territoriales de contact de la gendarmerie, et celles de la police francilienne. Dans le premier cas, les BTC désignent "une expérimentation mise en œuvre à partir de mars 2017", explique-t-on à la gendarmerie nationale. "L'idée est de doter certains gendarmes d'outils numériques, tout en les déchargeant des tâches administratives pour leur permettre d'être sur le terrain en permanence afin d'aller au contact des élus, des commerçants et de la population", particulièrement en zone rurale. Cette expérimentation, toujours en cours, concerne 30 départements métropolitains, dans lesquels on trouve 39 de ces BTC, indique la gendarmerie.

En région parisienne, il s'agit de tout autre chose. Tous les commissariats qui dépendent de la préfecture de police (c'est-à-dire ceux de Paris, du Val-de-Marne, de Seine-Saint-Denis et des Hauts-de-Seine) disposent de brigades territoriales de contact, au même titre que d'autres unités de voie publique, comme les policiers qui interviennent après les appels au 17 ou encore les brigades anti-criminalité (BAC), mieux connues. "Le commissariat de Créteil (Val-de-Marne), auquel sont rattachés 220 fonctionnaires, compte par exemple 80 policiers en police-secours, 16 en BAC et 20 en BTC", résume à franceinfo Sébastien Durand, directeur départemental de la sécurité de proximité dans le Val-de-Marne.

Elles sont les héritières de la police de proximité...

Comme pour la gendarmerie, les BTC de la police ont été mises en place à partir de 2017 dans le cadre de la politique de police de sécurité du quotidien (PSQ) voulue par Emmanuel Macron et le ministre de l'Intérieur de l'époque, Gérard Collomb. Elles sont les héritières des unités territoriales de quartier (UTeQ) créées sous la présidence de Nicolas Sarkozy, plus tard transformées en brigades spécialisées de terrain (BST) par le ministre Brice Hortefeux. Ces BST existent d'ailleurs toujours dans certaines villes, comme le montre ce reportage de France 3 Hauts-de-France à Creil (Oise).

Mais là où leurs grandes sœurs n'étaient déployées que dans les quartiers difficiles, les BTC sont présentes dans tous les commissariats de Paris et de sa petite couronne. "Leur mission consiste à répondre aux doléances des citoyens qui nous parviennent grâce à une cellule d'écoute qui épluche les courriers, les appels et les courriels que nous reçevons", détaille Sébastien Durand, pour qui ces unités qui arpentent leurs secteurs à pied, à VTT ou en voiture sont une "source précieuse de renseignements opérationnels".

"Ce sont par exemple eux qui interviennent en cas de nuisances sonores dans un débit de boisson peu regardant sur les horaires, de rodéos urbains réguliers au pied d'immeubles ou dans les halls de bâtiments occupés par des dealers", continue le patron de la police du Val-de-Marne, qui assure que les élus locaux "apprécient particulièrement ces unités, dédiées au contact avec les problèmes quotidiens de la population".

... mais peuvent employer la force

Leur filiation avec la police de proximité n'empêche pas ces policiers d'interpeller des suspects en faisant usage de la force en cas de besoin. "Concrètement, leur rôle est de faire remonter les informations de terrain au commissariat, mais aussi de prêter main-forte à la BAC pour démanteler du trafic de stupéfiants, aller dans les cités, faire des contrôles dans les halls d'immeubles ou encore rechercher du flagrant délit lors de vols avec violence", développe plus prosaïquement Yoann Maras, secrétaire régional du syndicat Alliance à Paris.

"Ces brigades de quartier sont sur le papier chargées de renforcer le lien entre la police et la population, mais on ne peut pas dire que la prévention soit au cœur de leur mission", grince Alexandre Langlois, secrétaire général du syndicat policier minoritaire Vigi. Pour ce policier des Yvelines, qui a récemment décidé d'envoyer une demande de rupture conventionnelle de contrat au ministre de l'Intérieur pour dénoncer notamment la proposition de loi sur la "sécurité globale", ces brigades de terrain n'ont pas grand-chose d'une police plus "douce". 

"L'agression de Michel Zecler, c'est le moment où la réalité rattrape la communication politique : ces BTC ne sont pas une police de proximité qui ferait de la prévention."

Alexandre Langlois, du syndicat de police Vigi

à franceinfo

Elles sont les premières mobilisées pour faire respecter les règles sanitaires pendant l'épidémie

Ces policiers franciliens patrouillent pour la plupart en tenue, même s'il n'est pas rare qu'un membre d'une patrouille de trois ou quatre fonctionnaires "soit habillé en civil afin de s'adapter aux besoins de l'action, par exemple pour éviter d'être trop facilement 'détronché' [repéré] sur un point de deal", détaille Yoann Maras. Sur les images de vidéosurveillance qui ont révélé l'affaire Michel Zecler, on peut ainsi voir que l'un des trois agresseurs du producteur ne porte pas d'uniforme.

Les membres de ces brigades enchaînent des cycles de quatre jours travaillés suivis de deux jours de repos, et "travaillent en général l'après-midi et le soir, quand l'activité est plus importante", continue le secrétaire régional parisien du syndicat Alliance.

Plus autonomes dans le choix de leurs missions que les fonctionnaires en police-secours, chargés d'intervenir après des appels au 17, les membres des BTC franciliennes ont été "particulièrement engagés pour faire respecter les règles sanitaires adoptées durant l'épidémie de Covid-19", ajoute Sébastien Durand. Les policiers mis en cause dans l'affaire Michel Zecler avaient justement indiqué avoir contrôlé le producteur de musique pour "absence de port du masque".

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