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Retrait de la grenade GLI-F4 : "On va vers le désarmement de la police en maintien de l'ordre", selon le sociologue Sebastian Roché

Christophe Castaner a annoncé ce dimanche le retrait "immédiat" de la très critiquée grenade lacrymogène GLI-F4, à l'origine de plusieurs blessures graves chez des manifestants ces derniers mois.

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Radio France
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Un officier de police tient une grenade explosive GLI-F4 dans la main lors d'une manifestation de "gilets jaunes" à Paris, le 26 janvier 2019, sur la place de la Bastille. (KARINE PIERRE / HANS LUCAS)

"Progressivement, on va vers le désarmement de la police en maintien de l'ordre, ce qui est évidemment souhaitable", analyse le sociologue et directeur de recherche au CNRS Sebastian Roché dimanche 26 janvier sur franceinfo, après l'annonce par le ministre de l'Intérieur du retrait "immédiat" de la très critiquée grenade GLI-F4, responsable de plusieurs blessures graves chez des manifestants.

franceinfo : En quoi cette grenade est-elle particulièrement dangereuse ?

Sebastian Roché : C'est une grenade qui contient de la TNT qui a un fort effet de souffle donc c'est une grenade susceptible, au contact de la main ou du pied d'une personne, de lui arracher littéralement un morceau de son corps. Donc c'est une grenade dont le défenseur des droits avait demandé en 2016 le retrait. Là, ce qui est intéressant, c'est que le ministre dit que même bien utilisée, elle est dangereuse. Donc progressivement, on va vers le désarmement de la police en maintien de l'ordre, ce qui est évidemment souhaitable. Mais si la France voulait s'aligner sur les meilleures pratiques européennes : sur les pays nordiques, sur l'Allemagne, sur la Grande-Bretagne, on supprimerait du maintien de l'ordre à la fois les lanceurs de balles de défense (LBD) et les différents types de grenades. Je ne pense pas que le ministre soit en position d'annoncer un tel retrait, mais malgré tout c'est un pas dans la bonne direction.

Pourquoi la France reste-t-elle autant en retard sur ces questions par rapport à d'autres pays européens ?

C'est un problème de démocratie. Il y a dans les pays à l'échelle mondiale des indices : les pays sont notés en fonction de leur degré de démocratie et de leur degré de protection des droits humains. Dans les pays nordiques, le gouvernement est au service du peuple, et le gouvernement ne veut pas blesser le peuple lorsqu'il manifeste donc sous forme de foule. Dans les pays qui ont des scores de démocratie moins élevés, c'est le cas de la France dont le score a baissé sur les dix dernières années, l'État considère qu'il a le droit moral de blesser.

Donc la France n'est pas une démocratie à part entière ?

La France ne fait plus partie depuis maintenant dix ans du sommet des pays démocratiques, elle a glissé juste en dessous, on n'est pas au niveau de pays comme l'Afrique du Sud c'est clair, mais elle a glissé dans le domaine des démocraties dites imparfaites. Et c'est parce que les droits humains, au premier rang desquels le droit à la vie, le droit à l'intégrité physique, le droit à la dignité, ne sont plus suffisamment garantis soit par les textes de loi, soit par les pratiques, et notamment les pratiques des forces de l'ordre.

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