Producteur passé à tabac par des policiers : filmer est "la seule arme du citoyen", selon la présidente du Conseil national des barreaux

"La liberté de filmer doit demeurer avec l'intention de rétablir les faits et pas de porter atteinte à des personnes", insiste sur franceinfo l'avocate qui demande la suppression de l'article 24 de la loi Sécurité globale.

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Radio France
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Christiane Féral-Schuhl, avocate, présidente du Conseil national des barreaux, le 16 septembre 2019. (JULIEN MATTIA / LE PICTORIUM / MAXPPP)

Le passage à tabac filmé du producteur de musique Michel Zecler, par des policiers dans le 17e arrondissement de Paris pose la question de la falsification des procès-verbaux dressés par les policiers, dont sont soupçonnés ceux que l'on voit sur la vidéo. "Cela montre à quel point c'est important de filmer. C'est la seule arme du citoyen", a déclaré samedi 28 novembre sur franceinfo Christiane Féral-Schuhl, avocate, présidente du Conseil national des barreaux.

franceinfo : Emmanuel Macron parle de honte. Que pensez-vous de son intervention ?

Christiane Féral-Schuhl : Ces vidéos qui ont circulé provoquent un électrochoc. C'est tout à fait normal qu'il y ait des réactions, on touche à la police, ces policiers évidemment ne représentent pas toute la police, heureusement, mais ce qui s'est passé est extrêmement grave. En tant qu'avocate, je dis ce que tout le monde dit, à savoir qu'il y a une enquête en cours et qu'il faut laisser la justice faire son travail. Si les faits sont avérés, la violence apparaît disproportionnée, injustifiée, et on est dans une situation où vous avez un certain nombre d'anomalies très graves de conséquences. Le faux en écriture publique c'est absolument inadmissible. On est dans des sanctions qui peuvent dépasser dix ans de réclusion criminelle.

Les policiers sont soupçonnés d'avoir menti sur le procès-verbal qu'ils ont rédigé. Est-ce quelque chose de fréquent ?

Cela ne doit pas arriver. Un procès-verbal qui est rédigé dans un commissariat doit traduire la réalité des faits. Se dire que des policiers ont pu mentir, raconter des faits à charge, on mesure le désarroi de la victime.

Comment une victime peut lutter contre un procès-verbal rédigé dans un commissariat par des policiers ?

Christiane Féral-Schuhl, avocate, présidente du Conseil national des barreaux

à franceinfo

C'est extrêmement violent. S'il n'y a que la vidéo pour apporter une réponse, cela montre à quel point c'est important de filmer. C'est la seule arme du citoyen.

Que pensez-vous de l'article 24 de la loi de sécurité globale ?

Il ne faut pas que filmer se retourne contre le policier. L'objectif de l'article 24 est de préserver les forces de l'ordre lorsqu'il y a malveillance. Mais aujourd'hui, la sécurité passe par les caméras et tout est question de proportionnalité. Mais là, ce sont ces vidéos qui vont permettre de rétablir la vérité. Le fait d'interdire la diffusion d'images porte atteinte à la liberté. Qu'il faille le retravailler cela me paraît totalement évident, idéalement le supprimer. La malveillance peut être sanctionnée par ailleurs avec d'autres dispositifs. La liberté de filmer doit demeurer avec l'intention de rétablir les faits et pas de porter atteinte à des personnes.

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