Violences contre des policiers : "Ces voyous n'ont plus peur parce que des lois les placent sous une certaine immunité"

Le secrétaire général du syndicat Unité-SGP Police FO, Yves Lefebvre, réagit sur franceinfo alors qu'un policier de la Bac de Toulon, dans le Var, s'est fait agresser devant son domicile à Hyères après avoir terminé son service de nuit.

Le secrétaire général du syndicat Unité-SGP Police FO, Yves Lefebvre, le 16 octobre 2016 à l\'Élysée.
Le secrétaire général du syndicat Unité-SGP Police FO, Yves Lefebvre, le 16 octobre 2016 à l'Élysée. (LEON TANGUY / MAXPPP)

"Aujourd'hui, ces voyous, ces criminels, n'ont plus peur parce qu'ils savent que les différentes lois, notamment les lois Dati et Taubira, leur permettent d'être placés sous une certaine immunité", estime le secrétaire général du syndicat Unité-SGP Police FO, Yves Lefebvre, alors qu'un policier de la Bac de Toulon, dans le Var, s'est fait agresser devant son domicile à Hyères après avoir terminé son service de nuit. Armés de barres de fer, les individus ont dit l'avoir reconnu comme "flic" et l'ont agressé violemment.

franceinfo : Vous demandez des sanctions exemplaires ?

Yves Lefebvre : Bien évidemment. En octobre 2015, on organisait un rassemblement auquel s'étaient jointes toutes les organisations syndicales de la police nationale, tous corps confondus, en demandant protection et reconnaissance. Protection de qui ? De la justice. Alors on ne va pas généraliser, mais il reste aujourd'hui des magistrats qui banalisent au quotidien, à travers leurs jugements, les violences commises contre les forces de l'ordre. J'attends avec impatience et appréhension ce qui va advenir du prochain jugement des deux premiers individus interpellés. Aujourd'hui, ces voyous, ces criminels, n'ont plus peur parce qu'ils savent que les différentes lois, notamment les lois Dati et Taubira, leur permettent d'être placés sous une certaine immunité. Et on casse du flic, et on n'hésite pas, parce qu'on sait qu'on n'aura pas de sanction à la hauteur des actes criminels commis.

Vous vous appuyez notamment sur des retours de terrain ?

J'ai 28 ans de police nationale sur le terrain, je suis rentré dans la police en 1982 et je peux vous assurer que jusqu'à il y a une dizaine d'années, les interpellations se passaient de façon complètement différente. L'une des causes, c'est ce sentiment d'impunité qu'ont ces voyous. J'ai fait des interventions, et en face de nous, on avait des voyous qui savaient qu'une fois qu'ils étaient arrêtés, c'était terminé. Je parle des petits délinquants. Sauf que ce qui s'est passé au domicile d'un de mes collègues, ils l'avaient identifié en tant que flic. Passez-moi l'expression mais ils veulent se "faire du flic", se faire un symbole de la République. Nous aujourd'hui, il faut qu'on arrête les incantations et les promesses et qu'on aille au-delà. Il faut trouver des mesures. Est-ce que l'emprisonnement dans les structures actuelles, le milieu carcéral, sont adéquates ? Moi je dis : sans doute que non. Alors pourquoi ne pas remettre en place des maisons de correction ? Des centres fermés, encadrés où on va apprendre les règles de la vie à ces jeunes. Il faut qu'ils respectent la République. On ne respecte plus le prof, le pompier, le soignant et bien évidemment, on ne respecte plus le flic.

Quand l'ancien ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, déclare qu'il est urgent d'agir dans certains quartiers, que dans cinq ans la situation sera incontrôlable si rien n'est fait, dit-il la vérité ?

Bien sûr. J'aurais préféré que ces propos, qui datent de février dernier, sortent bien plus tôt et qu'il les affirme avant sa passation de pouvoir sur les marches de Beauvau. Mais ce qu'il dit est vrai, bien évidemment. Ce n'est pas aujourd'hui une question de quantification, et encore, je peux vous affirmer que les violences contre les forces de l'ordre sont en progression. Mais c'est aujourd'hui la déclinaison de la violence. Il y a quelques années, on entendait comme violence à l'encontre des forces de l'ordre une rébellion, une personne qui refusait d'être interpellée. Mais ce qui vient de se passer démontre une forme de radicalisation. Aujourd'hui, on n'hésite pas à provoquer le policier, à le frapper. On est passés de la rébellion à la barre de fer, à la bombe lacrymogène, voire à l'arme de poing. Le problème aujourd'hui, c'est que la forme de violence se décline de façon tout à fait différente. Et en plus, le policier hésite même parfois à faire sa déclaration de blessure en service, parce que derrière ce n'est plus suivi, on sait que derrière on ne sera pas protégé par notre administration de tutelle. On a complètement laissé en zones "de non droit" des quartiers, des pans de ville entiers parce qu'on a désertifié la présence policière dans ces secteurs parce que ce n'était pas suffisamment rentable, et tant qu'on sacrifiera la sécurité sur l'autel de la rentabilité, on ne s'en sortira jamais.