Procès de 18 ex-policiers de la BAC Nord de Marseille : "Ce sont des boucs émissaires", affirme l'avocat de l'un des prévenus

18 ex-policiers de la brigade anticriminalité de Marseille sont jugés ce lundi pour leurs dérapages présumés, dans le procès dit "de la BAC Nord".

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Radio France
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Un policier de la Brigade anti-criminalité (photo d'illustration) (PASCAL BROCARD / MAXPPP)

Dix-huit ex-policiers de la BAC Nord de Marseille comparaissent ce lundi 12 avril devant le tribunal correctionnel de Marseille. Ils sont soupçonnés de dérives et notamment d’infraction à la législation sur les stupéfiants. L’affaire avait fait grand bruit il y a huit ans, et conduit à la dissolution de cette unité de police marseillaise. Maître Alain Lhote, avocat de Bruno Carrasco, ex-policier de la BAC Nord qui sera jugé, a estimé ce lundi sur franceinfo que les policiers sont des "boucs émissaires" qui "ont été victimes à la fois d'une guerre des chefs et de règlements de comptes politiques".

franceinfo : Est-ce que ce sont des ripoux qui vont comparaître ?

Maître Alain Lhote : Je ne pense pas. Ce sont des boucs émissaires, des gens qui ont été victimes à la fois d'une guerre des chefs, de règlements de comptes politiques et d'une communication intempestive, tonitruante de Jacques Dallest, le procureur de la République à l'époque, qui dénonçait une "gangrène". Je le dis souvent : de la gangrène, on est passé au rhume des foins. La difficulté du tribunal correctionnel de Marseille sera d'essayer d'identifier le rôle des 18 prévenus et surtout de dire si des infractions pénales ont été réalisées. Ce que je ne crois pas.

Votre client est soupçonné d'avoir échangé de la drogue contre des informations. Comment le justifie-t-il ?

Tous ces policiers sont des policiers de terrain qu'on appelle des "baqueux". La BAC Nord était l'une des BAC les plus performantes de France. C'est le vieux couple indic-police. C'est vieux comme la police. On interpelle des vendeurs de produits stupéfiants, ou on détruit le produit, ou on en garde une petite partie. On va alimenter avec cette partie des indicateurs de police. La plupart des prévenus sont à peu près tous dans la même situation. Et la hiérarchie marseillaise le savait pertinemment. On n'a pas besoin de pousser des cris d'orfraie pour faire semblant de découvrir une réalité.

A l'époque, plusieurs policiers de la BAC ont été sur écoute. Le procureur Dallest évoquait un système organisé de vols, de racket, de trafic de drogue. On n'est pas vraiment dans ce que vous décrivez.

Je conteste vigoureusement. Il évoque des écoutes ou des sonorisations de véhicules automobiles. Il aurait été plus honnête de sa part de dire que, notamment les sonorisations de véhicules de la BAC Nord étaient des sonorisations inexploitables, inaudibles. Dans le dossier figure un rapport du service technique de la police d'Écully qui vous dit que 67 à 70% de ces écoutes sont absolument inaudibles. Je crois qu'il est parti très haut, très vite, très fort. Il a retenu des infractions criminelles au début de cette procédure et par la suite, lui ou ses successeurs ont été incapables de soutenir et de faire tenir cette procédure. Alors que monsieur Dallest, à l'époque, a eu envie de prendre la lumière, de faire parler de lui comme d'autres protagonistes de cette procédure, il ne vous a pas échappé qu’il y a un certain nombre de personnages qui sont de la hiérarchie policière et qui ont connu une destinée judiciaire qui n'est pas fameuse. Le préfet Gardère a été mis en examen en 2016 pour corruption active, trafic d'influence. Pour la justice, c'est souvent difficile de faire machine arrière et cela aurait été franchement une mesure de salubrité de nettoyer le dossier, de ne pas renvoyer ces gens devant le tribunal. Il n'y a pas plus de systèmes organisés qu'autre chose.

"Il y a peut-être des gens sur le fil du rasoir qui travaillent, comme on dit à Marseille, "à l'arrache", qui n'ont pas toujours été très rigoureux en ce qui concerne le respect de la déontologie."

Maître Alain Lhote

franceinfo

Mais de là à avoir commis des infractions pénales, il y a un pas que monsieur Dallest a franchi avec une grande allégresse.

Lors des perquisitions, on a retrouvé de la drogue cachée dans de faux plafonds. Dans les écoutes, on entend des policiers qui affirment qu'ils vont se partager le butin. On n’est pas dans de l'enrichissement personnel ?

Concernant monsieur Carrasco, son train de vie a été passé au crible, il n'y a aucun enrichissement personnel. 200 euros ont été saisis durant la perquisition. Il provenait d'un retrait carte bancaire au bénéfice de son fils. Pour les autres, il y en a au moins deux qui, en effet, reconnaissent avoir commis une infraction pénale. Il y en a un qui reconnaît qu'il a perdu la tête et qu'il a gardé un peu plus de 500 euros. Mais au-delà de cette dérive individuelle, il n'y a pas de système organisé. Les écoutes auxquelles vous faites allusion sont tronquées, parcellaires. C'est l'irruption peut-être de ce personnage qui est dans le dossier, le dénommé Bernardo. Il se baptisait le "Zorro médiatique", le lanceur d'alerte de pacotille. Ce qui m'étonne, c'est que ses paroles ont été recueillies comme des paroles d’évangile, alors que cet homme a été révoqué de la police nationale, jugé par le tribunal correctionnel de Marseille et condamné. Et je regrette que le procureur de la République ait accordé le moindre crédit à ce personnage. Puisqu'il se compare à Zorro, ce n’est pas un Z qui devrait inscrire sur sa cape, mais c'est un M comme "mytho".

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