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Police de sécurité du quotidien : dans les quartiers, "il y a une forte demande de la population"

Le directeur du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales, Christian Mouhanna, a estimé jeudi sur franceinfo que la police doit apprendre à "gérer la sécurité avec la population."

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Radio France
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Des policiers patrouillent dans un quartier de Toulouse (Haute-Garonne), le 2 juin 2017. (MAXPPP)

La police de sécurité du quotidien présentée par le ministre de l'Intérieur répond à "une forte demande de la population" dans les quartiers "contrairement à ce qu'on pourrait croire" estimé jeudi 8 février sur franceinfo, Christian Mouhanna, directeur du centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP). Il a déploré que "nos institutions policières apprennent, non pas à gérer la population en matière de sécurité, mais à gérer la sécurité avec la population."

franceinfo : La philosophie de la police de sécurité du quotidien (PSQ) est la même que pour la police de proximité. Est-ce que la police sera la même ?

Christian Mouhanna : La vraie question est de savoir si on va réussir à améliorer cette relation très conflictuelle dans certains secteurs entre la police et une partie de la population, notamment les jeunes. Je pense que l'un des enjeux forts, c'est que nos institutions policières apprennent, non pas à gérer la population en matière de sécurité, mais à gérer la sécurité avec la population. Ce n'est pas la même chose.

On se souvient de la phrase de Nicolas Sarkozy, quand il était ministre de l'Intérieur et qu'il avait enterré la police de proximité. "La police n'est pas là pour organiser des matchs de rugby dans les quartiers mais pour arrêter les délinquants" avait-il déclaré en février 2003, à Toulouse. Faut-il que les policiers rejouent au rugby avec les jeunes ou pas?

Il me semble que dans certains secteurs, la situation est tellement dégradée que tout ce qui pourrait aider à améliorer ces relations, à créer du lien, à permettre des contacts qui soient autres que du contrôle d'identité, est important. Ce qu'on voit, c'est que dans ces quartiers, il y a une forte demande de la population contrairement à ce qu'on pourrait croire. Il y a la demande d'une police "normale" comme disent les citoyens quand on les interroge, y compris les jeunes. C'est-à-dire une police à qui on peut parler, qui ne soit pas uniquement une police de réaction, d'intervention. Une police qui gère les gens, qui travaille avec eux et pour eux. La meilleure façon de lutter contre la délinquance, les incivilités et l'insécurité, est de travailler avec le public là-dessus.

Sur la question du renseignement, la PSQ peut vraiment faire la différence ?

Très certainement. On peut percevoir ce qu'on appelle les signaux faibles. Au-delà du renseignement, il y a un lien avec le traitement : plus tôt on s'aperçoit qu'il existe un problème, plus tôt on peut le traiter. On sera moins dans une logique de crise. On a un système étatique français, avec le ministère de l'Intérieur, qui sait très bien gérer les crises graves mais qui a du mal à anticiper et à agir quand il y a quelque chose de très faible. Un peu comme dans la santé, on est très bon en curatif mais pas très bon en préventif. C'est là où on aurait peut-être des leçons à tirer d'autres pays qui ont su améliorer les relations avec les populations, notamment dans les secteurs dits difficiles.

La fin de la politique du chiffre chez les policiers, pour vous, c'est la clé ?

Ce n'est pas la seule. C'est une condition nécessaire mais pas suffisante. On voit bien que la difficulté va être d'inventer, aussi, une autre façon de gérer la police. Un malaise policier s'est exprimé à travers des manifestations. Il y a une décrédibilisation du pouvoir politique au sein de la police. Il faut le dire. Tout est à reconstruire. On a perdu dix ans et il faudra tout recommencer.

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