INFO FRANCEINFO. Violences à Dijon : le renseignement territorial avait prévenu qu'une action de la communauté tchétchène se préparait

Le renseignement territorial avait intercepté un message sur les réseaux sociaux la veille du raid organisé par des membres de la communauté tchétchène le week-end dernier à Dijon. Il avait tiré le signal d’alarme.

Une voiture en flammes après des affrontements dans le quartier de Grésilles, à Dijon (Côte-d\'Or), le 15 juin 2020.
Une voiture en flammes après des affrontements dans le quartier de Grésilles, à Dijon (Côte-d'Or), le 15 juin 2020. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Les policiers spécialisés avaient connaissance qu’un raid de la communauté tchétchène était en préparation à Dijon (Côte-d’Or). Le vendredi 12 juin, le service du renseignement territorial (ex-RG) de l’Aube a rédigé une note alarmiste intitulée "Tchétchènes : appel à expédition punitive à Dijon". Un document que France Télévisions a pu consulter.

Tout part d’un message intercepté par les policiers et les gendarmes sur le réseau Snapchat, le 11 juin. Ce texte est rédigé par un membre de la communauté tchétchène résidant dans la banlieue de Troyes (Aube). L’homme de 24 ans lance un appel au rassemblement "pour les frères de Dijon et des alentours. Très important !" Il fait le récit d’un incident survenu selon lui, la veille, impliquant "des Arabes de 25-30 ans" et deux Tchétchènes de 19 et 15 ans.

"C'est à nous de lui permettre de se venger"

"Ils n’ont même pas épargner [sic] le petit de 15 ans en le frappant à 6 alors qu’ils ont 25 ans minimum", s’indigne le rédacteur du message. Il poursuit : "Maintenant, c’est à nous de lui permettre de se venger et de redorer notre image." Toujours selon la note du renseignement, ce message se termine par un appel à l’ensemble de la communauté : "Aujourd’hui, toute [sic] les Tchétchènes à Dijon", suivi du logo du poing fermé et d’une tête de loup.

Les policiers spécialisés ne sous-estiment pas l’information : "L’appel est à considérer sérieusement, la communauté tchétchène étant connue pour sa réactivité à défendre les siens." Ils rappellent un précédent récent, un "raid punitif" mené dans la nuit du 24 au 25 avril, "contre les membres africains d’un foyer de migrants". La note sur l’expédition en préparation emprunte le circuit classique : Service central du renseignement territorial à Paris, direction régionale de Dijon et préfecture de l’Aube.

"La chaîne police a rendu compte au préfet"

La préparation d’une descente est donc bel et bien détectée, et sa dangerosité correctement évaluée. En revanche, le renseignement territorial envisage une action de la communauté tchétchène plus tardive puisqu’il la situe entre le 15 et le 19 juin. Dans la réalité, les choses se précipitent. Dans la nuit du 12 au 13 juin, les Tchétchènes se rendent à Dijon où ils affrontent notamment des jeunes du quartier des Grésilles. "Le renseignement territorial avait détecté un projet sans en connaître ni la date ni l’ampleur", résume un bon connaisseur du dossier.

"Le travail a été fait notamment grâce au suivi des réseaux sociaux, estime Christophe Fernandez, délégué régional du syndicat Unité SGP police FO. L’ensemble de la chaîne police a rendu compte au préfet qui reste décisionnaire du dispositif à mettre en place." Sollicitée, la préfecture de la Côte-d'Or n'a pas souhaité faire de commentaire. "Les forces étaient très mobilisées pour les manifestations du week-end. Puis, il y a eu un crescendo opérationnel, avec un dispositif lourd aux péages et en centre-ville", se défend une source policière.

Selon les habitants des Grésilles, qui ont tourné de multiples vidéos, la réponse policière n’a pas été à la hauteur : la nuit du samedi au dimanche a été particulièrement tendue. Le calme est revenu lundi. Tardivement, en dépit du premier signal d’alerte lancé trois jours plus tôt. Des perquisitions ont eu lieu vendredi 19 juin, dans la matinée, dans les quartiers sensibles des Grésilles, à Dijon, et du Mail, à Chenôve. "Les opérations de police visent à rechercher des armes, des munitions et des stupéfiants", a indiqué Bernard Schmeltz, le préfet de Côte-d'Or.