Ce que l'on sait de l'affrontement entre un policier et un médiateur de la ville de Sevran

La préfecture a ordonné la suspension d'un policier, après une violente altercation avec un homme, à Sevran (Seine-Saint-Denis), mercredi. En réaction, une opération "commissariats morts" a été lancée par un syndicat de police dans le département.

Un policier a frappé un homme à plusieurs reprises lors de son interpellation à Sevran (Seine-Saint-Denis), le 11 septembre 2019. 
Un policier a frappé un homme à plusieurs reprises lors de son interpellation à Sevran (Seine-Saint-Denis), le 11 septembre 2019.  (CAPTURE SNAPCHAT)

La préfecture de police de Paris a demandé la suspension d'un policier, après la diffusion en ligne d'une vidéo, dans laquelle on le voit frapper un homme, pendant une interpellation, mercredi 11 septembre, à Sevran (Seine-Saint-Denis). Les éléments ont également été transmis au parquet de Bobigny "pour appréciation", précise la préfecture de police. Selon les informations de franceinfo, deux enquêtes, l'une administrative, l'autre judiciaire, sont ouvertes et confiées à la police des polices, qui sera chargée d'établir avec précision les circonstances de cette interpellation.

Les collègues du policier sont en colère. Le syndicat Unité SGP Police du département a lancé une opération "commissariats morts", vendredi 13 septembre. Une délégation du syndicat était reçue à la préfecture de police, vendredi matin.  Franceinfo fait le point sur ce que l'on sait de cette affaire. 

Que montre la vidéo de la scène ?

L'altercation s'est déroulée mercredi, à 18h25, avenue Youri-Gagarine à Sevran, "lorsqu'un équipage de la circonscription de sécurité de proximité d'Aulnay-sous-Bois a procédé à l'interpellation, pour outrage, d'un individu", selon la préfecture de police.

La vidéo de l'altercation, diffusée sur les réseaux sociaux, est tournée depuis l'étage d'un immeuble qui surplomble un carrefour. Une voiture grise est arrêtée au milieu du croisement. On assiste d'abord, sans entendre ce qui est dit, à une discussion animée entre un policier et un jeune homme. Très vite, le fonctionnaire se jette dans les jambes de l'individu, comme pour le plaquer au sol. L'homme résiste et repousse le policier, qui revient ensuite à la charge à plusieurs reprises en assénant des coups de poing. L'homme répond de la même manière.

Autour, plusieurs personnes s'arrêtent pour assister à la scène, sans intervenir. Le fonctionnaire de police est rejoint par deux collègues. On entend alors le claquement d'un pistolet à impulsion électrique. L'homme interpellé tombe et le fonctionnaire avec lequel il se battait s'approche comme pour le maîtriser au sol. La vidéo s'arrête là.

Que se passe-t-il avant la scène filmée ?

La vidéo débute par les deux hommes qui s'invectivent, mais comment en sont-ils arrivés là ? Deux versions s'opposent, selon les témoignages recueillis par Le ParisienUn habitant du quartier rapporte que les policiers "n'auraient pas apprécié" que l'homme arrête sa voiture au carrefour "le temps d'échanger avec quelques adolescents", précise le quotidien. La préfecture de police évoque une interpellation "pour outrage". Ce que semble confirmer le témoin interrogé par Le Parisien, selon lequel des insultes ont été échangées, puis des coups.

Toujours auprès du Parisien, une source policière rapporte également qu'un véhicule "gênait la circulation", en précisant que le lieu serait "connu pour être un gros point de trafic". Des insultes auraient visé les policiers. Et la même source policière anonyme assure que "le policier s'est fait étrangler par l'assaillant", décrit comme "un individu violent"

Aucune de ces affirmations ne peut être confirmée ou infirmée en regardant la vidéo. Ce sera à l'enquête de l'IGPN de déterminer "les circonstances exactes de cette interpellation", selon le préfet de police, Didier Lallement.

Que sait-on de l'homme interpellé ?

L'homme visible sur la vidéo est médiateur dans le quartier des Beaudottes. Il est "respecté et connu", précise Le Parisien. La mairie de Sevran, qui l'emploie, assure au quotidien qu'il "ne pose pas de souci"L'homme est également mannequin et acteur. Il a tenu un petit rôle dans Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson, en 2017. Sur son compte Instagram, il a publié jeudi soir un message pour ses abonnés. "Merci à tous pour votre soutien, on va laisser la justice faire son travail", écrit-il.

Après l'interpellation, il a été brièvement placé en garde à vue, selon l'AFP. Mais elle a été levée dans la soirée "pour des raisons médicales". Le Parisien rapporte que le médiateur a été transporté à l'hôpital Robert-Ballanger afin de faire retirer les aiguillons du pistolet électrique.

Selon nos informations, l'homme a déposé plainte pour "violences par personne dépositaire de l'autorité publique" au commissariat de Saint-Denis. Sa plainte a été portée au parquet par son avocate, vendredi matin.

Le policier a-t-il été effectivement suspendu ?

Il a régné une grande confusion, vendredi matin, autour de la suspension du policier. La préfecture de police a annoncé jeudi avoir "ordonné la suspension immédiate du fonctionnaire de police", mais elle n'a pas le pouvoir de prendre elle-même la mesure. C'est au directeur général de la police nationale (DGPN), Eric Morvan, ou au ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, de signer la suspension. Or Eric Morvan a refusé de le faire, selon les informations de BFMTV.

Surtout, la suspension du policier n'a pas pu lui être notifiée car ce dernier est actuellement en arrêt maladie, a appris franceinfo auprès de la préfecture de police, vendredi. "Notre collègue a pris un coup de poing. A partir du moment où il est en arrêt, la suspension ne peut pas être notifiée", explique Fabien Vanhemelryck, secrétaire général délégué d'Alliance Police nationale, à BFMTV.

La déléguée nationale du syndicat Unité SGP Police Linda Kebbab donne une autre explication à franceinfo. Reçue vendredi matin à la préfecture de police, elle affirme que le préfet Didier Lallement a reconnu que demander la suspension était "une erreur""Le préfet de police a reconnu une erreur de sa part, une précipitation sous l'influence des réseaux sociaux, c'est-à-dire une grande honte", a déclaré la syndicaliste à franceinfo.

"Il a été demandé à notre collègue de se mettre en arrêt pour pouvoir contourner leur propre erreur, l'erreur de l'administration, et pour ne pas pouvoir lui notifier sa suspension", a poursuivi Linda Kebbab. "Donc aujourd'hui, on en est là, on a un collègue qui est en arrêt maladie, à la demande de sa hiérarchie", s'est-elle indignée.

Comment réagissent les policiers ?

Citée par Le Parisien, la préfecture assure que la demande de suspension "ne présage pas de la culpabilité de l'agent". "Cela peut être aussi un moyen de le protéger, le temps de l'enquête", est-il précisé. Mais les syndicats de police y voient tout de même une sanction. Dès mercredi soir, une quinzaine de policiers se sont rassemblés devant le commissariat d'Aulnay-sous-Bois, selon la préfecture de Seine-Saint-Denis. Ils étaient entre 70 et 90, d'après Grégory Goupil, secrétaire régional du syndicat Alliance 93. 

Les policiers ont ainsi voulu montrer le désaccord avec la présumée suspension du fonctionnaire, qu'ils jugent "injustifiée". Le policier "a fait son boulot, il a tenté d'interpeller un individu et a été outragé", a encore déclaré Grégory Goupil. "Il s'agit, une fois encore, d'une décision scandaleuse et qui démontre l'absence de soutien de l'administration a l'égard de ses fonctionnaires", a également réagi Unité SGP Police 93.

Le syndicat a déclenché "immédiatement une opération commissariats morts dans le 93 jusqu'à la réintégration" du policier. Seules "les interventions sur appel" sont assurées. L'organisation prévient en outre que "cette action pourrait s'amplifier au-delà de l'Ile-de-France et prendre une ampleur nationale". Une délégation d'Unité SGP a été reçue, vendredi matin, à la préfecture de police de Paris, selon nos informations.

Le 2 octobre, une "marche de la colère" doit être organisée à Paris, à l'appel de l'ensemble des syndicats policiers, qui, sur fond de vague de suicides, accroissent la pression sur l'exécutif avant les échéances de la réforme des retraites et de la loi de programmation des finances publiques.